LA BIÈRE EST UNE BOISSON DANGEREUSE
N'’exagérons pas. Du reste, notre cause n’a pas besoin d’exagération.
Sans doute, prendre de la bière de temps à autre n'offre aucun danger pour la santé. Mais en prendre journellement, disons quelques verres, est certainement dommageable. Car pour une personne dans ce cas, il y a un danger réel de s’alcooliser.
Qu'’arrive-t-il, généralement, chez quelqu'un qui fait un usage habituel de cette boisson? D'abord ce n’est pas avec goût qu’il boit son verre de bière. Il y a même un peu de répu-
gnance. Bientôt le goût s’acquiert, se développe, et l’accoutumance est établie. Alors naît chez cet individu un besoin presque impérieux de boire.
C'est un assoiffé à heure fixe. Un verre ne suffit pas ; il en faut un autre. La soif de toute boisson alcoolique a cela de particulier, qu’elle va toujours en augmentant d'intensité. Bientôt la bière ne suffit plus. Et ainsi notre buveur de bière, sans trop s’en apercevoir, acquiert le goût des boissons fortes. Et il devient, en fin de compte, un alcoolique.
L’alcoolisme, on le sait, est souvent le fruit de l'ignorance. C’est surtout vrai, avec la bière; on s’alcoolise sans le vouloir et sans le savoir. L’alcoolisation est à longue échéance, c’est vrai, mais n’en est pas moins certaine.
Une des meilleures preuves que j'en puisse apporter, c’est que les compagnies d’assurance, qui s’y connaissent pas mal sur la durée probable de la vie d’une personne, refusent d'émettre une police en faveur de tout candidat qui boit habituellement de la bière :
ou bien elles élèvent le taux des primes.
ES
Car elles savent que cette pers'une abrège ses jours et vivra moins ionztemps que celle qui ne boit pas äu tout.
Ces compagnies d’assurance savent encore qu’il en est de la bière comme de toute autre boisson à base d’alcool.
L’habitude d’en boire, en développe le goût ; et cet appétit va même quelquefois jusqu’à la passion. Et de la passion de la bière à celle des boissons fortes, la distance n’est pas grande. L'expérience démontre même qu’elle se franchit souvent. Tel passionné d’alcool aujourd'hui était autrefois un buveur de bière.
Pourquoi ces compagnies refusentelles encore d’assurer un tel buveur ?
C’est qu’elles savent qu’un grand nombre de morts subites, vers la cinquantaine, n’ont d’autre explication, dans bien des cas, que cette funeste habitude.
Tous les médecins connaissent aussi la maladie spéciale à ces buveurs, et qu’on appelle Beer-Drinker's Heart, sorte de dégénérescence graisseuse du cœur. Cette maladie est tellement fréquente en Allemagne que, dans les hôpi-
ant sstnessatié
taux de Munich, sur chaque groupe de
‘16 personnes qui meurent, il y en a
une qui décède de cette maladie-là.
Enfin, une des meilleures preuves que les buveurs de bière s’alcoolisent, tout comme les autres buveurs, c’est le triste état de leur descendance, au triple point de vue physique, moral et intellectuel. Tout comme les buveurs d'alcool, ils empoisonnent la source de la vie ; et il en sort, pour le châtiment de leur vice, une génération avariée.
Les enfants des parents buveurs viennent nombreux généralement. Mais malheureusement, ils ne naissent que pour mourir jeunes. Voyez ce qui se passe en Bavière, où l’abus de la bière est élevé au rang d’une vertu nationale.
La mortalité infantile y est de 300 sur 1,000 enfants âgés de moins d’un an.
Le docteur Kraipelin, de Munich, la capitale de ce petit (royaume de la bière », nous apporte des chiffres qui prouvent que l’alcoolisation des parents par la bière exerce également une influence délétère sur les enfants.
Il a étudié 25 familles alcoolisées par la
RE
bière ; elles comptaient 216 naissances.
Il n’y eut pas moins de 33 morts-nés.
Cinquante des 183 qui naquirent vivants moururent en deça de la première année (soit 32 p. c.).
Des 98 enfants dont il put, dans la suite, observer le curriculum vitæ, il en trouva 59 qui étaient plus ou moins atteints dans leurs moyens intellectuels, et 17 l’étaient dans leur constitution physique. Il n’y en eut que 23 sur 183 qui demeurèrent indemnes et n’eurent aucune tare atavique.
Notre ami Lefranc osera-t-il dre répéter que la bière est saine et :nique? — Oh! je l’entends déja me répliquer : «C’est l’usage que nous recommandons seulement. Et c’est l’abus qui cause tous ces malheurs. » — Soit !... mais voudrait-il nous dire où finit l’usage, et où commence l’abus ?
C’est chose très difficile. Dans tous les cas, je ne me fierais pas du tout à Jean Lefranc pour tracer cette ligne de démarcation entre l’usage et l'abus, attendu qu’il croit trop aux vertus bienfaisantes de la bière.
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