CLICHÉS PORTATIFS
Obtenir une couche aussi sensible que le coUodion humide, aussi légère et résistante que du papier, aussi transparente que du verre et pouvant se conserver indéfiniment avant et après la pose, voilà incontestablement le rêve de tous les amateurs qui s'occupent de Photographie dans leurs excursions de montagne et leurs voyages lointains.
Ce problème a été presque complètement résolu par M. Warnerke, qui prépare sur un support temporaire de papier une couche translucide formée de sept couches alternatives de caoutchouc en solution et de collodion, la dernière couche étant une émulsion au bromure d'argent.
Tous ceux qui ont essayé ce procédé, même ceux qui lui reprochent un peu de lenteur, n'y ont trouvé absolument qu'un défaut : c'est la cherté des préparations.
C'est ce prix exorbitant du tissu sensible qui a encouragé mes recherches, et après quelques tâtonnements je suis arrivé, je crois, à résoudre la question.
Le procédé à la gélatine bromurée (pellicule Kennett) remplissant les conditions voulues de rapidité et de conservation avant et après la pose, il s'agit d'étendre cette gélatine d'une manière bien uniforme sur un support temporaire d'une grande légèreté.
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Il faut donc rechercher un papier qui soit si bien glacé que la gélatine ne puisse pas pénétrer dans ses pores ; il faut, de plus, enduire ce papier d'une substance qui empêche l'adhésion permanente de la gélatine bromurée sans lui permettre de se détacher pendant le cours des opérations ; et enfin il faut que ce papier soit aussi lisse, aussi plan et aussi rigide que du verre pour que la couche de gélatine soit parfaitement uniforme d'épaisseur.
Pour remplir ces conditions, procédez de la manière suivante :
Prenez du papier gélatine aluné (tel qu'il se prépare chez Marion fils et Géiy et les autres fabricants de papiers pour la photographie au charbon), coupez ce papier en feuilles dépassant de i à i y° en tous sens la glace qui doit servir de support, découpez les quatre coins et faites tremper pendant cinq minutes dans de l'eau. (Si l'on a quelques doutes sur l'alunage parfait de la gélatine, on peut remplacer cette eau par un bain à I ou 2 pour 100 d'alun de chrome verdâtre.) Au sortir de ce bain, et pendant que la feuille est encore humide, collez-la par ses bords sur la glace qui doit lui servir de support temporaire; placez pour cela le papier, sa face gélatinée en contact avec du papier buvard humide, bien propre, et étendu sur une table ; placez la glace au dos de votre papier et par-dessus une feuille de papier ordinaire coupée à la grandeur de la glace (ou un peu moins) et bien distendue dans de l'eau.
Relevez maintenant les rebords du papier gélatine qui dépassent la glace et collez- les au dos du papier ordinaire au moyen de colle forte : de cette façon, la glace se trouve complètement enveloppée de papier qui en se séchant s'étend d'une manière bien uniforme. (Faites-
sécher à plat sur quelques doubles de papier buvard et sous un poids modéré.)
Lorsque les papiers sont bien secs, placez la glace sur une plaque de métal chauffée (un dessus de poêle par exemple, en interposant quelques épaisseurs de papier gris) et frottez la face gélatinée avec un morceau de cire blanche ; le papier ne tarde pas à devenir translucide et la cire s'infiltre entre le papier et le verre. Donnez abondance de cire, afin que toute la surface soit bien imbibée
Fig. I.
/ " — ^=^^ Papier ordinaire distendu
y X Glace.
Papier arec face gélallnce en dessous.
Papier buTar bumlde
et qu'il n'y ait pas de bulles d'air entre le verre et le papier ; ôtez alors votre glace de dessus la plaque chaude et, avec un tampon de flanelle propre, frottez la surface du papier gélatine jusqu'à ce que la couche de cire soit bien régularisée. Lorsque vous avez enlevé de la surface toute la cire en excès, placez votre glace ainsi préparée avec sa face cirée en contact avec une glace bien plane (ou mieux encore en contact avec une autre glace également recouverte de papier ciré; on peut aussi les placer les unes sur les autres, dos à dos et face à face) et mettez le tout sous un poids modéré pour qu'en se durcissant la cire fixe le papier à la glace d'une façon bien uniforme.
Lorsqu'on découvre des bulles d'air, il faut recommencer l'opération du cirage.
