‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 7 sur 259 · Sénèque, Des Bienfaits, VII, !l · texte numérisé non relu

Sénèque, Des Bienfaits, VII, !l

12 UN PROBLÈME MORAL DANS l' ANTIQUITÉ

naître la tristesse do la solitude, ayant des compagnes inséparables, les vertus*. Les Grecs ont un mot énergique pour rendre cet état d'indépendance et de suffisance : ils appellent le sage aùzy.px-r\q. — Mais ce n'est pas encore assez dire. S'il n'a besoin de rien, c'est qu'il possède tout. Les deux propositions sont en effet réciproques pour les stoïciens. Gomme la Frosine de Molière, ils comptent pour une richesse un besoin qu'on n'a pas ; de telle sorte que la suprême richesse est le mépris de toutes les richesses ^ En ce sens le sage est riche ; et il n'y a de vraiment riche que lui. Mais il possède tout en un autre sens encore ^ Il possède tout sans déposséder qui que ce soit. G'est qu'à vrai dire les autres détiennent, mais ne possèdent pas, et ce sont là deux choses profondément différentes pour les stoïciens comme pour Kant. Il possède enfin comme un roi possède ses États, et Dieu le monde ^

Nous n'aurions jamais fini d'énumérer et de démontrer les perfections du sage. Il est libre,

1. « Nullus angustus aut solus est locus, qui hanc tam magnam turbam capit : nullum exsilium grave, in quodlicet cnin hoc comitatu ire. « Sénèque, Consolation à Helvla, cité par Juste Lipse, Manitductio ad stoïcam philosophiam, III, 10.

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