‹ Le problème morocain et la Banque d'état du Maroc [microform]Chapitre 6 sur 56 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L — Le paradoxe de la misère inarocaine, — Ce que le Maroc pourrait être : climat, productions, fçisements, situation. — Ce qu’il est : t industrie et agriculture. — La vie quotidienne. — Les travaux

i publics. — Le commerce. — La condition monétaire.

II. — La décadence marocaine cl ses causes. — Y a-t-il décadence ? —

3 Les populations du Maroc ; caractère ; religion ; passion de liberté ;

f races et genres de vie. — L’anarchie, — La question du gouverne-

i ment. — Les Ghérifs. — L’apogée du Maroc : de Mohammed-el-

I Medhi à Moulay-lsmaïl . — Le déclin. — Impôts et armée. — Les

révoltes.

III. — L'Europe et la régénéralion marocaine . — Le problème marocain. — La condition des Européens au Maroc : textes, apparences, réalité. — L’insécurité. — Afrique et Méditerranée. — Intérêts et droits des puissances. — La France et son « intérêt spécial >. — La politique du Makhzen. — La situation en 1901.

La Banque d’Etat du Maroc a été instituée, en 1906, par

l’Acte général d’Algésiras, dans le but d’assurer, outre les

? services ordinaires de tout établissement de crédit, 1’ « as-

I sainissement de la situation monétaire » de l'Empire ché-

i rifien, et de’ remplir les fonctions précises de a Trésorier-

f Payeur » et d’ «Agent Financier >; du Sultan. La tâche qui

lui a été assignée par des privilèges divers est exclusive-

j ment marocaine. Mais son fonctionnement, loin d'avoir

I été confié à une seule des puissances intéressées au Maroc,

a été réglé suivant les principes et les formes d’une collaboration internationale. Son capital est souscrit, et ses administrateurs sont nommes par chacun des Etats l'cprésentés à la Conférence. A quelles causes se leferent les attributions de la Banque, paniuelles influences s’expliquent les caractères de son organisation, c est la dou ble question qu’il est nécessaire d’éclaircir pour comprendre ses origines, sa genèse et son histoire, et à laquelle peut seul répondre l’examen de la condition africaine et internationale du Maroc.

Tombant au Nord sur la Méditerranée, s’inclinant à l’Ouest vers l’Atlantique, surplombant au Sud le Sahara, le Maroc, par ses plateaux et ses massifs de 1 Est, s attache à l'Algérie, pour relier l’Espagne aux contrées africaines du monde méditerranéen. Comme l Algérie et la Tunisie, plus encore qu’elles, il est le pays de l’Atlas. La montagne, en eflet, ne couvre en Tunisie que le Nord de la région. En Algérie, elle se divise en deux chaînes, enserrant une large étendue abandonnée aux hautes steppes. Dès la Moulouïa, au contraire, l’Atlas rapproche ses crêtes, rassemble ses massifs, et, sur tout le Maroc, depuis le promontoire des Trois Fourches jusqu’au Cap Noun, les lance en une

L formidable invasion. Le long de la Méditerranée, le Rif

l’étroite brèche de Gibraltar. A l’horizon de Fez, deMeknès, de Settat, s’arrête, pour encercler les bassins du Sebou et de l’Oum-el-Rebia, la chevauchée de l’Atlas Moyen. Côtoyant le désert, et gardé de l’autre côté du Sous, par les monts vassaux de l’Anti-Atlas, le dominateur du pays, le Grand-Atlas — qu’un vieil historien arabe montrait « enraciné dans les profondeurs de la terre, remplissant l’espace de sa masse énorme, dressant jusqu’au ciel ses cimes couronnés d’étoiles » (i), — de Figuig à Agadir et de Marrakech auTafilelt, lève, plus haut que les pointes les plus altières des Pyrénées, plus haut que les pics les plus hardis de la Sierra Nevada, l'orgueil de ses blanches aigrettes (2). Entre les chaînes, elles-mêmes entaillées de vallées profondes et creusées en cirques grandioses, s’étalent et s’élargissent, en s’abaissant vers l’Atlantique, dévastés hémicycles, plateaux aux approches de la montagne, plaines aux approches de l’Océan, — Sous, Chiadma, Doukkala, Ghaouïa, Gliarb — qui rejoignent par la bordure littorale du Rif le Tell algérien, et répondent, de l’autre côté de 1 Atlas, à l’épanouissement du Sahel tunisien.

