DESCRIPTION GENERALE
bU
L'emploi de la gélatine pour recouvrir, au lieu de coUodion, les plaques photographiques n'est pas une idée nouvelle, et, dès i854,, un amateur anglais sensibilisait au bain d'argent une couche de gélatine iodurée, qu'il exposait humide et développait au fer. Reprenant une idée qui devait bientôt devenir féconde en résultats, le D*" Maddox publia, en 1 87 1 ,. dans le British Journal of Photo graplij, quelques expériences faites par lui, pour substituer la gélatine au coUodion, dans les procédés aux émulsions.
Depuis cette époque et spécialement en li'j^, ce procédé a été complété et perfectionné par MM. King, Bolton, Fox, Mawdsley, Col. Stuart Wortley, R. Kennett, et le Rév. Palmer, à ce point qu'on peut dire qu'il a- opéré une véritable révolution et que, si les sciences et les arts
n'étaient pas destinés à des progrès incessants, on pourrait le considérer, spécialement au point de vue du photographe paysagiste et de Tamateur, comme le dernier mot en Photographie.
MM. Jos. King et R. Kennett méritent surtout une mention particulière, car ils ont résolu les problèmes difficiles de préparer aisément la substance qui fait la base du procédé que je vais décrire, et de la dessécher sous une forme trèsportative, dans un état d'une conservation indéfinie et d'un emploi extrêmement facile. Grâce à eux, on peut emporter sous un très-petit volume, même pour un long voyage, de la gélatine sensibilisée, dont la préparation n'exige qu'un peu d'eau chaude et au rrtoyen de laquelle on obtient des glaces d'une sensibilité au moins égale au collodion humide et d'une finesse remarquable.
La préparation du gélatino-bromure, ou gélatine au bromure d'argent, présentait de grandes difficultés, car il est indispensable que l'émulsion destinée à recouvrir les plaques se compose exclusivement de gélatine et de bromure d'argent.
Lorsqu'on mélange de la gélatme, du nitrate d'argent et du bromure de potassium, le nitrate et le bromure, tous deux solubles dans l'eau, donnent (par double décomposition) du bromure d'argent, sel insoluble dans l'eau et qui sensibilisera la gélatine, et du nitrate de potasse qu'il faut éliminer, parce qu'il se cristalliserait sur la couche et pourrait la désagréger.
Pour éliminer ce nitrate de potasse, on a imaginé deux procédés. Le premier, appliqué en premier lieu par M. King à la préparation du gélatino-bromure, se fonde sur la propriété du parchemin et des substances analogues (septum) de filtrer les sels (cristalloïds) et de retenir les gélatines (colloïds). Pour éliminer le nitrate de potasse, M^ King a donc placé dans un vase recouvert d'un parchemin la gélatine, additionnée de bromure de potassium et de nitrate d'argent; ce vase est renversé dans un autre contenant de Teau tiède, et, au bout de quelques heures, il ne reste dans le premier que la gélatine, que le parchemin retient, et le bromure d'argent, insoluble dans l'eau, tandis que le nitrate de potasse et l'excès de nitrate d'argent, tous deux solubles, ont filtré dans le récipient. Ce procédé de dialyse est, comme on peut le voir, des plus simples et permet à tout photographe, et même à tout amateur, de préparer lui-même la gélatine bromurée (*).
(') La forme la plus simple du dlaljrser est celle-ci : On prend un pot à confiture en terre, on perce dans le fond un trou et l'on bouche avec un parchemin le dessus du pot, qui devient alors le fond ; par Touverture pratiquée, on verse le niéange de gélatine, etc., et Ton place le tout, le parchemin en bas, dans une bassine d'eau chaude, de façon que Teau arrive à l'extérieur du pot au niveau du mélange à l'intérieur. Au bout de quelques heures, pendant lesquelles l'eau de la bassine est maintenue chaude, l'opération est consommée. (Voir Photographie almanac, p. 102 et suiv., 1874 ; — P radical instructions, by J. King, — et ci-après l'article de M. Palmer, p. 44 et suiv.)
- li -^
M. Kennelt élimine le nitrate de potasse par simple lavage froid, à plusieurs eaux (*).
Mais la préparation du gélatino-bromure étant une opération assez délicate, et la solution ne se gardant pas, le procédé n'a pris un grand développement que lorsque M. Kennett a découvert le moyen, garanti par un brevet, de dessécher et de conserver indéfiniment la gélatine sensibilisée. Il peut à peine, actuellement, répondre à toutes les commandes qui lui sont faites de sa « sensitised pellicle », et je tiens à dire que cette gélatine, préparée avec le soin le plus consciencieux par M. Kennett, est toujours siire dans ses résultats et ne donne jamais lieu aux mécomptes auxquels on est trop souvent exposé avec les préparations de certains fournisseurs français de coUodions et de plaques sèches.
Les avantages du procédé à la gélatine bromurée sont très-nombreux, et sa supériorité me paraît incontestable ; les quelques insuccès qui lui sont particuliers sont faciles à éviter.