Tout cela paraît bien compliqué; mais en réalité c'est plus long à décrire qu'à mettre en pratique. Il doit y avoir d'autres moyens permettant de fixer une feuille de papier ciré sur du verre : en la plongeant, par exemple, dans une solution chaude de cire ou de parafline et l'étendant toute ruisselante sur une glace au moyen d'une racle en caoutchouc ou en flanelle ; mais je n'ai pas essiiyé d'autre méthode que celle que j'indique, et elle réussit.
Ayant .préparé d'avance un certain nombre de ces feuilles étendues sur verre, vous les portez dans votre laboratoire et vous les traitez absolument comme vous feriez d'une glace ordinaire ; versez sur la surface cirée la gélatine bromurée chaude, étendez-la bien au moyen de l'agitateur de verre, reversez le surplus, et puis, ramenant la goutte au milieu, placez votre plaque sur le rayonnage horizontal où elle doit sécher.
Après le séchage, qui doit être rapide et complet, on détache du verre la feuille de papier ciré supportant la couche de gélatine sensible ; pour cela, il faut faire une incision sur les bords de la plaque et passer un couteau à papier mince entre la feuille de papier et le verre.
On a maintenant une feuille de papier couverte d'une couche extrêmement sensible et avec laquelle on peut arriver à prendre des vues instantanées.
Pour employer ces feuilles sensibles dans le ch issis ordinaire, il est nécessaire de les fixer par les quatre coins à un bristol qui les maintient bien planes, et ce bristol pi^ndla place de la glace dans le châssis; inutile d'ajouter qu'il faut enlever le ressort fixé au milieu de la porte, le bristol ne pourrait supporter cette pression.
On peut encore faire comme M. Warnerke : placer douze de ces feuilles préparées les unes sur les autres avec du papier jaune entre chaque feuille, placer le tout sous pression avec un bristol ou ime plaque de zinc en dessous, régulariser les quatre tranches et y coller du papier mince.' On obtient ainsi des blocs qui ne sont pas plus épais qu'une glace ordinaire et que Ton place dans le châssis, en ayant soin d'enlever la feuille supérieure à chaque nouvelle pose : les feuilles impressionnées peuvent être placées au dos du bloc jusqu'à ce qu'on ait le temps de les terminer, sans autre précaution que de les tenir à l'abri de la lumière et de l'humidité.
Avec quatre châssis doubles munis chacun de deux de ces blocs ^ on a donc une provision qui permettra de prendre huit douzaines de vues : on ne peut guère rendre la photographie plus portative et plus commode.
Pour développer les feuilles impressionnées, il faut les faire tremper quatre ou cinq minutes dans une bassine d'eau froide, les étendre sur une feuille de verre et faire apparaître l'image au moyen du révélateur alcalin, comme pour les glaces ordinaires à la gélatine bromurée. On fixe il l'hyposulfite, on lave à grande eau et on laisse sécher, en étendant la feuille sur une planchette en l'y fixant aux quatre coins avec des épingles.
Il faut maintenant renforcer la couche de gélatine, dans l'épaisseur de laquelle se trouve formée l'image, et puis la soulever du papier ciré qui lui a servi jusqu'ici de support. Pour cela, préparez de la gélatine (ou de la colle de poisson) blanche de la façon suivante :
Pour la grandeur demi-plaque, prenez ~ gramme de gélatine, couvrez -la d'eau froide pendant un quart d'heure, égouttez toute l'eau, ajoutez quatre
gouttes de glycérine et faites fondre au bain-marie, ajoutez dix à quinze gouttes d'une solution d'alun de chrome verdâtre à 2 pour 100 et filtrez au travers d'une mousseline dans un flacon maintenu dans de l'eau chaude.
Prenez maintenant la feuille bien sèche, relevez les quatre bords en forme de boîte à biscuit, mouillez et placez-la sui' une glace calée , bien de niveau ; versez maintenant votre gélatine préparée et chaude, étendez-la jusqu'aux bords au moyen d'un pinceau et, lorsqu'elle a fait prise, fixez la feuille sur une planchette avec des épingles et placez le tout dans un courant d'air sec et à l'abri de la poussière.
Lorsque tout est parfaitement sec, découpez les bords qui ont été relevés et frottez au dos avec un tampon imbibé d'essence de térébenthine : la couche de gélatine ne tarde pas à se détacher du papier, sur les bords, et il devient facile, au moyen d'un couteau à papier mince manié avec préaiution, de détacher peu à peu de son support toute la couche de gélatine. On obtient ainsi des clichés pelliculaires parfaitement transparents, que l'on peut conserver entre les feuillets d'un livre et qui sont assez résistants pour soutenir les manipulations ordinaires du tirage.