‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 67 sur 259 · Sénèque, Lettres · texte numérisé non relu

Sénèque, Lettres

88 U.\ PROBLÈME MORAL DANS l'aNTIQUITÉ

et aux objections du marchand incrédule , Chrysippe menace toujours de décocher son syllogisme « indémontrable ». C'est que par voie syllogistique il sait changer un homme en pierre, et de cette pierre refaire un homme. Il sait aussi, ce qui peut être plus grave, toucher en vertu d'un syllogisme, pour l'argent prêté, plus d'intérêt qu'il n'a droit. Il lui suffit de mettre l'usure en forme *.

C'est là en effet le danger. Beaucoup de sophismes rouleront sur des questions pratiques, et les erreurs se changeront en fautes. Si le sophiste ne s'y trompe pas lui-même, il trompera les intelligences faibles qui Técoutent, et qui ne demandent qu'à être trompées. Et ainsi le paradoxe d'un homme d'esprit deviendra le crime d'un sot. D'une façon comme de l'autre, c'est la dialectique qu'il faut rendre responsable ; et voilà pourquoi les Romains se sont toujours défiés d'elle, et disaient : « il est en train de philosopher {philosophatur) » de tout homme qu'ils voyaient méditer quelque moyen honnête de faire le mal.

Un nom est resté attaché à cet usage pernicieux de la dialectique, celui de Carnéade. Car-

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