Le nettoyage et le décapage des glaces, le premier si délicat et le second si long et si ennuyeux dans les autres procédés, sont, dans celui qui nous occupe, d'une extrême simplicité. Pour nettoyer la glace il suffit, après l'avoir lavée, dç la frotter avec un linge en toile usée et un peu de tripoli sec, puis
(*) Voir Gelatino-bromide ; Us préparation and capabilities, by Ibe editor (Photographie alinanac^ p. 23 et Buiv.; 1875).
de la passer au plumeau, au moment de la couvrir d'émulsion. Pour décaper, il suffit d'un lavage à Teau chaude.
Le coUodionnage des glaces, opération difficile et souvent rebutante pour les commeriçants, surtout quand il s'agit de glaces de grande dimension, est remplacé par celle qui consiste à verser au milieu de la plaque une quantité suffisante d'émulsion, qu'on fait courir sur toute la surface avec une règle de verre, ou même avec le doigt. Cette éimilsion, qui tient lieu de coUodion sensibilisé, épargne l'usage des liqueurs subjectiles, des bains et lavages, et des préservateurs ; la touche qu'elle dépose sur la glace est d'une adhérence complète, d'où il suit que cette couche ne se détache jamais au développement, et que le vernissage du cliché après fixage est absolument inutile. De plus , le contact des doigts sur la couche ne produit aucune des taches auxquelles donne lieu, sur les glaces coUodionnées, la moindre maladresse de ce genre.
La sensibilité de la gélatine bromurée étant trèsgrande, l'exposition à la chambre noire doit être très-courte, quelques secondes, au lieu de quelques minutes exigées dans tous les autres procédés secs. C'est là un grand avantage, et qu'apprécieront beaucoup les touristes, qui savent avec quelle rapidité l'éclairage et l'état du ciel se modifient dans les pays de montagnes et à une certaine altitude.
Les verts sont admirablement fouillés avec le
gélatino-bromure, et les premiers plans, comme les lointains, ont une extrême finesse.
Le développement est rapide; enfin ce procédé est très-économique et il n'emploie pas Téther, dont les vapeurs sont malsaines, quelquefois même dangereuses.
Il me reste à exposer la méthode opératoire et à indiquer les formules du procédé ; les insuccès particuliers y trouveront naturellement leur place.
Lumière, — Il faut tout d'abord, à raison» de l'extrême sensibilité de la gélatine bromurée, s'assurer dans le laboratoire une lumière absolument antiphotogénique, et telle que la donnent, par exemple, les verres de Forrest (de Liverpool), ou ceux de MM. Appert (de Paris).
Emulsion, — Pour préparer l'émulsion, qui doit être employée immédiatement, vous prenez de la gélatine (je suppose qu'on fait usage de celle de R. Kennett) (*) dans la proportion de S^', 5 pour loo, et vous la mettez avec loo*'*^ d'eau ordinaire et de bière (par égales parties) dans un flacon, où vous la laissez tremper pendant environ 20". Puis vous mettez ce flacon dans l'eau chaude et vous remuez jusqu'à ce que la gélatine
(*) Adresse de M. R. Kennett: 8, Maddox street^ Régent street, London.
soit complètement dissoute; enfin vous filtrez Témulsion dans un autre flacon, à travers une mousseline, en ayant soin de faire disparaître toutes les bulles qui ont pu se former. Il est essentiel que la gélatine soit absolument dissoute et qu'il n'en reste, ni dans le premier flacon, ni sur le filtre, aucune parcelle solide (*).
Extension sur les glaces, — Au moment de couvrir les glaces, de les « collodionner », si je puis m'exprimer ainsi, il est indispensable de chauffer les grandes, et utile de chaufi'er les petites, de façon que le dos de la main puisse supporter facilement la chaleur {*). Il faut aussi maintenir chaude Témulsion destinée à les couvrir, ce qui se fait soit au moyen d'une veilleuse allumée, sur laquelle on tient une tasse en porcelaine (munie d'un bec), contenant l'émulsion, soit en plongeant dans l'eau chaude la fiole à émulsion. On verse alors la gélatine liquide et chaude sur la glace, et on l'étend sur la surface, en inclinant la glace et, au besoin, à l'aide d'une baguette en verre. Il -faut avoir soin, en égouttant ensuite la glace, de n'y pas laisser d'excès de gélatine, sous peine d'un séchage trop lent; il ne faut pas non
(•) Voir ci-après l'article de M. Palmer, p. 3S et suiv. (*) Voir ci-après l'article de M. Palmer, p. 47» et Tarlicle de M. Kennett, p. 53.
plus l'égoutter trop, sous peine d'avoir un négatif trop faible.
