‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313) (volume 2)Chapitre 185 sur 208 · Sur la façon dont futeon Le procès des Templiers [liée · texte numérisé non relu

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254 LE PROCÈS DE GtlCHARD DE T ROY ES

tées contre l'évéque et ne point le diffamer sans raison. » Après quoi, le roi fit une requête au pape pour demander l'arrestation de Guichard et l'information contre lui. L'évéque fut en effet arrêté par son métropolitain. Cette fois donc on se conformait au droit, mais c'était pour le transgresser aussitôt. Par un abus non motivé, Guichard était conduit au Louvre, en prison séculière, et la main mise sur ses biens par le bailli du roi. Le pape confiait au métropolitain et à deux suffragants le soin d'une information inquisitoriale en apparence impartiale : mais, sauf la formule in forma juris, le bref de Clément ne réservait à l'évéque aucune des garanties que Boniface avait spécifiées pour Saisset, et, laissant vagues, comme à dessein, une partie des points sur lesquels devaient porter les poursuites, permettait à l'accusation d'entasser les charges contre l'évéque. C'est la molle complaisance d'un pape énervé au lieu de la fière et libre réplique d'un Boniface : la bulle d'enquête contre l'évéque de Troyes précède de quelques jours à peine la bulle d'accommodement entre Clément et Philippe dans l'affaire du Temple ; toutes deux sont datées de Poitiers (6 et 12 août).

L'enquête s'ouvrit cette fois encore, — comme pour Saisset, pour Boniface et les Templiers, — par une sorte d'appel à l'opinion : une réunion eut lieu dans le jardin du roi. Cet incident, d'une forme insolite , étrangère à la procédure, et que l'on cherchait à régulariser par l'habitude, doit être rapproché de la consultation de l'Université et de la convocation des Etats généraux, que Philippe IV inaugura dans le même temps* Un nouvel esprit se levait avec le siècle dans l'âpre violence de la lutte entre les deux pouvoirs laïque et religieux. Jamais les deux principes ne s'étaient si brutalement heurtés ni si franchement découverts, exprimant chacun radicalement toute l'étendue de leurs revendications. Contre une puissance telle que l'Eglise, forte de son principe et de ses droits consacrés, le roi de France avait besoin de resserrer et concentrer en lui tout ce qui représentait la puissance séculière, de s'appuyer lui-même de la force d'un principe ; d'où cet appel à tout ce qui pouvait, en face de la

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