CHAPITRE TROISIÈME MISSION ÉDUCATRICE DE L'ÉGLISE
SOMMAIRE: Le droit éducateur de l'Eglise oceupe le premier rang. 1° État de la question. 2° Titres de l'Église au droit d'enseigner, principalement la mission divine dont elle est investie. 3° Objet direct du droit de l'Église: les vérités révélées. - 4° Objet indirect: les sciences noturelles et profanes. 5° Pouvoir exclusif et absolu sur l'enseignement religieux et moral. -6° Pouvoir relatif et partageable sur l'enseignement naturel et profane. - 7° Conclusion.
Nous abordons ici l'étude proprement dite du problème scolaire. Les droits de Église v occupent le premier rang, et par l'étendue de leur objet, et par l'indépendance absolue avec laquelle il:
exercent. I nous faut immédiatement en établir les titres, en délimiter lt matière et poser les principes directeurs de sa mise en œuvre.
Enstruire fut lune des premières préoccupa tions de l'Église et Fune de ses principales œuvre Dés le commencement, elle S'est attribué Le droit d'enseigner toutes vérités: elle n'a pas meémi négligé lenscignement des vérités naturelles 6! profanes, bien qu'elle n'x attachät jamais une portance de premier ordre.
“ais doutt HA i au elle eut eonquEs ve
Bis.
haute situation sociale que lui assura l'édit de Constantin en l'an 313, elle ne put déployer librement tout son zèle en faveur de l'instruction publique: cependant ‘on se tromperait fort, écrit M. Paul Allard, si l'on croyait que, pendant les trois premiers siècles qui précèdent le triomphe du christianisme dans l'empire, les fidèles furent privés du droit ou des moyens d'enseigner. Quand un édit de persécution était promulgué, les professeurs chrétiens étaient sans doute exposés aux poursuites, mais Jamais une des lois dirigées contre la foi chrétienne ne contint à l'adresse de <es adhérents l'interdiction de tenir école."
Dès le second sièele, se dessinent dans le monde selentifique et littéraire et ravonnent déjà d'un vif éclat deux centres d'enseignement supérieur éhrétien: l'école de Rome et l'école d'Alexandrie. Puis la conversion de Constantin favorisa singuliérement parmi les chrétiens la culture des lettres et l'éelosion des grands génies. Les écoles libres étaient rares, iais déjà le christianisme prenait place dans l'enseignement publie et ofliciel. 1 était maitre de plusieurs établissements municipuux. Il comptait des représentants dans les istitüitions soutenues par le trésor impérial
Sans parcourir toutes les Ctapes des victoires et dés défaites de l'enseignement catholique au cours des siècles. notons Ha part immense de Uglise dans l'œuvre de l'éducation pendant tout
Paul \lard Julien L'Apostat, TU, p. 49
le moyen-âge. Toutes les écoles étaient alors tenues presque exclusivement par les scolasliques des cathédrales, où par les curés, où par des eongrégations religieuses. Citons en particulier les noms d'Innocent ITT, d'Alexandre TT, de Grégroire X, de Benoit XIE, qui S'illustrérent par leur zèle pour la diffusion des sciences religieuses et profanes.
C'est un fait hors de doute, et ilest aisé de le constater. que l'Église a toujours enseigné, qu'elle a toujours revendiqué ce droit et que les entraves multiples qu'elle à rencontrées n'ont pu la faire renoncer taumais à son noble ctutile labeur, Dans toute la série des papes, disait avee un légitime orgueil Léon NII, ii serait ditheile d'en trouver qui n'ait pas bien mérité de la république des lettres."
Telle fut li conduite traditionnelle de F Église au sujet de l'enseignement. Mais, en FYNO, la révolution se déchaina sur la France d'abord et, peu après, sur toute FEurope. Un souffle nouveau souleva le monde:les gloires du passé furent oubliées: les grandeurs furent abattues:et l'Église fut chassée des écoles, En matière d'éducation, les fs de la Révolution proclaumérent Fétatiome le plus absolu: et les droits de l'Église, comme ceux des parents, furent aceaparés au profit de FÉtat. Et voilà plus d'un siècle que ces idées gouvernent le monde: aujourd'hui, plus que jamais, la lutte se poursuit
CD Léon NEIL: Bref Plane quidem, Vol. 7, p 61,
bi.
ardente pour ravir à l'Église le domaine magnifique que son zèle séculaire pour l'éducation lui a taillé dans l'esprit et le cœur des peuples.
