‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313)Chapitre 194 sur 267 · Pierre de Saint-Nizier · texte numérisé non relu

Pierre de Saint-Nizier

LES DÉPOSITIONS

Frère Durand, le confesseur de la reine, avait entendu dire vers 1303, par Enguerrand de Marigny lui-même, que l'évêque avait envoyé à un juif qui était hors du royaume, pour que ce juif fît qu'un diable, la nuit, pendant que la reine dormirait, lui apparût en songe et lui fît entendre qu'elle était dans les peines et les tourments à cause de l'affaire qu'elle poursuivait contre l'évêque, et qu'elle cessât de poursuivre cette affaire. Enguerrand en avait averti la reine K

Un juif était venu plusieurs fois chez l'évêque vers cette époque, et, chaque fois, il parlait en secret avec Guichard. Un jour qu'ils se quittaient, l'évêque ordonna à son chambellan de faire ce que le juif lui dirait. Le juif envoya Lorin chercher cinq quarterons de cire, et lui enjoignit de les faire peser séparément, de les faire chauffer à part dans de l'eau chaude, de les lui apporter dans la chambre de l'évêque en cinq parts égales et d'y faire en même temps apporter du feu pour travailler la cire. Lorin le fît. Alors le juif, avec l'un des quarterons, se mit à faire une figure; et, comme il ne savait pas la faire et que Lorin lui demandait à quoi il voulait en venir, le juif lui dit de lui donner un lumignon d'étoupe, et fit un cierge avec deux des quarterons de cire. Lorin acheva le cierge et demanda ce qu'on en ferait; le juif répondit qu'on l'allumerait chaque nuit ; et, le chambellan voulant savoir s'il n'en ferait pas autre chose, le juif ajouta qu'il en parlerait à l'évêque. Pendant les six nuits qui suivirent, le cierge fut allumé dans la chambre de l'évêque : le juif venait et parlait en secret avec Guichard. La troisième nuit, le juif s'était retiré, Lorin l'avait accompagné et rentrait dans la chambre où l'évêque était resté seul : il entendit Guichard qui disait : — (( Je pensais que mon affaire serait mieux faite qu'elle « ne l'est. Je suis déshonoré et j'ai perdu tout ce que j'avais! » Puis il entendit comme une autre personne qui disait : ((Ne

1. Dépos., II, 26, Frère Durand. — Enguerrand de Marigny était sans doute de bonne foi, puisqu'il avait lui-même un démon privé qu'il consultait (Jean de Saint- Victor, Histor. de F/-., XXI, 661). Cf. Geffroi de Paris Chron. rimée, ibid., XXII, 157, '

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