‹ Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313)Chapitre 65 sur 267 · Ihid., art. XXV · texte numérisé non relu

Ihid., art. XXV

6. Ihid., art. XXVI. — Sur rinstriiction préparatoire, v. Fournicr, Le.sofliciahlêi^ au moyen âge, p. 98 ; Ad. Tardif, La procédure civile el criminelle aux XIII'^ et A7Ke .s., p. 138 et sqq. Quand il v avait difTaniatio, la justice se saisissait d'office de l'affaire, ex officio, et ouvrait une information, inquisitio.

LA DÉi\ONCIATIO>" ET LE MANDEMENT d'eNOUÈTE

versité, pressant le pontife, et l'enfermant enfin dans Poitiers. Philippe s'y rendit lui-même avec son fils aîné, Louis, roi de Navarre ^ : le 5 juillet, il arrachait au pape son consentement; le 31 juillet, la nomination d'une commission chargée d'instruire le procès, et bientôt (() août) la convocation d'un concile g-énéral à Vienne.

C'est au milieu des complications de ce procès formidable que s'ouvrit l'affaire de Guichard de Troyes : si elle en fut retardée, elle ne fut pas négligée, et l'accusation se trouva mûre en partie dès le mois d'août 1308.

Le roi, après délibération, envoya « de solennelles personnes » porter plainte au Souverain Pontife, et requérir une enquête, (( considérant que les crimes de l'évêque constituaient une atteinte à la majesté divine, à la majesté royale ainsi qu'à la foi catholique ; qu'ils seraient d'un grave et dangereux exemple s'ils restaient impunis ; qu'il y avait péril grave et scandale imminent pour les enfants et pour les proches de la reine : car, si l'Eglise ne tirait vengeance de tels forfaits et ne donnait cours à la justice, ceux-ci ne pourraient, bien qu'émus d'une juste douleur, obtenir réparation d'un si grand tort... » Si le pape hésitait, le roi déclarait, en fin de la recjuête, qu' « à défaut de l'Eglise, — ce qu'à Dieu ne plaise, — il ne pourrait, sur son honneur, s'empêcher de faire lui-même la justice qui lui était due, pour conserver l'honneur de l'Église, pour éviter pareil péril et pareil scandale ~. »

Clément V qui venait d'abandonner aux hommes du roi l'ordre du Temple et la mémoire d'un pape n'avait plus rien à leur refuser 3. Il manda à l'archevêque de Sens, métropolitain de l'accusé,

\. Philippe était à Poitiers le il juin; il y resta jusqu'en août [Ilistor. de Fr., XXI, 449-50).

2. Arch. Nat., J. 438, n" 8, art. XXVII. Cf. (Conclus., ch. II) la requête du roi contre Saisset, avec cette différence que le roi la faisait après l'arrestation de l'évêque.

3. II cherchait à être agréable, et à ce moment même, il faisait au jeune roi de Navarre une grâce particulière : le 9 août, il mandait aux évôques d'Auxerre et d'Orléans et à l'archidiacre de Vendôme de pourvoir de cano-

LA DÉNONCIATION ET LE MANDEMENT d'eNQUÊTE

de saisir l'évêque avec précaution et sans bruit, et de le faire mettre sous bonne garde i. Puis, le 9 août, par une autre bulle donnée à Poitiers, il commit à l'archevêque de Sens^^ aux évêques d'Orléans ^ et d'Auxerre^, ses suffragants, le soin de procéder à l'enquête sur les faits reprochés à l'évêque de Troyes :

« Il est venu jusqu'à nos oreilles, disait le Saint-Père, que notre vénérable frère l'évêque de Troves, — s'il mérite toutefois d'être ainsi appelé, — s'est laissé aller à des actes damnables et dignes d'exécration, en trempant, à sa honte, pour la perte de son renom et de son salut, dans les œuvres malignes des sortilèges; — que, par l'effet de ces pratiques, Jeanne, reine de France, d'illustre mémoire, a souffert une cruelle mort; — que ledit évêque de Troyes, tombant de mal en pire, a cherché à faire boire un breuvage empoisonné à notre cher fils et noble sire Charles, comte d'Anjou, cependant qu'il était en Champagne, ainsi qu'à notre très cher fils en Christ, l'illustre roi de Navarre, en ce moment à Poitiers : un chevalier et d'autres, qui avaient bu de ce poison, en sont morts; — qu'il a commis encore beaucoup d'autres crimes énormes et sacrilèges, pour l'offense delà majesté divine, le dan-

nicats en des églises cathédrales ou collégiales, douze clercs du jeune roi {Heff. de Clément V, n° 2903). Cf. ibid., n"* 2360, 2362, 3U8, d'autres faveurs accordées vers le même temps par Clément V à Louis le Mutin.

Page 1