‹ Le procédé Rawlins à l'huileChapitre 8 sur 10 · COMMENT S'EXÉCUTE LE CONTROLE LOCAL · texte numérisé non relu

COMMENT S'EXÉCUTE LE CONTROLE LOCAL

i*" Comment on régente les valeurs et les oppo= sitions locales. — Ce serait une erreur de croire qu'il l'aille pour opérer unencrage localisé des pochoirs très petits, dont les dimensions soient de même ordre que celles de la surface attaquée. Tout le travail peut s'effectuer avec un pied-de-biche de taille moyenne, voire même de grande taille. Remarquons d'ailleurs en passant que dans le pied-de-biche les extrémités des poils forment par leur réunion non un plan, mais une calotte sphérique, si bien que le pied-de-biche ne louche d'abord la planche que par un petit cercle qui s'élargit ensuite par la pression.

En revanche, comme nous le verrons, il sera parfois utile d'avoir des putois droits de petite dimension.

Prenons un exemple concret. Voici un paysage : « Le Tournant de Bougival ». Comment régenter les valeurs des plans successifs?

La règle consiste à encrer successivement chaque région de la planche dans l'ordre des valeurs décroissantes; donc, en commençant par la tache la plus forte.

,l 'ai décidé que nia tache la plus foncée serait le buisson de premier plan, à gauche. Je Tatlaque donc immédiatement en adoucissant Tencre si la chose est nécessaire, de fciçon que ledit buisson atteigne la valeur que je désire; en même temps, je couvre le premier plan. Quand le buisson se trouve achevé et comme valeur et comme modelé, il apparaît entouré d'une auréole d'aspect sale, car je ne me suis pas préoccupé de limiter mon travail au contour strict de ce buisson; et les poils du putois situés à la périphérie ont débordé ce contour.

Je prends alors un putois droit propre et le promène à l'extérieur du c3ntour, par petites tapes franches et un peu sèches, en le faisant rayonner comme si je voidais élargir celte auréole. L'encre dont le magma auréole le buisson est happée, étalée et écrasée. J'achève le travail par un tapotement léger sur le contour même du buisson. Tout cela demande quelques secondes.

En résumé, pour encrer ou surencrer localement une tache déterminée, on exécute le travail avec le pied-debiche sans se préoccuper de rester à l'intérieur du contour ; le raccord entre la tache qui vient d'être ainsi encrée et le reste de l'image s'obtient par le passage d'un putois droit propre à l'extérieur et au contact dudit contour.

Continuons à encrer notre paysage; le premier plan étant à peu près achevé, je promène rapidement, par glissements et appuis élastiques, le pied-de-biche très peu chargé sur toute la surface qui n'a pas encore été attaquée. Ceci a pour but de révéler, d'esquisser en teinte pâle le reste de l'image de façon à y voir clair. Dès que j'y vois clair, j'attaque le second plan à droite et opère comme pour le premier; par apports successifs je l'amène à la valeur que je crois bonne, et par le

passage d'un putois droit je le raccorde avec le dernier plan, le lointain, que j'amène à son tour à la valeur désirée.

Voici donc le paysage entièrement couvert ; il s'agit de le parachever. Je l'examine donc et le modifie si cela me paraît utile. Par exemj)le, je monte un peu la valeur du second plan par un léger apport d'encre, ou bien je l'abaisse légèrement par le choc d\\n putois propre.

Actuellement, mon paysage se tient en tant que valeurs. Une autre question est à régler, celle du modelé local. Je m'explique.

Je puis avoir intérêt à mettre plus ou moins en évidence les détails, à les oblitérer ici, à les faire saillir là. Ainsi, je veux que le buisson et les herbes du premier plan soient bien détaillés et je veux au contraire que les détails du lointain, excessifs sur le cliché, demeurent peu apparents.

