‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 62 sur 259 · Cicéron, id., III, 24. Cf. I · texte numérisé non relu

Cicéron, id., III, 24. Cf. I

DE l'honnête et de l'utile 83

faim, ne volera pas un morceau de pain; se sentant mourir de froid , ne volera pas un manteau. Voilà l'intérêt personnel sacrifié avec une courageuse âpreté. Mais est-ce un tyran qui est le propriétaire du manteau? Celui-là est l'ennemi de l'état; il est hors la loi : tout devient honnête contre lui; on peut le tuer, à plus forte raison le voler \

Les devoirs de l'homme envers lui-même et les devoirs d'homme à homme s'effacent donc devant l'intérêt de l'État. Ce n'est pas à dire que la politique soit au-dessus de la morale. Car l'État lui-même a sa dignité et ses devoirs. Cicéron * condamne la conduite du sénat imposant un tribut à des villes que Sylla avait affranchies moyennant rançon. Il condamne Caton maltraitant et pressurant les fermiers de l'État. A l'intérêt du trésor il ne veut sacrifier ni la justice, ni l'humanité. Il cite au contraire avec un patriotique orgueil Fabricius faisant ramener à Pyrrhus le transfuge qui offre de l'empoisonner; et il compare cette grandeur d'âme à celle d'Aristide et des Athéniens, celuilà s'opposant au projet que Thémistocle avait

Page 1