Méditerranéen par sa côte septentrionale, saharien par le revers méridional du Haut-Atlas, la trouée de l’Oued Guiret de la Moulouïa, le Maroc doit à la structure de ses chaînes, à la disposition de ses vallées, à l’allure de son

(1) Ibn-Khaldoun. Cité par V. Piquet (Civilisations de VAfvique du Nord, p. 132).

(2) Djabel-Moussa, 4.000 mètres ; Sidi-bou-Abbou, 4.300 mètres ; Aïl-Aïachi, 4.500 mètres.

sol, (l’ôlrc avanl tout un pays de dépcmlance atlantique. C'est vers l'Océau (lue s'inclinent massifs et plateaux ; c’est vers l'Océan (lue coulent la plupart des lleuves — Scbou, Bou-Regreg, Üum-er-Rebia, Tensift, Sous, l)raa ; — c’est de l’Océan que montent les lourdes nuées (pii apportent, à ces « oueds », les pluies et les sources qui font d’eux les égaux des lleuves de l' rance, aux sommets de l’Atlas, les neiges et les glaces dont la fonte entretient au désert, sous la même latitude que les steppes désolés d’igli eide

Touggourt, de délicieuses oasis (i).

Pittores(pie et splendide, le c( Magbrcb-el-\ksa » l’est au plus haut point. Il y a plus. Climat, sol, sous-sol, situation. toutcouspireà lui donner d’incomparables avantages.S'il est un problème, en elVet, qui domine désormais la L^stinée des peuples (a), c’est de savoir comment ils concilieront les exigences sans cesse croissantes de leur industrie avec les nécessités vitales, comment au travail des villes seront assurés les produits des champs, comment à « l'usine » s'associera la « ferme ». Dans leur fièvre de concurrence, les pays européens à sous-sol abondant développent sans arrêt leur industrie, restreignant

sur leur superficie limitée les espaces labourables, les livrant aux pâturages et aux cultures industrielles. Ils se condamnent ainsi à quérir pour unegrande partie de leur

(1) Cousin cl Sauriii, Le Maroc, p. 18-31, et 2o3.

(2) Cf. dans V. Bérard, L'affaire marocaine,^ Ives belle éludé

l'Espagne, p. 193-282, particulièrement p. 263 sq.

population le « pain (juotidien » dans d autres contiées, mais obligent celles-ci, moins riches en gisements, a léduirc leur industrie pour se consacrer à 1 agriculture. Usine ou ferme, telle est la condition vers hupielle tendent nos Etats d Europe. Seuls, aujourd’hui, les Etats-Unis, occu-

pant la moitié d’un continent, possèdent a la fois les champs et les manufactures nécessaires à leurs habltanls. Demain la Russie, couvrant un quart de l’univers, pourra réunir les mêmes éléments. Il n est en dehors d elle, eu Euiope, qu'un pays qui, malgré son étendue médiocre, soit en mesure d’installer, chez lui, et sans sortir de son domaine, la ferme et l’usine ; c’est l’Espagne. — Or, comme l’Espagne, dont il apparaît comme une réplitpie africaine, le Maroc, par la variété des sols, la diversité des climats, la richesse des gisements, doit compter parmi les contrées privilégiées à qui, pour la lutte des peuples, ont été prodigués des dons merveilleux (i).

