Sénèque, id,, IV
80 UiN PROBLÈME MORAL DANS^l'aNTIQUITÉ
promesse. C'est qu'une promesse nous engage non seulement envers autrui , mais envers nous-mêmes, et Tindignité d'autruine doit pas nous rendre moins scrupuleux sur notre propre honneur.
Dans tous ces cas, il ne faut pas craindre de faire plus qu'on ne doit. Ce surplus lui-même est un devoir. Car ce qu'on doit, pour une conscience dont toute l'ambition est de ne pas se brouiller trop ouvertement avec elle-même, ni avec l'opinion, c'est strictement ce que les lois exigent. Or les lois ne peuvent tout prévoir, et le devoir pénètre où elles ne vont pas. On peut violer le devoir, sans les transgresser, en les tournant \ De plus la loi punit les fautes qu'on peut toucher de la main, comme dit Gicèron ^ Mais la morale les poursuit jusqu'au fond des intentions. Elle ne veut pas de l'apparence d'un honnête homme, mais de la réalité. C'est donc encore s'absoudre trop légèrement que de répondre : « je n'ai désobéi à aucune loi » à toutes les questions de la conscience inquiète. En règle générale, il faut tenir pour suspectes toutes les excuses qui se présentent
1. Voir dans le Montjoie d'O. Feuillet la théorie de ces accommodements avec la loi.