Ceci s'obtient de deux façons : en faisant varier soit la nature de l'encre, soit le mode d'attaque de la main. Ce dernier moyen suffit généralement,

Pour obtenir dans le premier plan, sans en changer la valeur générale, des détails marqués ou, ce qui est la même chose, des oppositions nettes, je puis :

L'attaquer à nouveau avec une encre plus dure que celle dont je m'étais servi. Sous cette attaque le mélange va s'opérer entre l'encre déjà apposée et l'encre nouvelle. Ce mélange est dur pour la planche, donc les oppositions vont naître et les détails saillir ;

2^ Tapoter longuement par coups francs et un peu secs. L'insistance du tapotement complète le modelé, et la franchise de la tape tend à créer les oppositions;

3^ Balayer. De légers coups de balayage vont désencrer les herbes éclairées et les mettre en évidence ♦

LE PHOGÉDi': llAWLIiNS A L'IIUILE

Jl l'aul maialenant noyer les détails du lointain.

Je puis prendre un putois luunecté d'essence et, avec ce putois, reprendre entièrement le lointain ; il va apparaître plat, d'un gris uniforme, et j'arrêterai le tapotement quand les détails seront suffisamment mais incomplètement venus.

Je puis sans changer mon encre reprendre le lointain avec des tapotements extrêmement légers, presque des appuis élastiques combinés à de petits glissements ; de telle sorte que de l'encre demeure déposée même sur les endroits très clairs; j'arrêterai le tapotement dès que l'encre sera sullisamment affinée, avant l'apparition complète des détails.

En résumé :

Pour faire saillir les détails : encre dure, tapotement franc et prolongé, balayage.

Pour oblitérer les détails : encre molle, tapotements très légers, non prolongés, petits glissements.

Ainsi donc, au cours de la période d'encrage, par les procédés que je viens de décrire, l'artiste a exercé sur les valeurs locales un contrôle facile et sûr; il a pu surencrer ou sous-encrer, faire varier les oppositions et le grain.

Sur l'épreuve sèche, il peut poursuivre ce contrôle, mais il n'a plus alors que la faculté d'abaisser la valeur. Cet abaissement local s'effectue :

Si l'on désire un abaissement léger, par le frottement d'une poupée de linge fin. On fabrique cette poupée en entourant de linge une gomme pointue.

Si l'abaissement doit être accentué, par le frottement de la gomme « nigrivorinc », que l'on nettoie et que

Li: PROCÉDÉ UAWLINS A L'HUILE

1*011 aiguise sur un bloc de papier de verre fin; rabaissement produit dépend de la force du frottement; une attaque franche dégage la gélatine et la met à nu.

Si l'on désire le blanc pur du papier, par l'attaque d'un canif ou d'un grattoir qui enlève la gélatine.

Pour effectuer ces opérations, il faut attendre vingtquatre ou quarante-huit heures quand l'épreuve est imprimée en noir ; plus tôt l'encre trop molle suit la gomme et il se produit des marbrures. L'action de la gomme est très sensible ])endant huit jours ; elle est moindre mais assez sensible encore pendant plusieurs semaines si l'on ne sèche pas l'épreuve à la chaleur du soleil ou du feu.

La sanguine faisant prise et durcissant beaucoup plus vite, il est bon de travailler l'épreuve dans les vingt-quatre heures qui suivent le séchage.

2*^ Comment on appose les accents noirs, — Les

accents noirs nous venons de l'indiquer, puisque la chose consiste à surencrer telle tache locale au moyen de l'insistance de la main combinée parfois à l'amollissement de l'encre. Dans le paysage de tout à l'heure, le buisson constituait un accent. Cependant, il nous faut compléter nos indications en traitant d'un tour de main assez particulier.

Je prie le lecteur de vouloir bien se reporter au hors texte « Esquisse » : on voit que les yeux y ont été accentués, le visage demeurant modelé en clair. Cette accentuation, quoique très localisée, a été obtenue néanmoins par l'attaque d'un gros pied-de-biche, par le tour de main suivant :

Nous avons dit dans un précédent chapitre qu'entre le tapotement qui modèle et le choc qui enlève l'encre.

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