Séchage des glaces. — Après cette première et double opération de la préparation de l'émulsion et de son extension sur les glaces, il faut sécher les glaces. Le séchage est la seule partie de ce procédé qui soit vraiment délicate, car il faut que le séchage réunisse ces deux conditions : i° qu'il soit un peu rapide, sans quoi on aurait au développement des ampoules et des rides sur la couche ; 2? que les glaces soient dans une position absolument horizontale, sans quoi on aurait dans la couche des différences d'épaisseur, qui donneraient des moutonnements et des marbrures. A ces deux conditions répond la boîte-séchoir, décrite cidessous dans les Articles de MM. Palmer et Kennett, et dans mes Notes (*), auxquels le lecteur voudra bien se référer; j'ajoute qu'il faut éviter de préparer les plaques par un temps pluvieux et humide, qui compromettrait le séchage.
Pose, — Il faut, pour obtenir avec les glaces préparées à la gélatine une bonne perspective aérienne, se servir d'un obturateur à volet. Il est indispensable d'ailleurs de ne pas exagérer la pose, et l'excès de pose a été une cause fréquente d'in-
) foir ci-après, p. /|0 et suivantes.
succès ; le gélatino-bromure est très-rapide et, avec un objectif Ross, par exemple, pour quart de plaque, il me suffit de lo* ou 12* par un temps clair (*). Un cliché faible par insuffisance d'exposition à la chambre noire peut ordinairement se renforcer, tandis qu'il n'y a guère de remède à un cliché qui a trop posé.
Développement. — Le développateur se compose des trois solutions suivantes :
( Acide pyrogallique i^'*
( Eau distillée loo*'*'
[ Bromure de potassium 4^*^
N° 2. < Ammoniaque concentrée 6*^^
( Eau . ioo<^'=
( Ammoniaque concentrée . . . . &^^
\ Eau 100"
Les deux dernières se conservent plusieurs semaines; la première ne doit être préparée que pour l'emploi immédiat.
Pour développer, après avoir laissé tremper la glace pendant 5"" environ dans un bain d'eau ordinaire, retirez-la du bain et versez dessus une quantité suffisante de solution n° 1, additionnée de bière dans la proportion de 8 à 10 pour 100 ; puis reversez dans le verre et ajoutez, au moyen d'une pipette, 1 goutte de n° 2; recouvrez la glace,
Voir cî-après l'arliclc de M. Pal mer, p. 48.
rejetez au bout d'une demi-minute le liquide dans le verre, ajoutez 3 ou 4 gouttes de n^ 2 et recou- ^Tez de nouveau la plaque. L'image doit alors apparaître, et vous obtenez généralement la vigueur voulue en ajoutant au développatcur, goutte à goutte, delà solution du n® 3. Si le révélateur brunit, il faut immédiatement le rejeter et reprendre l'opération avec de la solution fraîche de n® I, à laquelle on ajoute une dizaine de gouttes de n° 2 (* ). La solution n® 3 suffit ordinairement à donner au cliché l'intensité nécessaire; il ne faut d'ailleurs pas trop renforcer, sous peine d'avoir une image heurtée ou de tacher la plaque. Il est absolument indispensable que l'ammoniaque soit très-concentrée, et il faut se défier de celles du commerce et des pharmaciens.
Fixage, — Après le développement, on lave abondamment, on fixe à l'hyposulfite de soude (25 pour 100), et on lave de nouveau.
Renforçage, — Si, après fixage, on veut obtenir plus de vigueur, on procède ainsi qu'il suit. On verse sur la glace une solution composée de :
Acide pyrogallique ... qs*"^ 65
Acide acétique 1'^*=
Acide citrique o*^, 25
(*) Voir ci-après Tarticle de W. Palmer, p. ^9, et l'article de M. Kennett, p. 53.
que Ton reverse dans le verre et qu'on additionne de 2 ou 3 gouttes d'une solution de nitrate d'argent à 4 pour 100, et on lave.
Je tiens à indiquer une troisième formule pour renforçage, qui a donné d'excellents résultats. Ayez trois solutions :
. .' Acide citrique o»', 5
£j(lU •• •••..••. • • ...• I OO
Nitrate d'argent S^"^
N° 2. { Acide nitrique o*''^, 5
J^iQU •••••••••••■•* ■ 1 00
i Acide pyrogallique 28^ 5
I Alcool 100*^^
Couvrez la glace avec le n** 1, que vous reversez deux ou trois fois, et ajoutez ensuite 2^^ du n*^ 2 et du n° 3 pour i o*^*' du n*' 1 ; puis lavez abondamment. Ce renforçage s'opère comme le précédent, après fixage.
Une fois le cliché fixé et lavé, on le laisse sécher spontanément, et il est inutile de le vernir.
Tel est, dans toutes ses parties, le procédé au gélatino-bromure. J'espère avoir justifié ce que je disais de sa simplicité ; chacun pourra, à l'usage, se convaincre de la sûreté et de l'excellence de ses résultats .
Au dernier moment, je reçois de mon excellent et habile ami M. Edw. Milsom la Note suivante,
relative à la substitution du papier ciré à la glace comme support de la gélatine bro murée; je ne puis résister au désir de faire bénéficier des heureux résultats obtenus par M. Milsom les photographes et les amateurs qui voudront bien me lire,