‹ Le procédé Rawlins à l'huileChapitre 2 sur 10 · SES QUALITÉS ; SÛRETÉ = SOUPLESSE = BEAUTÉ DE LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

SES QUALITÉS ; SÛRETÉ = SOUPLESSE = BEAUTÉ DE LA MATIÈRE

Une couche sèche de gélatine bichromatée, soumise à l'action de la lumière, puis lavée et gonflée dans l'eau, est devenue « amoureuse » de l'encre grasse d'imprimerie, et cet amour est proportionnel à l'intensité de la lumière reçue.

Si donc, prenant une feuille de papier revêtue à sa surface d'une couche mince de gélatine préalablement bichromatée, vous l'insolez sous un négatif ; si ensuite vous lavez cette feuille afin de faire gonfler la gélatine, ainsi que l'on procède pour une planche de coUographie, l'action d'un pochoir chargé d'encre lithographique fera apparaître une image modelée, ayant un modelé parfait et toutes les demi-teintes du cliché, si le temps d'exposition a été convenable; c'est la seule condition; elle est nécessaire et suffisante ,

De ceci, voyons les conséquences.

Définition de l'exposition, — Définissons d'abord ce qu'il faut entendre par exposition convenable. Nous

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venons de dire que la faculté inhérente à la gélatine insoléc de happer et de retenir l'encre grasse variait avec l'intensité de la lumière reçue; il faut ajouter, remarque essentielle, qu'elle varie aussi, et dans de très grandes limites, avec la nature, dure ou molle, de l'encre (i). On conçoit donc que par les mélanges d'encres, par l'introduction dans les encres de divers médiums adoucissants, nous pourrons sans difficulté donner à notre encre le degré de mollesse correspondant exactement à l'insolation, et corriger ainsi les erreurs commises, tant que ces erreurs demeureront entre certaines limites, lesquelles sont fort larges.

Il résulte de là que la durée exacte de l'exposition sous châssis doit être calculée suivant la nature de l'encre dont on veut se servir. Telle épreuve, insuffisamment exposée pour s'encrer normalement à l'encre très dure, le sera trop pour une encre très molle, et exactement pour une encre moyenne. Il suffira donc, pour que soit possible l'encrage d'une épreu\e,-que la durée d'exposition donnée soit comprise entre la durée correspondant à l'encre la plus dure dont nous disposions et la durée correspondant à l'encre la plus molle dont nous disposions.

Sûreté du procédé. — Nous jouissons ainsi d'une très grande latitude et les échecs dus à une exposition erronée seront des plus rares, d'autant plus rares que nous avons ici deux moyens de contrôler l'action de la lumière. Le photomètre d'abord, la vue de l'image ensuite.

(i) Tontes les encres litliographiques se composent de poudres Jjroyées et mélangées à un médium, ou vernis, qui est de l'huile cuite. Suivant le degré de cuisson, ce vernis est plus on moins liquide et l'encre plus ou moins fluide.

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L'usage du photomètre Arligue, s'il n'est pas indispensable, est des plus utiles; il ne nous empêchera pas de nous tromper une première fois, lorsque nous aurons à apprécier la durée d'exposition par l'examen des transparences du cliché, mais il rendra impossible toute erreur subséquente.

L'examen de l'image n'offre pas la même sûreté. L'image s'imprime en brun, comme une image au platine, et, comme pour celle-ci, l'exposition doit être arrêtée avant que les détails apparaissent dans les grands blancs. C'est très bien quand il y a des grands blancs détaillés, une robe de satin, un fichu blanc; mais, quand il n'y en a pas, cas du paysage, vous n'avez plus comme critère que l'intensité plus ou moins marquée des bruns, intensité dont les variations sont difficilement appréciables. Et, à chaque nouvelle épreuve tirée d'un même cliché, les mêmes chances d'erreur subsisteront.