Ces contradictions et ces luttes n'ont rien d'étonnant. Il s'agit pour l'Église d'un droit qui tient à sa constitution même, dont l'exercice assure son emprise sur le monde; les ennemis de l'Église devaient nécessairement porter leur attaque sur ce point. “Sur le terrain de l'enscignement et surtout de l'enseignement de la jeunesse, nous dit un jeune apologiste, se rencontrent et se heurtent pour ainsi dire corps à corps, de la façon la plus concrète, les intangibles pouvoirs que l'Église tient de Dieu et les empiètements sacrilèges qu'inspire à la société civile la pensée libérale, "2
En face de ces assauts des méchants, notre premier devoir est d'affirmer hautement la doctrine des droits de F'Église sur l'enseignement. La mise en lumière des principes chrétiens est encore l'éloquence la plus eflience: niles fausses doctrines ni les com promis honorables ne peuvent l'entamer.
L'Eglise à un droit propre, un droit striet sur l'enseignement, en méme temps qu'un devoir rigoureux de le dispenser: et c'est au nom de ce
O Voir Chapitre preuuer, Sections LIL et IV
C2 Rer Dom, avril 1919: Le rôle éducateur de UEylise, par le RP Ville neuve, O. M I!
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
FFEFEEEÉ EFF
EF F Fe
APPLIED IMAGE Inc
1653 East Main Street Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 - Phone
(716) 288 - 5989 - Fax
droit et de ce devoir que, depuis son origine jusqu'à nos jours, elle n'a jamais cessé d'enseigner.
Les principes justificateurs de cette mission ne présentent aucune difficulté sérieuse pour ceux qui reconnaissent, en l'Église, une société fondée par le Christ. et destinée au but surnaturel de sauver les âmes: c'est la volonté de son divin Fendateur; c'est une conséquence rigoureuse de la fin qu'elle poursuit : et c'est, en plus, une prérogative étroitement liée à son titre de Mère spirituelle des hommes.
La mission d'enseigner, l'Église l’a reçue, non des hommes, mais de Dieu même à qui appartient toute puissance sur la terre comme dans le ciel. Data est mihi omnis polestas in cælo el in terra: îte el docete. C'est la volonté expresse de Dieu que l'Église enseigne. Et Notre-Seigneur veut encore qu’elle enseigne aux peuples du monde entier, et qu’elle les instruise de tous les dogmes et üe tous les préceptes de la Religion révélée. Euntes ergo, docele omnes genles, docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis.® La volonté du Christ est formelle. Les apôtres sont créés précepteurs des peuples par Celui dont la juridiction ne connaît aucune limite. “L'Église a été établie comme la colonne et le fondement de la vérité, disait Pie IX, pour enseigner à tous la foi divine... pour diriger les actions des hommes, les fixer dans
(1) S. Matth., XXVIII, 19.
2) Ibidem,
l'honnêteté des mœurs et la régularité de la vie, d’après les règles de la doctrine révélée. ”‘!
Toute mission légitime implique un droit rigoureux aux moyens convenables de la remplir. L'Église doit enseigner: l’Église peut enseigner. Car comment s'acquitterait-elle de sa charge, si elle n’avait le droit de faire ce qui lui est commandé”? Aussi répètera-t-elle avec l’Apôtre: Necessitas maihi incumbit.
C'est d'ailleurs toute sa raison d'être. Avant été fondée par le Christ pour conduire les hommes au but suprême de leur existence, à la consommation de leur sainteté, au bonheur du ciel, l'Église a, par le fait même, le devoir impérieux et le droit strict de faire connaître aux hommes les relations qui les rattachent à Dieu, les règles de conduite qu'ils doivent suivre, et les moyens qu’il leur faut prendre pour atteindre cette fin surnaturelle. Quiconque a droit à une fin, a droit également de prendre les moyens qui en assurent l'obtention et, par suite, d'écarte: ceux qui empêchent de l'atteindre. C'est, du reste, la pensée formelle de Léon XII. ‘L'Église, disait-il, est une société surnaturelle et parfaite dans son ordre. Comme elle a pour but de conduire ses fils à la béatitude éternelle, elle a reçu de Dieu des moyens et des ressources pour les mettre en possession des biens éternels.® Or, pour conduire les hommes au (1) Pie IX: Encyc. Quum non sine, 14 juillet 1864 (2) Léon XIII: Encycl Jampridem, Vol. DPF)
salut, il faut leur faire connaître les vérités révélées; et pour leur faire connaître les vérités révélées, il faut enseigner. Le droit d'enseigner est donc d’une nécessité absolue pour l'Église ; c’est le moyen unique de remplir parfaitement son devoir et d’atteindre sa fin. L'Église a le droit d'enseigner.
