‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 81 sur 259 · Aulu-Gelle, Nuits attiques, V · texte numérisé non relu

Aulu-Gelle, Nuits attiques, V

celui de Gicéron : après les devoirs de famille. Aulu-Gelle place nos devoirs envers nos pupilles, puis envers nos clients, puis envers nos hôtes, puis envers nos parents éloignés et nos alliés. Et en même temps il nous avertit des contestations que cet ordre soulève. Nous n'entrerons point dans ces discussions, que nous signalons seulement pour montrer combien ici le devoir peut devenir obscur; et nous n'avons cité Aulu-Gelle lui-même que pour compliquer à dessein, par la considération nouvelle des devoirs de tuteur, d'hôte et de patron, la matière que nous traitons, et nous convaincre de l'impossibilité d'une législation sans lacune et sans erreur.

Aulu-Gelle lui-même par exemple a oublié les devoirs de l'obligé, et c'est entre ces devoirs et ceux de citoyen que Sénèque élève un conflit \ Devons-nous encore de la reconnaissance à l'ennemi de la patrie? Non, si, en payant notre dette, nous lui fournissions comme une arme nouvelle. Car alors, sa patrie qu'il opprime ne fût-elle pas en même temps la nôtre, nous devrions craindre d'être les complices de son infamie, et nos devoirs envers l'humanité en-

1. Sénèque, Des Bienfaits, VII, 19, 20. Cf. Cicéron, De Off., III, 25.

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tière l'emporteraient sur notre devoir envers un seul. Mais il ne faut pas pour cela nous empresser de nous croire quittes. Car, si nous pouvons lui rendre un service qui n'augmente pas son funeste pouvoir, nous le devons. Nous sauverons par exemple les jours menacés de son enfant.

Mais les cas les plus poignants sont ceux qui mettent aux prises les devoirs envers la famille et envers la patrie. Hécaton * se demande si un fils doit dénoncer son père, voleur des deniers publics. — Non, dit-il; il doit même le défendre, si on l'accuse; et, par un pieux sophisme, il montre la patrie tellement intéressée à la piété filiale que c'est servir encore sa patrie que de la trahir ainsi. — Cependant si notre père aspire à la tyrannie, le laisserons-nous faire? — Nous userons de prières, répond Hécaton, puis de reproches, puis de menaces, et il faudra voir l'état vraiment en danger pour se résoudre à une parricide dénonciation.

D'autres fois, c'est entre l'humanité et notre patrie que nous avons à choisir, et le sage, qui se dit citoyen du monde, n'oublie-t-il pas qu'il est citoyen d'une patrie? Zenon ^ et Gléanthe

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