‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 82 sur 259 · Plutarque, Des Contr. stoïc · texte numérisé non relu

Plutarque, Des Contr. stoïc

eurent ce scrupule et refusèrent le droit de cité que leur offrait Athènes. Ghrysippe au contraire l'accepta. Qui eut tort? Qui eut raison?

Nous avons omis à dessein, pour les discuter à part, une espèce de devoirs sociaux, les devoirs de l'amitié. On sait quelle place tient l'amitié dans la morale antique. De nos jours c'est un sentiment qui orne la vie de ceux qui l'éprouvent; mais ne se procure pas qui veut cet ornement. L'amitié a presque les caprices de l'amour, et de ces deux sentiments, celui-ci, dans la psychologie moderne, a absorbé celui-là, ou lui a plus ou moins imposé sa ressemblance. L'amitié est une vertu dans l'antiquité, je dirais presque un devoir. Pour être l'œuvre non de la nature, mais de notre choix, les liens qu'elle crée ne sont ni élevés au-dessus de tous les autres, ni rabaissés au-dessous. Leur place est cependant mal déterminée, et cela tient à ce que là, plus que partout, les devoirs varient avec les circonstances, et qu'ils dépendent de la conduite de nos amis, qui ne dépend pas de nous. Tels cas se présentent où pour suivre nos amis il nous faudrait oublier tout le reste; et si nous n'allons pas jusqu'à cette extrémité , jusqu'où irons-nous?

C'était là une question fort discutée par les

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anciens philosophes, si nous en croyons Aulu- Gelle. On se demandait si pour l'amitié on peut enfreindre la justice, et dans quelles circonstances, et jusqu'à quel point *. Un * des sept sages, Ghilon, ayant à juger un de ses amis, qu'il tenait pour coupable, ne savait qui écouter de sa conscience ou de son cœur. Il imagina une combinaison ingénieuse. Pour sa part il vota la condamnation, mais il conseilla aux autres membres du tribunal de voter l'acquittement. Ainsi il avait jugé selon sa conviction, et cependant son ami n'était pas condamné. Mais, à la fin de sa vie, il se reprochait cette transaction, et on trouvera peut-être qu'il n'avait pas tout à fait tort. Ghilon s'était trompé de bonne foi. Il faut donc reconnaître que son cas était au moins embarrassant. G'est pour des cas analogues que les anciens donnent des règles et des conseils généraux. Ils répètent et commentent la réponse de Périclès à un ami qui lui demandait un faux témoignage : « Ami jusqu'à l'auteP. »

1. Aulu-Gelle, Nuits attiques, I, 3. « Et alii deinceps multi philosophiae sectatores, ut in libris eoruni scriptiim est, salis anquisite, satisque sollicite qusesierunt, ut verbis, quae scripta sunt, ipsis utar : t\ dôi go-/j6£tv xw cptXw Tiapà xô St'xaiov, xàt [Aéxpi Ttôaou, xai ■koXol. »

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