Les pentes des massifs, les dépcMs siliceux des plateaux, sont gardés par de superbes forêts : chênes-lièges chez les

Zaër, les Zemmoiir, les Alamora ; chênes verts, noyers, châtaigniers chez les (îlaoui, les Tadla, les Beni-Mguild ; arganiers dans le Sous ; cèdres dans 1 Atlas et le Rif. Los

vallées abritent des moissons, des vignes, d’admirables vergers peuplés d’amandiers dans le llaouz, d’orangers, de

(1) L. Gentil, Le Maroc et ses richesses naturelles . Bull. Soc. géog., mai 1910. Cousin et Saurin, Le Maroc, p. 244-278 ; Eug. Aubin, Le Maroc d'aujourd'hui, } assim .

citronniers, de grenadiers, de figuiers chez les Djebala, les Beni-IIassan, les Beni-Snassen (i). Les champs d’oli-

viers s’étendent partout, aussi riches dans la conque de Marra kech et dans les plaines de f .Vbda qu’aux pieds du Zchroun et dans lesenvirons de Fez.Les larges ondulations des plateaux portent d’opulents pâturages, couverts de che-

vaux. d’ânes, de mulets et de bœufs ; les prairies montagnardes,les pâtis nourrissent d innombrables troupeaux de moutons et de chèvres {2). Les plaines atlantiques forment un des plus fertiles terroirs du monde. Le Gharb ne le cède en rien à la célèbre Mitidja ; la basse vallée du Sebou peut rivaliseravecla plaine deBone, tandis que, séparée du Gharb par quelques lieues de dunes, se déroule, de Rabat à Mogador, sur une longueur de 45o kilomètres et une profondeur de 70 à 80, une bande de terres noires et rouges, « les

Tirs » et les « Ilamri », composées d’énormes épaisseurs d’alluvions aussi propices aux céréales que le « lœss » des vallées chinoises ouïe » tchernoziom » des plaines

(1) Cf. de Segonzac, Voyages au Maroc, passim, part. p. 42 sq., G8 sq.

(2) Alors que, d’après les évaluations les plus récentes, l’Algérie compte î environ l nidlion de bœufs, 10 millions de moutons, 4 millions de chèvres, 200.000 chevaux, 157.000 ânes ; la Tunisie 200.000 bœufs, 1 million de moulons, 400.000 chèvres, 30.000 chevaux, 94.000 ânes [V. Piquet,Co/om'sa/£on française dam C Afrique du Sord, p. 297 s((., p. 431 sq.), le Maroc compte 5à 6 millions de bœufs, 40 millions démontons, il millions de chèvres, 600.000 chevaux, 4 millions d ânes (Cf. Cousin et Saurin, op. cil., p. 255-264, d’après les renseignements fournis par M. Dehors, vétérinaire du Conseil Sanitaire du Maroc),

russes. « Terre de miel et de lait », sur le pourtour de laquelle l’Océan offre aux pécheurs du Sparlel et du cap Blanc, ses bandes de corbines et d’aloses, la Méditerranée ses armées de sardines, de rougets et de thons aux pêcheurs de Ceuta et d’Alhucemas, pendant que s’égrènent, du Tafilelt au cap Noun, les oasis où, à l’ombre des palmiers, frissonnent les arbres fruitiers, se balancent les cotonniers, sourient les Heurs tropicales (i).

Si la « ferme » marocaine est plantureuse, T « usine » peut extraire du sous-sol les matériaux nécessaires à une puissante industrie. Sans doute le Rif et l’Atlas sont aujourd’hui trop mal connus pour qu’on ose prétendre à lever une carte précise de leurs gisements. Sans doute, maint prospecteur encore devra explorer les plateaux et les chaînes avant qu’il soit possible de dresser l’inventaire des trésors souterrains du pays. Cependant, de l’abondance et de la variété des minerais d’Espagne, il est permis de conclure à la variété, à l’abondance des minerais du Maroc. Espagne et Maroc, en effet, aujourd’hui séparés par un détroit de quelques kilomètres, mais constitués par les mêmes terrains, ont participé à la même histoire, aux mêmes plissements, aux mêmes bouleversements, et n’ont cessé que depuis un temps géologiquement négligeable,