Enfin, la noble fonction d’engendrer les âmes à la vie surnaturelle confirme ce droit. L'Église est véritablement mère. Par elle, de simples créatures, de serviteurs, nous devenons les fils de Dieu. Par elle, Dieu opère à la manière d’un générateur et va jusqu’à l’intime de l'être; ‘‘il nous fait, selon l'expression de S. Thomas, communiquer à sa propre nature par une certaine participation de ressemblance avec lui": il donne en méme temps au baptisé un organisme en rapport avec sa nouvelle vie, c’est le mystérieux plexus des vertus divines, qui double et perfectionne l’ensemble de nos facultés ct de nos qualités naturelles.
Cette vie et cet orgunisnie RüUs SG: ComInuniqués par l'entremise de l’Église et des sacrements dont elle est la dispensatrice. Quel titre magnifique pour justifier le droit de l'Église sur l’enscignement! L'Église nous enfante à la vie surnaturelle. Elle est, par conséquent, obligée, l'enfant v a droit, —de développer, de compléter, de parfaire l'œuvre de notre déification. ‘Au principe
(D) ‘‘Donuin autem gratie excedit omasin faeulitatem nature creatiæ. cum nibil aliud sit quam quædam partiripatio divine natur#, que exceu omne m aliarm paturam "is. Thomas: fa-liæ, Qu CXILart !
générateur revient d'achever l'être qu’il a produit. Et plus l’être communiqué est parfait, plus la dépendance immédiate de l'engendré et le prolongement de l'influence génératrice apparaissent évidents et formels.” Voilà pourquoi l'Église peut et doit élever ses enfants, les instruire, les nourrir du lait de sa doctrine. Personne ne saurait le lui contester, ni le lui ravir. L'Église est par excellence puissance enseignante. Von possumus non loqui, peut-elle répéter avec ses premiers enfants. Pour l'Église, en effet. enseigner c'est vivre; cesser d'enseigner, c'est cesser de respirer.
Mais qu'a-t-elle le droit d'enseigner” Sur quelles vérités se porte son pouvoir éducateur ? Il y à deux ordres de vérités: l'ordre des vérités Surnaturelles et l'ordre des vérités naturelles : partant, il y a deux sortes de sciences: la science religieuse et la science profane. S'agit-il ici des vérités religieuses où des vérités profanes”? L’'É-
glise a-t-elle mission pour les unes et pour les autres, pour les unes comme pour les autres ?
Pour savoir exactement sur quelle matière se porte le droit éducateur de l'Église, il nous faut remonter aux principes mêmes de son existence. Tout se tient dans l'organisme des facultés morales: l’objet et l’action se proportionnent toujours
(1) Revus Dominicaine, avril 1919, article déjà cité.
à la nature, et la nature se détermine nécessairement par la raison d'être.” Vous voulez savoir l'objet du droit éducateur de l'Église, examinez le principe qui lui a donné naissance: la mission divine que le Christ a confiée à son Église de con-
duire les hommes au salut et de les instruire des vérités révélées: et selon que l'aceemplssement de cette mission divine l’exigera, le droit éducateur de l'Église se bornera aux vérités religieuses et sur naturelles, ou s’étendra, en outre, aux vérités naturelles et profanes.
Mais, auparavant, il convient de distinguer l'objet direct de l’objet indirect. L'objet direct fait la matière propre du droit et sollicite immédiatement et par lui-même son activité; l’objet indirect, au contraire, est par lui-même en dehors de la sphère d'activité du droit, mais il y rentre accidentellement, à raison de l’objet direct auquel il est étroitement lié.
Cela posé, nous disons: L'objet direct du droit éducateur de l'Église, ce sont les vérités religieuses et surnaturelles; l'objet indirect, ce sont les vérités naturelles et profanes, en autant qu’elles sont nécessaires ou utiles à l’enseignement des vérités révélées.
Le Christ confia ‘a mission d'instruire les peuples à l'Église,en ces termes :‘‘Allez,enseignez.… 7 (D “Quand un être organique dépérit et se corrompt, c'est qu'il a cessé d'être sous l’action des causes qui lui avaient donné sa forme et sa constitution. Pour le reiaire sain et florissant, pas de doute qu'il ne faille le soumettre de
nouveau à l'action vivifiante de ces mômes causes." (Léon XIII: Encyc. Partrenu à la 25ème année, Vol. 6, p. 283.)
