‹ Le problème morocain et la Banque d'état du Maroc [microform]Chapitre 17 sur 56 · LA (.KNKSE DE LA BANQUE D P:TAT · texte numérisé non relu

LA (.KNKSE DE LA BANQUE D P:TAT

janvier i<)o6, MM. Uevoil et Uegnault, plcnipolenliaires désig'iics par M. lîouvier, ne sauraient poursnivi’e (prmi dessein, celui d'ol)tenir d'une Conférence internationale assez de concessions pour (jue ravenir de notre politi([ue au Maroc ne soit pas irrémédiablement compromis. La police qui devait appartenir à la France seule, ou à la France et à rKs])agne réunies, risque d’étre partagée entre idusieiirs puissances, que les insti’ucteurs européens soient groupés dans les villes de la cule en corps cosmopolites ou répai'tis par secteurs. Cependant, les [)Ourparlers ont respecté le problème de son organisation. La France conserve le droit de revendiquer pour elle, ou pour elle et l'Espagne, la direction des troupes que la (bnlërence chargera du soin d'assurer Lordre. — Pour la Bancjue, au contraire, elle s’est enlevé toute espérance de Farraclier aux dangers de partage international. Il est convenu que toutes les puissances représentées à Algésiivas collaboreront à sa formation et à sa direction. Comment se J'églera leur participation P La France exercera t elle la prépondérance.^ C’est le seul problème qui se pc'Se. La France, avec les droits inscrits dans le contrat de 1904, possède des atouts d’une incontestable valeur. L'Espagne les reconnaît, s'engage à lui laisser la présidence. Mais l'Allemagne nie déjà la vérité des droits du consoi’tium, se prépare à ravalei' la part de la France au niveau commun, se dispose tout au moins à ne lui accorder quelque avantage qu’à la condition de s’en approprier ré(piivalent. (aiillaume prétend, à la fois, montrer à l'Europe qu’il ne se passe riciï de quel-

A ALOËSIHAS Ui

que importance qu’avec le consentement de rfniq)ire, et planter son peuple, au mépris des droits de la France, et en dépit de la nullité desesdroits,au cœurdu Maroc. D'aussi redoutables dangers auraient-ils pu être évités? L’installation de la France au Maroc était-elle possible, au lendemain de l’accord du 8 avril 190^1, avec la constitution d’une police, la fondation d’une Banque d’I-ltat ■’ M. Delcassé serait-il coupable d'Algésiras, par la lenteur (pi'il a a])portée aux négociations avec l'ez, de la Bam|ue Internationale pai’ le refus qu'il ainlligéauxdemandes des linanciers? Les événements sont déplorables, certes, mais pour condamner sa politique, il faudrait démontrei' qu'en mai 190.4 il était nécessaire de prévoir les défaites russes, et il est fâcheux que ceux qui paraissent incliner vers celte opinion ne découvrent pas la vanité naïve des piopliéties du lendemain.

Les pléiiipolenluvires délégués îi Algésiras licniicul leuf première séance le iG janvier 1906. Leur mission est d’élaborer le plan el le mode d'exécuUon des réformes reconnues indispensables pour ramener l'ordre et appeler la prospérité an Maroc. Tribus rebelles, ai)provisionnées par une contrebande incessante de fusils el de balles, l)orls délal)rés. on la barre, les barcasses, les magasins se coalisent contie le commerce, voilà les ennemis à combattre. Le premier souci de la (Conférence sera île rassembler les mesures propres à enrayei- le commerce illicite

iJ. - 1-2

17H LA GliNÈSE UK LA UANoUE u'ÉI'AT

des armes. Mais le nombre des Maiiser vendus aux indigènes est incalculable, et, d auti'e [>art, il s écoulera un assez long temps avant que la répression soit ellicace. C est pourcpioi les ministres des puissances doivent, avant tout, travailler à organiser des corps de police et un service de travaux publics. Or, pour armer, é(iuiper, solder de bons et lidèles gendarmes, pour construire des phares, des môles et tles magasins, il faudra beaucoup d'argent. Le Sultan en a tout juste pour vivre. Impérieuse est la nécessité de le dégager des embarras ])écuniaires où il est empêché. Les réformes tinaneières sont a la liase de toutes les réformes. La Conférence, après la contrebande des armes, est tenue de résoudre d’abord le problème de la Banque d'Etat, ensuite la question de la police.

Du i6 janvier au ao février, les séances sont consacrées à l examen des procédés capables de mettre fin à la contrebande (I ), puis à l'étude des réformes les plus aptes à o*rossir les revenus du Trésor (^). La lutte contie la fiaude est admirablement organisée ; mais la plujiart des dilbcultés attachées au régime des impôts sont laissées sans solution. De ces délibérations, une seule réforme est issue: c’est la création d’une caisse spéciale, tenue par la Banque d'Etat. où seront versées les recettes produites par une surtaxe de 2 fr. ,")0 o/o frappant les marchandises importées, et qu’on destine aux travaux [lublics le plus instamment réclamés par la misi'rc des jiorts. L attention des délégués

(1) Protocoles, p. tl-'tf.