(1) L’opulence des oasis du Draa et de l’Adrar, attestée par maint voj'ageur, est une des plus fortes raisons que puissent invoquer les partisans du transaharien de l’Ouest. Par elles, en effet, le chemin de fer Sénégal- Maroc- Algérie, serait assuré d’éléments de trafic appréciables, et qui font complètement défaut à l’itinéraire oriental.

de former une seule et même région, de part et d’autre du massif primitif maintenant etfondré sous les Ilots de la Méditerranée occidentale. Nombreux d’ailleurs sont les témoignages qui concordent à prouver l'existence, à travei’s la contrée, de multiples gisements. L’or, roulé en paillettes par les rivières du Sous, a été découvert en grains mélangés au quartz dans le Rif et l’ \nti-Atlas. L’argent, sifi-nalé dans le bassin de l'Oued -Noun, dans certaines val-

lées du Grand Atlas, affleure à ciel ouvert aux environs de Goundafy. Les filons de cuivre déjà connus paraissent dignes de ceux du Rio-Tinto et de Tharsis ; il s’en trouve aux Bibouan, dans le Sous, le Djebel Mesfioua ; en 1079, le consul de France s'en faisait vendre 4o.ooo quintaux a à douze livres lecent ». Le plomb, l’antimoine abondent en plusieurs provinces de l’Empire. Le fer se rencontre, autant au voisinage de la mer, dans l’Abda par exemple, où s'élève le Djebel Hadid (Montagne de fer), que dans l'intérieur des massifs. Les bancs de phosphates algéro-tunisiens se continuent dans les profondeurs des plateaux. Quant à la houille, dont l’absence entrave si malheureusement l'industrie manufacturière de la Tunisie et de l’Algérie, il y en aurait de vastes et j)rofondes couches, sinon dans le Rif, du moins dans l’Atlas (T). Polybe, ébloui par l’énumération des richesses minières de l’Espagne, l’appelait le « colïre-fort royal de l'éternité ». L’ex-

(î) .leannot, Le Maroc ^ p. 270, note G. — Cf. Cousin et Saui’in,

C(7-, p. 271. Ihdl. A[r. jr.^ 1907, p. 174.

pression du vieux géographe ne pourrait-elle pas un Jour être reprise pour le frère africain de l’Ibérie, l’Empire du Couchant ?

Si le charbon manquait, d’ailleurs, les oueds montagnards, seuls du Maghreb à être sans cesse approvisionnés d’eau, od'riraient aux fabriques leur forL’.e intarissable. — Houille et minerais, vergers et champs, troupeaux et pêcheries, il apparaît bien maintenant que la nature a dispensé au Maroc tout ce qu'il faut pour nourrir une population dense, et lui fournir un bien-être d'autant plus délicieux qu'on en Jouirait parmi la plus pure lumière, sous le ciel le plus clair, dans le plus doux des climats. La place est marquée pour des villes populeuses, dans les plaines, au milieu des jardins et des cultures, sur les plateaux, à l'issue des défilés où grondent les dernières cascades,— pour des villages llorissants, dans les montagnes, parmi les pâturages et les forêts, — pour des ports et des caravansérails retentissants, aux estuaires des fleuves, aux débouchés des routes de l’Atlas. Les audacieux que tentent les aventures du commerce, par les chemins de l’Océan, peuvent eingler vers l’Angleterre et le Brésil, vers la Russie et le Cap ; par les chemins du désert galoper vers le Sénégal, le Soudan et l’Egypte. Flottes, caravanes et rails ont leurs points d attache indiqués d’eux-mêmes à ce carrefour des routes de terre et de mer, qui mènent aujourd hui d Espagne au Soudan, de l’Argentine à la Syrie, qui mèneront demain, par le canal de Panama, de rExtrême- Orient à 1 Europe du Sud ; par les transpyrénéens et le

transsaharien, de l’Europe du Nord au golfe de Guinée. Opulent vendeur de froment, de bestiaux, de fruits, de manufactures, magnifique acheteur de denrées exotiques et d’objets de luxe, le Maroc est désigné, par sa situation, comme une place de commerce d’avenir illimité... Le proverbe arabe ne ment pas : « La terre est un paon, et le Maghreb-el-Aksa en est la queue, d

