‹ Le problème scolaire étudié dans ses principes [microforme]Chapitre 14 sur 35 · ÉDUCATION ET DROIT ÉDUCATEUR · texte numérisé non relu

ÉDUCATION ET DROIT ÉDUCATEUR

SOMMAIRE: [l convient de rappeler et de préciser quelques noti.ns générales. 1° Éducation ou Enseignement. : Instruction et Éducation. 3° École: Ses différentes sortes: l'école neutre. 4° Droit éducateur: Ses sens divers: son élément

essentiel. -5° Résumé.

Avant d'aborder l'étude du problème scolaire, il ne sera pas inutile de s'arrêter un peu à la considération des réalités qui en sont le substratum nécessaire et dont les diverses appartenances en constituent l’objet principal: telles que l’éducation, l'instruction, le droit éducateur, l’école, ete. Une brève analyse de ces choses suffira à en rappeler les notions essentielles et à en préciser les contours.

Étymologiquement, le mot éducation dérive du mot educere, tirer, faire sortir: c’est presque tirer du néant, presque :réer; c’est au moins donner la vie, le mouvement, l’action à l'existence encore imparfaite; c'est tirer du sommeil et de l’engourdissement les facultés endormies pour les rendre actives et vigoureuses, pour les développer,

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les faire grandir, les élever à un niveau supérieur. [y a dans le mot éducation l'idée de perfectionnement d'un être auquel il manque l'achôvement proportionné à sa nature,

Cette notion générale de l'éducation, qui peut s'appliquer à tous les êtres créés, l'usage la réserve d'une facon toute particulière aux êtres qui sculs sont susceptibles de perfectionnement moral, en prenant le mot moral dans le sens le plus large pour tout ce qui dépasse la mnatiôre et les sens,—à l'être humain et, de plus, à l'être humain inparfait, à l'enfant.

“Quand, en effet, on parle d'éducation, lisonsnous dans la Revue T'homiste, on entend bien signifier quelque chose qui soit propre à l’homme : et ce qu'il y à de propre à l'homme en fait de formation, c'est bien le développement moral. Le développement purement physique lui est commun avec les plantes et les animaux, le développement des facultés sensitives lui est commun avec les animaux, mais ce qui lui est absolument propre, c'est la possibilité de développer certaines facultés supérieures, comme l'intelligence et la volonté, Le développement de ces facultés supérieures de ‘homme, voilà précisément le but de l'éducation ; et tout le reste n’a d'importance et n'est développé par l'éducation qu’en vue de ce but supérieur. La vie organique, la vie sensitive, doivent certes être surveillées et développées, mais en vue de la

formation Morale, et c'est précisément à cause de

celle-ci que celles-là entrent pour une grande part dans l’éducation.””"(1

Aussi bien, l'animal, pe: sa seule naissance, reçoit des instincts infaillibles par où il trouve sans tâtonnement les moyens d'arriver à la fin de sa nature. L’abeille, sitôt devenue insecte parfait, vole et butine, puis revient à la ruche et y reste dans l’ordre commun du travail; il lui a sufli de naître et de grandir. Chez l’homme, au contraire, les instincts naturels ne sont pas infaillibles. Il naît avec une nature substantiellement complète, mais dont les puissances directrices ne sont pas disposée: immédiatement à la connaissance particulière les nécessités de la vie, ni à la poursuite déterminée des biens utiles.® Et ce n’est que lentement, après des années d'efforts et de contraintes, à travers les mille vagissements de son être, que la’ semence humaine s'élabore, se constitue en être vivant, en être émotionnel, en pensée, en conselence, jusqu'au jour où, plein de sève et resplendissant de vie, l'enfant se détache comme un fruit mür de l'arbre familial, demande son autonomie et se constitue responsable. De toute nécessité. le développement moral de l’homme exige une

(D Rev. Thom., 1900, p. 445: Notes sur l'éducation par le R. P. Verrier, O. P.

(2) Aliüs animalibus insita est naturalis industria ad omnia ea quæ sunt

eis utilia vel nociva, sicut ovis naturaliter existimat lupum inimicum. Quædam vin animalia ex naturali industria cognoscunt aliquas herbas medicinales et alia eorum vitæ necessaria. Homo autem horum quæ sunt vitæ necessaria, paturalem cognitionem habet solum in communi, quasi eo per rationem valente ex universalibus principiis ad cognitionem singularinm quæ necessaria sunt

humanæ vitæ pervenire. (D. Thomas: De Reg. Princ., L. I, C. L.)

art

surveillance attentive et une culture minutisuse: plus qu'aucun autre être créé, l'être humain sollicite l'éducation.

D autre part, quel autre âge que celui de l'enfance se montre plus docile aux enseignements de la science et aux inspirations de la vertu ? L’enfant, dit gracieusement $. Thomas, ® est une cire molle que sa plasticité rend susceptible de prendre toutes les formes qu'on veut lui donner: il ressemble à cet arbrisseau flexible que lherticulteur ploie, émonde et dirige à son gré.

Qu'est-ce donc que l'éducation ? Quelle est son idée tout à la fois Ja plus haute et la plus profonde, la plus générale et la plus simple?” La voici, telle que décrite par la plume alerte et sublime de Mgr Dupanloup:

“Cultiver, exercer, développer, fortifier et polir toutes les facultés physiques, intelleetualles, morales et religieuses qui constituent dans l’enfant la nature et la dignité humaine; donner à ces facultés leur parfaite intégrité; les établir dans la plénitude de leur puissance et de leur action; par À former l’homme et le préparer à servir sa patrie dans les diverses fonctions sociales qu'il sera appelé un jour à remplir, pendant sa vie sur la terre; et

ainsi, dans une pensée plus haute. préparer l’éter-

(D) Facilius impressionem recipit mollis cera, bonis moribus ætas tenera. Flexibilior est virgula trabe, et dirigi potest. In juventute bruta docentur, domantur, et domesticantur, (D. Thomas: De Eruditione Principum, Lib. V, Cap. IV.)—Cet ouvrage, attribué généralement à S. Thomas, est plutôt de Vincent de Beauvais. (Voir Rev. Thom., 1910, p. 298.)

et facilius informatur in

42 LE PROBLÈME SCOLAIRE nelle vie, en élevant la vie présente: telle est l'œuvre, tel est le but de l'éducation."

On le voit: l'éducation, c'est l'action qui opère, dans l'enfant, le développement harmonique et complet de ses facultés dans l'ordre naturel et dans l’ordre surnaturel.

Et Mgr Dupanloup d'ajouter aussitôt: L'éducation privée comme l'éducation publique; l'éduation la plus vulgaire aussi bien que l'éducation la plus haute; l'éducation des filles comme celle des garçons; en un mot, l'éducation humaine n’est qu'à ces conditions et à ce prix. Autrement, elle n'est pas. Telle est la loi de la nature et l’ordre imposé par la divine Providence. '"2

Pour désigner cette formation intellectuelle et morale de l'enfance et de la jeunesse, objet propre de l'éducation, on se sert quelquefois du mot enseignement. C’est en ce sens qu’on parle d’enseignement primaire, d'enseignement secondaire et d'enseignement supérieur. Mais ici il importe de remarquer que cette acception, autorisée par l'usage, ne répond pas adéquatement à la significetion première et immédiate du mot enseignement.

Au sens étymologique, le mot enseigner (in signare) exprime le signalement de ce qu’il y a au-dedans, la manifestation de la pensée. Et, puisque la manifestation de la pensée se fait tou-

(1) Mgr Dupanloup: L'Education, Tome I, p. 2. (2) Mgr Dupanioup: L'Education, Tome 1, p. 2.

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