Guilniermoz, Enquêtes et Procès, p
« A savoir :
« I. Durant le mariage d'Agnès, la mère de l'évêque, avec feu Jean Guichard, son père, et avant que ladite Agnès ne conçût l'évêque, une certaine espèce de diable, — appelé en français neton { , en latin incubus ou succubus 2 , selon le sexe qu'il prend et la forme sous laquelle il opère, — infestait continuellement, de jour et de nuit 3 , de façon invisible 4 , ladite Agnès et tous ceux qui demeuraient avec elle, au point que personne ne pouvait ni ne voulait rester dans la maison, et qu'aucune servante, aucun domestique ne voulait la servir. A la supplication d'Agnès et sur le commun bruit qu'elle était infestée, Nicolas, évêque de Troyes, se rendit à sa maison pour chasser le Démon. Ladite Agnès conçut l'évêque pendant qu'elle était ainsi infestée, et Jean Guichard, le mari de la demoiselle, connaissant comment l'enfant était né, et sachant que sa femme était bonne, pure et de sainte conversation, ne voulut, de sa vie, voir l'évêque, et l'avait en abomination et en horreur. Ses camarades appelaient alors l'enfant « fils de neton », et il était par tous tenu pour
1. Cf. n° 7 : a nuton ». — Lûton, nûton, et la forme plus usitée : nu Ion y sont encore en wallon, les formes de notre mot lutin. Les formes anciennes étaient : luiton, nuiion, et le mot s'appliquait à des démons ou diables déguisés, à des larves ou esprits volants, et plus spécialement, en pays wallon, à des nains qui apparaissaient dans les mines (Littré). — Notre texte éclaire à la fois le sens et l'étymologic, très discutée, de ce mot. Il s'agit bien de diables, d'incubes et de succubes, et le texte confirme ici les citations de Littré. D'ap. le P. Sinistrari d'Ameno, leur apparition était fréquente dans les mines. M. Gaston Paris, se fondant sur les formes ne/on, nclonnus, nctunnus, nelunus qui se trouvent employées concurremment dans notre texte avec les formes nuton, nutonnus, nous suggère une étymologie originale : neptunus, génie, esprit des eaux, qui nous semble plus vraisemblable que les diverses étymologies, d'ailleurs très incertaines,' rapportées dans Littré. Le nom de neton s'est appliqué à des personnes.