On ne saurait demander à ce Maroc une activité aussi fiévreuse qu’il est possible de l’imaginer par l’exemple d’autres contrées d’Europe beaucoup moins favorisées. On ne peut en effet sans iniquité oublier les différences qui séparent les exigences européennes des habitudes orientales. Le Maroc est un pays musulman, et c’est de la morale et de l’idéal musulmans qu’il faut rapprocher la condition de ses peuples, pour la voir et la juger sans périls d’erreur. Cependant, même sous ces réserves, et tout compte fait de la nonchalance, de la résignation, du fatalisme mahométans, on a le droit de rechercher dans quelle mesure, au temps où l’inquiétude officielle de l’Europe se tourne vers lui, la vie des hommes y a bénéficié des avantages, dont la nature l’a si généreusement doté.

Par les plaines et les montagnes, sur le littoral et dans les oasis, vivent une douzaine de millions de Berbères, deux ou trois millions d’Arabes et de Maures. Sur au-

cun point de l’Empire, ne rententit d’usine, ne fume de manufacture. Les mines n’ont pas eu à se combler, comme en Espagne; elles n’ont jamais été ouvertes. Si quelque novateur voulait exploiter le fer, le cuivre, l'or, l’argent, il lui faudrait l'autorisation du Chérif, qui ne l’accorde jamais. Les carrières ne servent, à de longs intervalles, qu’à édifier les palais de quelques riches fonctionnaires. La force de la houille sommeille dans les profondeurs du sol, la force des eaux coule sans qu’on songe à l’asservir. On n’a aucune idée des puissances qu’enclosent les richesses souterraines. Les produits de la terre, des troupeaux, sont partout traités par des procédés prodigieusement rudimentaires, reçus des plus lointains ancêtres, que les générations se transmettent avec piété, qu’il serait péché de modifier (i). Pour avoir de la farine, les femmes écrasent le blé sous de grosses pierres, ou sous les meules d’un moulin à bras. Pour avoir de l’huile, elles fonthouillir les olives dans de l’eau, laissent reposer quelque temps le mélange, en séparent le dépôt quand il commence à moisir, enferment ce qui reste dans une grande jarre, et 1 enterrent, pour le porter enfin sous le pressoir. Les étoffes dont sont tissés burnous et gandourahs, haïks et khenifs, de laine, de poils de chèvre ou de chameau, offensent la chair par une incroyable grossièreté. Seuls, les tapis sont tramés avec quelque hahileté, les cuirs travaillés avec

(1) Cf. Ilanoteau et Letourneux, La K aby lie el les coutumes kabyles, passim.

LE MAROC El’ LE PROBLÈME MAROCAIN

art. Les maroquins, tannés au ïafileU. teints à Figuig et à Fez, suivant des procédés jalousement gardés, méritent leur réputation par leur couleur inaltérable et leur exquise souplesse. Mais, en dehors de la préparation des peaux, il n’y a pasd-industrie capable de faire vivre beaucoup d’artisans. Hormis Fez, Marrakech et Tanger, les vdles les plus peuplées ne renferment que quelques milliers d'habitants (i). \ussi bien la plupart des métiers ne travaillent-ils guère que pour le marché de leur village ou le

bazar de leur bourg.

Les paysans, laboureurs et bergers, composent l’immense majorité du peuple. On n’imagine pas, à traverser les forêts, les champs, les vergers, les pâturages, que les Berbères des temps les plus reculés pussent être plus malhabiles à demander à la terre leur subsistance (2). Le pâtre abandonne son troupeau à lui-même : hiver comme été, bœufs, moutons et chevaux paissent à l’aventure, sans qu’il se soucie de leur donner contre les intempéries un autre ahri que l’enclos en plein air au milieu des tentes, de leur assurer pendant la canicule un autre fourrage que l’herbe calcinée par le soleil, de perfectionner les races par des

fO Fe/ 100 000 h.; Marrakech, 63.000 h. ; Tanger, 45 .000 h. ;

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