‹ Le procès de la bière [microforme]Chapitre 9 sur 15 · LA BIÈRE EST-ELLE HYGIÉ- NIQUE · texte numérisé non relu

LA BIÈRE EST-ELLE HYGIÉ- NIQUE

Dernièrement, j'ai reçu, par la poste, un feuillet contenant un article paru dans la Presse du mois de mars dernier, et intitulé : « La guerre et la tempérance ». L'auteur de l’article, Jean Lefranc (un nom de plume), y parle de la guerre et de l’économie à pratiquer,

s'élève contre la prohibition, en l’efficacité de laquelle il ne croit nullement, et y va de son petit conseil pour favoriser la croisade de tempérance. Pour Jean Lefranc, la meilleure manière de pratiquer la sobriété et l’économie, c’est de faire usage de Poissons économiques et hygiéniques comme la bière et le vin léger. — On le comprend sans peine, le vin, n'étant pas la boisson habituelle au Canada, ne se trouve ici associé à la bière que pour donner plus de contenance à la thèse de M. Lefranc. Car son article n’est en somme qu’un chaud plaidoyer en faveur de la bière comme breuvage populaire. En effet, sa croyance aux vertus bienfaisantes de cette boisson est telle que, ‘dans un excès de zèle, il va même jusqu'à faire un devoir au gouvernement de ne plus confondre ce produit avec les boissons nuisibles à la santé. — Ce conseil fait à nos gouvernants lui aura, au moins, mérité la reconnaissance des brasseurs, si celle des vrais amis de la tempérance lui fait défaut. Car pour ces derniers, la persistance qu’il met à nous répéter que la bière est une boisson économi-

L di son Rs

ss

que et... à la portée de toutes les bourses, rend un peu suspect son désintéressement. Cependant nous ne le chicanerons pas sur ses motifs ; nous admettrons même volontiers qu’il est de bonne foi.

Nous croirons d’autant plus à sa sincérité que Jean Lefranc semble partager l'opinion généralement admise, à savoir que les bières sont inoffensives. Autrefois, au début de la campagne de tempérance, en Europe, des esprits bien disposés avaient cru qu’un des moyens de diminuer, sinon d’arrêter, les ravages de l’alcool, était de préconiser l’usage des vins et des bières. Aussi avait-on décoré ces boissons du nom pernicieux d’hygiéniques. Le mot fit fortune ; nous le trouvions dans toutes les bouches. Il se rencontre encore sur les lèvres des gens san: défiance, et cela même dans les classes les plus éclairées. Pourtant cette sécurité n’est rien moins qu’une erreur, suriout quant à la bière. Car si le vin a répondu en partie à l’attente, la bière, par contre, a complètement fait faillite.

se

Jean Lefranc affirme tout simplement que la bière est un breuvage sain et hygiénique. Mais alors comment se fait-il que le commerce en est réglementé ? Personne n’ignore qu’il faut une licence pour en vendre, et que toute contravention est sévèrement punie. Pourquoi cela? Parce que la loi, «, 1 est très sage à ce sujet, classe avec raison la bière parmi les liqueurs enivrantes, si elle contient plus de 214 pour cent d’alcool de rreuve. (Art. I, parag. a.)

Pourquoi la classe-t-on ainsi? C’est que les bières qui se consomment habituellement dans aotre pays, contiennent de 6 à 15 pour cent d’alcool de preuve. C’est la constatation que l’on peut lire dans le rapport d’une analyse faite sur 140 échantillons de bières vendues au Canada. Ce rapport a paru dans le Bulletin N° 90, sous la signature de M. Thomas MacFarlane, premier analyste du gouvernement d’Ottawa.

Oser prétendre, après une pareille constatation, que la bière saine et hygiénique, c’est méconn: complè-

tement les données de la science médicale ; celle-ci, en effet, proclame universellement que toute boisson à base d'alcool est dangereuse. En effet, qui dit ulcool, dit poison.

À notre ami Lefranc, qui supplie les autorités provinciales de ne plus confondre la bière avec les boissons nuisibles à la santé, nous répondrons enfin, avec le docteur Triboulet, médecin des hôpitaux de Paris, et la meilleure autorité en la matière : ( Entre vins, « bières et alcools, il n’y a qu'une diffé- «rence de plis ou moins NUISIBLE.

QIl n’y a pas de boissons alcooliques { hygiéniques. »

Cette opinion du docteur Triboulet a été confirmée en toutes lettres par les médecins de l4 province de Québec, consultés à ce sujet, dans un nr 'erendum, en 1912.

Page 1