ES
agé on.
de yc.
tout ce que je vous ai commandé.” Ces paroles indiquent bien que ce sont les vérités révélées, les vérités doctrinales et les vérités morales, dent il a plu à Dieu de confier Je dépôt aux apôtres. Car ce ne sont pas les vérités naturelles, mais ce sont les vérités révé ées que le Fils
de Dicu a commandé de répandre sur la terre.
D'autre part, l’Église à pour but de conduire les hommes au salut, et tout ce qui de sa nature est ordonné à cette fin Surnaturelle tombe sous le droit direct de l’Église. Or, ce sont les vérités révélées qui de leur nature s2 rapportent au salut des hommes, à leur béatitude éternelle. Ce sont donc également les vérités révélées qui font l'objet direct du droit éducateur de l'Église.
“Le terrain sur lequel l'Église exerce son autorité propre, dit Mgr Cavagnis, ce sont les choses qui se rapportent directement au salut éternel.”’? Aussi bien, ‘‘pour la foi et la règle des mœurs, ajoute Léon XIII, Dieu a-t-il fait participer l’Église à son divin magistère et lui a-t-il accordé le divin privilège de ne point connaître l'erreur. C’est pourquoi elle est la grande et sûre maîtresse
des hommes et porte en elle un inv.olable droit à la liberté d'enseigner. ""®?
Donc, les vérités révélées, dogmatiques et
D Ecclesigæ jus est ex: lusivum in
els qu: per se primario et directe refe- Funiur ad vitarn æternam,
‘oBstuituunt enim ordinem Supernaturalem et ad SUpernaturalem finem sunt nat 18 Sua ordinata: hujusmodi est revelata doctrina. (Cavagnis: [nes ir, pus, Bee, Pars. spec., Lib. II, n. 9.) 21 L&on X{I£ En e. Libertas , Vol. 2, p 199.
Tr sont l’objet direct du droit éducateur de l'Église.
FF
Par contre, les vérités naturelles et profanes, qui ne sont pas contenues dans le dépôt de la révélation et qui n’ont pas de relations immédiates au salut éternel, restent nécessairement en dehors de la juridiction directe de l'Église. Cependant le droit éducateur de l’Église s'étend par voie de conséquence, indirectement, aux vérités naturelles et profanes, en tant que celles-ci constituent un apport ou une entrave à la diffusion des vérités surnaturelles et religieuses.
Évidemment, ceux qui prétendent que l’Église a reçu directement mission d'enseigner les lettres et les sciences, tout comme les dogmes et les préceptes de morale, se trompent sur le sens des paroles du Christ; mais ils commettent, en plus, une grave imprudence: ne tendent-ils pas à rendre l'Église responsable des conditions de la science, des lettres et des arts chez les chrétiens ?
Non moins erronée, cependant, est l'opinion de ceux qui, par excès contraire, veulent exclure absolument l’Église du domicile des lettres et des sciences; car l’enseignement des sciences naturelles et profanes ne laisse pas d’intéresser fortement l’enseignement religieux et surnaturel, ni de contribuer pour une large part à son progrès et à sa diffusion.
r de
Qu'il y ait des rapports entre les connaissances humaines et les doctrines révélées, il est aisé de le comprendre: c’est le même Dieu qui communique la foi, et qui répand dans l'esprit humain la lumière de la raison: c’est le même sujet, l’intelligence chrétienne. qui perçoit les vérités de l'un et l'autre ordre: et les vérités elles-mêmes se touchent, se prolongent, s'expliquent mutuellement.
Mais quels sont ces r- pports ?
Les sciences humaines sont subordonnées aux doctrines révélées.
Sans doute, les sciences humaines ot Jeur existence propre comme sciences: elles ont d'ellesmétnes, sans les devoir à la Révélation ou à la théologie, leurs méthodes et leurs principes de démonstration.
Mais <i les «ciences humaines ne Sont pas soumises d'une manière formelle à L doctrine révélée, elles Jui sont néanmoins SOUDIISES 65: ce <ens que la doctrine révélée est, pour les sriences humaines, une Norme à laquelle elles doivent <e conformer, et une Peine qu'elles doivent SOTVIF,
Et lon voudrait que l'Églice, qui & reçu Ja Mission et le droit d'enseigner là dactrine révélée, H'eût aucun pouvoir sur les clences naturelles!
Ajoutons, enfin, que les sciences bumaines, si elles se conforment à leur Norme et si eiles servent ficlement leur Peine, Lan ar luopit sinenhio Î
ii CILCNE [C