Le procédé est donc sûr, puisque nous disposons de deux moyens de contrôle et que nous avons pour l'appréciation du temps d'exposition une marge des plus larges. Mais il convient de ne pas abuser de ces avantages et d'exposer toujours de lelle sorte qu'après avoir composé l'encre convenable pour l'exposition donnée et pour l'effet désiré, nous ayons encore la ressource d'user d'encres soit plus dures, soit plus molles. Pourquoi? Nous allons immédiatement le voir.

Souplesse du procédé. — Le caractère original du procédé, qui le fait unique, consiste en ceci : qu'il vous laisse la faculté entière de contrôler, avec la précision la plus absolue, non seulement la gamme générale des valeurs, mais chaque valeur locale, si petite que soit la surface quelle occupe sur répreuve. Ainsi :

1^ La sous-expusition exagère les oppositions, la surexposition les éteint;

2^ Une encre dure exagère les oppositions, une encre molle les éteint;

3^ La faculté a'^ous est donnée de faire varier la nature de votre encre dans les diverses régions de l'épreuve ; d'encrer telle région à l'encre dure, telle autre à l'encre douce, donc d'exalter ici les oppositions, et là de les diminuer.

Voilà pour la gamme générale.

Et Aoici pour les valeurs locales :

Considérons une surface limitée de l'épreuve, un nœud de ruban gris, par exemple, dans un portrait : Sur cette surface, l'action de la lumière a été telle, je suppose, que ce ruban encré à fond avec un pinceau chargé d'encre dure s'imprimera en gris moyen, Si, au lieu de charger le pinceau, je ne lui ai confié que très peu d'encre dure, mon ruban s'imprimera en gris clair, et, si je n'y touche pas, il restera blanc, comme le papier support.

Donc, par l'emploi de ce que j'appellerai le souscncrage, je puis faire descendre au . ruban en question toute la gamme du gris moyen au blanc.

Et je puis de même lui faire remonter la gamme audessus du gris moyen. Je n'ai qu'à amollir progressivement mon encre pour rendre la surface considérée de plus en plus amoureuse; cette surface va accepter et retenir de plus en plus d'encre, va être siirencrée, et mon ruban gris va devenir progressivement noir.

En résumé, par ces opérations de sous-encrage et de sur encrage que je viens de définir, j'ai pu à mon gré faire parcourir à cette taclie locale une gamme allant du blanc au noir, alors qu'une impression sur bromure

aurait donné à cette tache la seule valeur d'un gris moyeu ;

5^ Voilà pour la période de l'encrage. Ensuite \ient la période de séchage. Cette période est longue. Si le papier support est rapidement sec, l'encre, en revanche, demande pour sécher des jours et des jours, à moins qu'on ne la soumette à l'action d'une chaleur vive. Donc, pendant un très long temps, nous aurons la faculté de reprendre l'épreuve et, par des frottements doux, en usant soit de poupées en linge fin, soit d'une gomme, soit d'un grattoir, de faire redescendre à toute tache locale la gamme complète des valeurs jusqu'au blanc pur.

Gomme je traiterai plus tard tout cela en entrant dans tous les détails nécessaires, je me borne à cet aj)erçu. Il suffit pour faire comprendre la souplesse du procédé et son originalité propre.

Matière. — Le prix de toutes ces qualités serait fort amoindri si la matière fournie par le procédé était médiocre. Heureusement, il n'en est rien. Les blancs ont de l'éclat, étant constitués par le papier pur, lequel peut offrir une grande matité. Quant aux noirs, l'huile incorporée leur assure une transparence, une profondeur exceptionnelles. Les nuances les plus délicates de la gamme sombre sont parfaitement rendues; le ton n'est jamais enterré. Enfin, soit en jouant du grain du papier support, soit en poussant plus ou moins loin le travail d'écrasement de l'encre, on fait varier la grosseur du grain jusqu'à le doter d'une finesse comparable à celle des procédés au citrate.

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