(2) n»(l., p. 4tHl,

A Al.ÜKSUiAS

n’estpas à ces discussions où ne sont engagés que les intérêts marocains. Elle est toute tendue sur les deux problèmes qui, autant que le Maroc, [ilus encore que le Maroc, touchent l’Europe. El, pendant qu’au jialais de Vaynnlamicnlo se poursuivent les arides controverses olhcielles, il n’est parlé, dans les conversations de promenade et d liôlel, que de la police et de la Banque.

La police sera-t-elle internationale et alors la répartirat-on par corps cosmopolites ou l’organisera-t on par secteurs Sera-t-elle donnée à des neutres ? Sera-t-elle réservée exclusivement à la France, ou partagée par elle avec l’Espagne? Comment s’aceomplira alors le partage? Tels sont les principaux thèmes, relativement clairs et simples, des débats et des gageures. Plus obscurs et plus toutlus sont les eidretiens à travers les([uels ci rent les projets de Banque. — Il est indubitable que la Banque Impériale n’appartiendra ni à la France seule, ni à la France et à l’Espagne associées, ni à un consortium de plusieurs puissances ; mais qu’à son organisation et à son fonctionnement collaboreront toutes les puissances représentées à KIgésiras. Il est indubitable aussi que, pour la Banque comme pour la police, la bataille se livrera entre la France et F Mlemagne, que les délégués des autres nations n’y participeront qu’à titre d’alliés. >i'csl-il pas, dès maintenant, possible d’interroger assez précisément les ambitions rivales et les intérêts alTronlés, pour connaître les tactiques de combat, pressentir les méthodes de résistance, soupçonner les plans de retraite ?

LA (iliNÉSE DK DA DAN(JUK D El'AT

Autour de la certitude ([ue la llauque sera une iustitutioii interuatiouale gravitent les problèincs. Que l’Europe soit appelée à [)articiper à sou rouctioiiiiemeiit, c’est la joie de rAllemagiie, c'est l’eunui de la France. Le but des négociateurs geiananiques sera d cx[)riiner de cette organisation toutes ses conséquences , le but des négociateurs français de les enrayer. Ouvrir le Maroc à rUlemagne, le fermer à la France, pour cela assurer à l’Europe dans la Ban({ue une participation etVective par Légalité des parts ; confier à la Laïupie autbeidiquenieut internationale, outre ses attributions économiques, des pouvoirs admijiistratifs et politi(pies ; la livrer à la direction des puissances par une surveillance incessante, sanctionner cette condition parmi régime juridique spécial, voilà les fins et les moyens germaniques. Fermer le Maroc à l’Allemagne, le garder ouvert à la France, poui cela assurer à la France dans la Banque une participation supérieure à celle de toute autre puissance, ne laisser à la Banque, même d apparence docile, toujours internationale, donc incertaine, aucune fonction politiipie ; la soustraire au contrôle de I Fui'ope pour en réserver l’administration a un (mnseil indépendant, sanctionner cette (unulition par le régime juridi([ue français, voilà nos fins et nos moyens. Ministère européen ennemi de notre innucnce, département marocain fa\orable à notre action, lequel de ces deux bâtiments la Conférence va-t-elle édifier;’

A ALOÉSIRAS 181

• Quelles attributions, partant ([ucls caractères généraux demanderont pour la Banque, selon leur stratégie respective, L Ulcmagnc et la France ? Elles s’accordent sur la nécessité de lui garantir les privilèges indispensables a sa tâche d’ « assainissement monétaire», droits exclusifs d’achat ou de vente de métaux pi'écieux,dc frappe et de r efonte des mottnaies, d’émission de billets au porteur (r). Elles s’accor-dertl cncoi-e sur la rrécessité de lui assrrrer’ à la fois les pouvoirs d’Agertce Firrancièr-e du Makbzcn (a), et lesfottctionsdcTré.soi-iei--Baycur de l’Empire Ci). Mais ce n’est ici riu’un accord de principe, dérobant de graves dissentimeirls. La Bamjue demandera-t-elle le « droit de préférence » en matièr-e d’emprunts, sans leqttel il lui sera impossible de rendre au Sultan les services qu’on a le devoir d’attendre d’elle ? Quelles i-ecettes encaissera-t-elle;' Quelles dépenses aura-t-elle àacijuitter Borncra-t-cllc ses pouvoirs à ces fonctions réceptrices ? — Elle jouir-a du droit de préfér'ence : elle encaissera « tous les revenus de 1 Empire », particulièrement les revenus des douanes : elle pourvoira aux frais d’entretien de la police, et compléter a les produits de la taxe additionnelle alfectée aux travaux publics ; elle assumera le service des emprunts cl de la Dette ; elle joindra à ces attributions 1e pom oir positif de dresser le budget de la police ; telles doivent èlr'c, selon 1a

(1) Protocoles Références des projets allemands et français, p. D2<,

(2) Ibid., p. 128, n° 2.

(3) Ibid., p. 129, n» 3. Cf, p. 110 et 117.

Page 1