‹ Le problème scolaire étudié dans ses principes [microforme]Chapitre 11 sur 35 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SOMMAIRE: La liberté d'enseignement ne sauruit être absolue. —1° Objet du problème.—2° Sage modération de l'Église. — 3° Prétentions excessives des étatistes. 4° Importation de la doctrine de l'étatisme scolaire au Canada. 5° Justes revendications des défenseurs de l’Église et de la Famille. —6° Exagérations de quelques catholiques. 7° Solution modérée.--8° Importance et actualité de cette étude.

La liberté d'enseignement ne saurait être absolue; elle rencontre une première barrière dans la loi morale qui proscrit tout mensonge.

“I n'y à que la vérité, dit Léon XIII. qui doit entrer dans les âmes, puisque c'est en elle que les natures intelligentes trouvent leur bien, leur fin, leur perfection: c’est pourquoi l’enseignement ne doit avoir pour objet que des choses vraies ... Il est done évident que la liberté dont nous traitons, en s’arrogeant le droit de tout enseigner à sa guise, est en contradiction flagrante avec la raison et qu'elle est née pour produire un renversement complet dans les esprits ... Cela est d'autant plus vrai que l’on sait de quel poids est pour les auditeurs l’autorité du professeur, et combien il est rare qu'un disciple puisse juger par lui-même de la vérité

de l'enseignement du maître." Cela est d'autant plus vrai, pourrions-nous ajouter, que le disciple se rapproche plus de l'enfance. L’adulte a son libre arbitre et il peut réfléchir, discuter, accepter ou rejeter les doctrines qu’on lui propose: l'enfant, incapable de contrôle, les accepte sans débat, les endosse bon gré mal gré, les subit presque. Chez les jeunes, la faiblesse de l'intelligence se joint à la fin naturelle de l'âme pour exiger que la liberté d'enseignement ne dépasse jamais les bornes du vrai.

De plus, l'enseignement proprement dit doit se donner selon certaines lois pédagogiques: car il ne s'agit pas alors de communiquer simplement à autrui tout ce qui peut lui être licitement communiqué: mais il faut le lui présenter d'une façon méthodique et continue. Quelquesunes de ces lois sont du domaine scientifique; les autres tiennent du caractère, du tact, de la vertu, de l'habileté.

Enfin. le droit strict sur l'enseignement implique une garantie de liberté d'action. Il impose aux autres le devoir de respecter ses décisions et son exercice.

De toute évidence, tous ne peuvent enseigner. La liberté d'enseignement n'est pas plus universelle qu'elle n'est absolue. Pour exercer

(1) Léon XIII: Encyc. Libertas, Vol. 2, p. 197.

N.B.— Toutes les références aux encyliques de Léon XIII ont été tirées des Leitres upostoliques de S. S. Léon XIFI, par les Husmbles Editeurs de la Collection des ‘Bons livres,” Paris, 8, rue François ler.

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légitimement la fonction d'éducateur, certaines conditions sont requises. Telles de ces conditions sont intellectuelles, telles morales, telles juridiques. La nature ne gratifie pas tous les individus de toutes ces qualités à la fois. (Voir

Duballet : Fam. Égl. Êt. dans Éduc.. p. 32.)

Le grand problème est de savoir à qui la fonction d'éducateur doit être dévolue.

Trois autorités revendiquent des droits sur l'éducation: les parents, l'Église et l'État. Qui a raison? Une seule? Deux”? Toutes les trois à la fois? Nous verrons, en effet, que cette dernière alternative est la seule vraie: les parents, l'Église et l'État sont simultanément appelés à promouvoir d'un commun accord, quoique d'une façon différente et dans une mesure inégale, la grande œuvre de l'enseignement. Mais aussitôt surgissent de nouveaux points d'interrogation. À quel titre et dans quelle mesure chacun de ces trois facteurs coopère-til à l'œuvre commune: la formation de l'enfant ? Comment se coordonnent et s’harmonisent leurs influences respectives? Tout le problème scolaire tient dans ces diverses questions:® et c'est pour le résoudre,

(1) Tous les auteurs s'accordent sur cette manière de poser le problèm :

de l'éducation, Le docteur Bouquillon, dont les écrits soulevèrent une si vive

controverse, s'exprimait ainsi: ‘’Now there are three essential societies instituted

by God to work harmoniously in conducting man to his perfection and his end:

the domestic, the civil, the religious. Therefore, we must determine what are

the reciprocal rights, duties, and powers of these three sacietiesgin theintellactual formation of man.” (Education: To whom does it belong?, p. 5.)

c'est du moins pour en donner les principes de solution, que nous essaierons, au cours de ce volume, de répondre aux questions précédentes.

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Parnu les représentants de l'Église, quelques assimilateurs® ecclésiastiques des États- Unis, dans leur amb'tieux désir de voir dominer la race anglo-saxonne, n'ont pas craint de porter atteinte aux droits des parents, et se sont attribué des pouvoirs qui ne tendent à rien moins qu'au monopole de l’enseignement scolaire au profit de l'autorité religieuse. On devine aisément quelle délicate et pénible situation résulte pour les fidèles de ces étranges prétentions du clergé.

Mais en dehors de ce petit cercle d'assimilateurs ecclésiastiques, tous les théologiens eatholiques, avec une imposante unanimité, <e sont contentés de réclamer en faveur de l'Église une part d'influence éducatrice, beaucoup moins grande et tout à fait respectueuse des autres pouvoirs établis. Forts de la parole du divin Fondateur: Data est mihi omnis potestas in cælo et in terra, euntes ergo, docete omnes gentes, do-

(1 On entend par assimilateurs, ceux qui voudrai:nt que les nouveaux énagrés d'Europe ou d'ailleurs aux États-Unis ou au Canada, adoptassent, —et cela au plus vite et sans transition, —la langue, les idées et les mœurs de la race anglo-saxonne. On les appelle aussi américanisateurs, anglicisateurs, ultraaméricains.

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