‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313)Chapitre 101 sur 267 · Voy. plus loin, chap. VII · texte numérisé non relu

Voy. plus loin, chap. VII

POURSUITE DE l'iNSTRUCTION SÉCULIÈRE

deux femmes et leurs favoris : l'affaire avait d'autres proportions, il s'agissait d'un crime public, lésant la majesté, les affections et les intérêts royaux ; de ce chef, le roi lui-même et son fils aîné, premiers intéressés, avaient pris l'initiative des poursuites ' , réclamé eux-mêmes l'enquête au Souverain Pontife et remis le soin de l'affaire au chancelier. Dressée par Nogaret et par Noffo Dei, entre ces mains expertes et hardies, l'accusation, — comme celles qu'on avait élevées contre Boniface et contre le Temple, — ne pouvait manquer de devenir formidable ~.

Déjà les derniers articles ainsi préparés formaient autant de charges nouvelles et variées, qui s'ajoutaient à l'envoûtement de la reine de France, aux tentatives d'empoisonnement sur le frère et les fils du roi. Outre des crimes particuliers, — comme l'empoisonnement de la reine Blanche, le meurtre du curé de Laubressel, celui de trois hommes de Ruvigny emprisonnés à Montier-la-Celle, des vols au préjudice du roi et des gens de Proyins, — on dressait contre l'évêque certains griefs d'un caractère plus général : on l'accusait d'être usurier, sodomite, bougre et mécréant, faussaire, suborneur de faux témoins, parjure, tous crimes pour lesquels on le déclarait diffamé.

L'accusation se trouvait tout d'un coup élargie. Jusque là,

1. Jean de S. Victor {Histor. de France, XXI, 652) : « ...Captus fuerat et « apud Luparam Parisius arcto carceri mancipatus Guichardus, episcopus « Trecensis,... pro eo quod dominus Ludovicus, rex Navarrœ, ob suspicionem « exortam et inquisitionem postmodum rite factam, invcnerat eum, ut « dicebatur, suspectum de obitu matris suœ. » Cf.chap. I :1a requête du roi au pape et la présence de Louis le Ilutin à Poitiers, au moment où fut donné le mandement d'enquête, confirment le fait.

2. Il serait peut-être délicat de vouloir établir quelle fut, dans les accusations, la part d'invention respective de Nogaret et de NofTo Dei : la collaboration fut sans doute trop intime pour qu'on puisse distinguer. S'il est permis toutefois de faire une hypothèse, on peut croire que Noffo Dei reprit les griefs de l'ancienne affaire qu'il avait menée contre l'évêque : ces griefs ont, dans le nouveau procès, une importance extraordinaire. A Nogaret on pourrait attribuer les griefs d'ordre général, hérésie, sodomie, etc., et la distribution, l'ordonnance de l'accusation telle qu'elle fut définitivement reproduite par les commissaires ecclésiatiques (v. plus loin, chap. VII.)

REPRISE DE l'enquête ECCLÉSIASTIQUE

malgré tout l'appareil des charges, Guichard était plus menacé qu'atteint. Mais voici que les antécédents se découvrent et que l'évêque ajaparaît diffamé dès longtemps pour les crimes les plus divers, les plus graves et les plus honteux. Des témoins feront foi de toutes ces choses, de graves et discrètes personnes, entre autres des chanoines de Troyes, des gens de toute condition, et ceux qui approchaient l'évêque de plus près. Dès lors l'évêque est bien comjjromis.

Contre-sceau de Simon Festu, évêque de Meaux

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