PRÉFACE VII
mier rang desquels il faut placer l'auteur de cet ouvrage.
Grâce aux qualités rares de son esprit et de sa méthode lumineuse, M. Alaux a l'incontestable mérite de représenter le problèrae^pour ainsi dire, sous un autre jour, et de le traiter avec toutes les ressources d'une dialectique imposante, d'une immense érudition^ et d'une forme mathématique irrésistible, tant le faisceau des preuves rationnelles a de cohésion, tant la synthèse découle logiquement des éléments de l'analyse.
Maintenant demandons-nous, pour l'intelligence complète de l'ouvrage qu'on va lire, ce que c'est que la Religion et ce que c'est que la Philosophie.
La Religion, c'est la tradition toujours vivante, c'est l'affirmation de réalités au-dessus et au-delà de l'expérience sensible, c'est l'ensemble des crovances de THumanité, dont tout homme porte en soi le germe essentiel; c'est, en un mot, Dieu directement perçu par la conscience et senti par le cœur.
La Philosophie est l'étude du problème de l'univers, et, selon la définition remarquable d'un éminent esprit (I), « c'est la part de la raison dans la recherche de Dieu » : c'est l'âme s'élevant à la conception de la cause première par le degré des intermédiaires ; en un mot, c'est l'esprit atteignant l'Immobile par le mobile, l'Eternel par le passager, l'Infini par le fini.
Aussi dans ce sens est-il permis dédire que la Religion donne ce que la Philosophie nomme.
Mais, si les moyens diffèrent^ le but est identique : l'induction et la déduction sont les deux mouvements inséparables de toute activité humaine ; les opposer l'un à l'autre comme irréductibles^ c'est donc mutiler l'esprit et présenter sciemment l'homme incomplet.
(1) Ernest Naville.