En français dans le texte
demanda d'écrire an moins trois ou quatre cédules pour les donner aux autres, qu'il produirait comme témoins sur ce fait " le chapelain les écrivit et les leur transmit secrètement ; Michel, Félix le Boiteux et Gui lui dirent, à Sapoy, qu'ils en témoigneraient volontiers * .
En même temps qu'il essayait par de pareils moyens de paralyser ou de détruire les témoignages qu'on lui opposait, — usant d'audace, l'évêque provoquait et payait des démarches spontanées en apparence, confessions et rétractations secrètes de témoins, lettres de décharge, qui devaient faire tomber l'accusation.
Jean de Trainel et son père, après l'engagement pris par Guichard à leur égard, étaient allés à Poissy où se trouvait le roi : là, Jean de Trainel avait vu Nicolas, le confesseur du roi 2 , et lui avait dit qu'il croyait que les dépositions faites contre l'évêque étaient fausses. Quant à Henri, son père, il conta à Guichard, au retour, qu'il n'avait pu avoir accès auprès du confesseur.
Une fois qu'il se trouvait à Paris dans la maison de Michel Maqucel, l'évêque, après déjeuner, dit à son chapelain, Manessier, et à Félix de Villemaur : — « Un témoin a déposé contre « moi que j'ai été dans la maison de M e Martin de Bat Chambre le a lundi après l'Ascension 1 300 ; frère Durand, le confesseur de la « reine, doit venir tôt ici, et je lui ai promis que je lui ferais témoi- « gner par deux prêtres que, ce jour-là, j'étais ailleurs. Je vous « demande de m'aider et de témoigner que j'ai passé par Paris, « mais que je ne suis entré que dans la maison de Guillaume de la « Chapelle où j'ai déjeuné. » Les deux prêtres se consultèrent, et, revenant vers l'évêque, lui dirent qu'ils répéteraient tout ce qu'il voulait, mais que s'il leur fallait jurer, jamais ils ne témoigneraient par leur serment que la vérité, et qu'en vérité l'évêque, ce jour-là, avait été dans la maison de M e Martin. Alors Guichard, bouleversé, se frappant le front : — « Haa ! je perds, par (c votre faute, quarante trois mille livres ! vos habetis valdejustam
i. Curé de Corfélix.
2, Nicolas de Gorran,
DEUXIÈME SÉRIE : à
* punctam ! » Frère Durand étant parla d'autre chose '.
Un matin du carême de 1303, à î trouvait chez l'évéque avec ses fan « Il faut que tu ailles pour moi à I « Vanne Nicolas ; tu lui porteras d' « diras : — On a témoigné contre « lui avez donné à Pontoise une s « Jean de Calais de sa prison 3 : l'év « gner que ce fut faux ; car vous sa v « donné d'argent à ce sujet, a Jean fit rédiger deux lettres : dans l'une à prendre chaque année sur sa bour qu'il fût pourvu d'une prébende; Henri, son père, dix livres de pens terme. Henri promit à l'évéque de pour lui. Jean se rendit avec de Quand celui-ci les eut lues, il dit « écrire une bonne lettre par un en alla trouver un, lui donna > Vanne refusa de parler devant lui, 1 sien cousin devant qui il parlerait, < aurait neuf florins. Jean les donna Vanne confessa ce qu'on lui demain en fit un instrument public. Jean [ fessé une chose fausse, parce qu'il que son cousin n'avait pas eu les Pistoie apposa son sceau à l'acte c par son valet 1 .
L'évéque ne s'en était point tenu 1
t. Curé de Corfélii.
2. ce Testificatum est contra episcopum « apud Pootisaram episcopo Treceuei p< h pro liberando eum a prisiooe... »
3, Jean de Train cl,
de Meaux, son ami, il avait, pour se réhabiliter, concerté une intrigue qui devait être décisive.
Dans l'hiver de 1302-1303, Pierre de Saint-Nizier, au nom de Guichard, vint à Paris trouver dans la prison épiscopale un clerc, Pierre Barrière, qui avait été produit comme témoin par les agents de la reine sur le fait de Jean de Calais, pour le requérir de révoquer le témoignage qu'il avait porté contre l'évêque, et d'amener d'autres témoins à en faire autant. Pierre Barrière avait déjà parlé de cette affaire avec M e Hugue Morsel : tous deux avaient vu là une occasion de tirer de bons gains de l'évêque de Troyes; ils étaient convenus que Hugue irait chez l'évêque pour en traiter avec lui. Mais d'abord, pour aider le procureur « à faire que toute la cause de la reine fût rappelée et renversée », Pierre Barrière demandait qu'on s'occupât de le tirer de sa prison : après, il s'entremettrait volontiers 1 . Le procureur de l'évêque, Pierre de Saint-Nizier, conduisit M e Hugue auprès du confesseur du roi, dans la maison des frères Prêcheurs de Paris; le confesseur leur répondit qu'il leur procurerait l'accès du roi pour cette affaire quand les témoins auraient fait leur rétractation. Comme l'évêque tardait à mener les choses, sur le conseil de Pierre Barrière, M e Hugue alla à Troyes 2 .
Les conventions, négociées préalablement à Paris 3 , furent réglées à Montier-la-Celle, le lendemain de Pâques 1303. L'évêque promit à M e Hugue de lui tenir parole, et lui offrit d'abord de déposer la somme convenue chez un marchand de Troyes, à son nom; puis, songeant que si la reine savait où l'argent était déposé, elle chercherait à l'avoir, il trouva plus sûr de faire des lettres d'obligation 4 . Il les fit écrire à Pierre de Saint- Nizier, dans la grande salle de l'abbaye : il y avait là, avec l'évêque, frère Jean de Fay, prieur des frères Prêcheurs de
\ . Pierre Barrière.
2. Hugue Morsel. L'incertitude des dates rend très difficile à établir la concordance des témoignages et Tordre des faits dans toute cette intrigue.