Dupuy. Hist. du différend.., p. 651 et sqq
furevir d'extermination, on a tout d'un coup saisi tous les frères, on les a dépouillés de tous leurs biens, on les a mis en dure prison, et, par toutes sortes de tourments, on les a forcés à mentir contre eux-mêmes et contre leur ordre; ces emprisonnements, ces spoliations, ces violences et ces tourments leur ont totalement enlevé le libre arbitre, qui est tout ce que l'homme peut avoir de bon * » ; ils demandent à être libres de leurs personnes pour déposer et pour se défendre devant le concile. Le grand maître déclare qu'il est en une misérable captivité et qu'il n'a pas quatre deniers pour faire la moindre défense que requiert une telle affaire, qu'il demande conseil et aide : on lui répond qu'il doit savoir qu'en matière d'hérésie et de foi, on procède simplement, de piano, sans noise d'avocat ni de conseil-. Guichard proteste qu'il n'a pour se défendre, ni ressources matérielles, ni liberté d'action, ni indépendance morale : on l'a privé de ses revenus, emprisonné, on lui refuse communication des dépositions ; les témoins qui pourraient déposer pour lui se tairont, par peur. La défense est, pour ainsi dire, annulée ; les accusés doivent renoncer à se justifier; et c'est en vain que finalement les Templiers font appel au pape et réclament « les Apôtres » : leur voix se perd et ne sera pas entendue.
Pourtant, les mandements pontificaux affirment que l'enquête doit être faite in forma tamen juris. Il y avait là une sorte de contradiction, tout au moins une incertitude de la procédure dont les juges pouvaient profiter pour laisser à la défense plus ou moins de latitude'*. Les gens du roi, par leur pression sur les juges d'Église ou par leur propre intervention, s'efforcent de réduire l'effet de cette formule. Il est curieux de voir combien leur action, d'une violence étourdie au temps de Boniface VIII, se fait, avec l'habitude, et aussi par la complaisance de Clément V, d'une hardiesse à la fois plus circonspecte et plus sûre.