‹ Le procès de la démocratieChapitre 10 sur 49 · Kriil Mar.r, Iradiiit par Kd. Berlh. p. Jll · texte numérisé non relu

Kriil Mar.r, Iradiiit par Kd. Berlh. p. Jll

Mais ces remarques montrent la nécessité de transformer la fonction politique, de la ramener à son vrai rôle et à sa vraie place, en tant du moins qu'elle est une fonction et non une opinion. Cette distinction s'éclaircira dans les chapitres suivants. En tant que fonction, la fonction politique ou mieux administrative n'est (\\xune fonction parmi toutes les fonctions du corps social, ni plus ni moins noble, ni plus ni moins nécessaire, soumise comme toutes les autres, dans la mesure du possible, à des obligations juridiques déterminées, c'est-à-dire soumise au principe de l'égalité des fonctions et proportionnellement — mais cela sera pour beaucoup, beaucoup plus tard — de l'équivalence des salaires. C'est ce qu'on peut encore exprimer en disant que la fonction politique est un mode de la production, et non ce je ne sais quoi de transcendant, de tout auréolé de clartés mystiques et surnaturelles, qui la dominerait de très haut. Ce caractère religieux, nous le montrerons un peu plus tard, subsiste dans la politique. Nous ne croyons ni bon ni possible de l'en éliminer tout à fail, en tant que la politique est un sentiment. Mais il est alors l'attribut de tous, et les fonctionnaires politiques n'ont qu'à traduire en actes la volonté générale de la nation, exprimée par le suffrage.

D'où la nécessité, non pas même de subordonner l'action politique h l'action économique — cela impli-

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querait encore des rangs, et ce serait un idéalisme renversé; mais d'wcor/jorer l'action politique à l'activité économique, comme un mode à une substance, comme une partie à un tout. M. Georges Valois a essayé, à ce point de vue, de distinguer entre la production, fonction économique, et la conservation, fonction politique. Mais la « conservation », à prendre le mot production dans son sens large, et non dans le sens exclusif où le prennent les syndicalistes, n'est encore qu'un mode de la « production ». Dans le corps social il n'y a que des fonctions, et, pour employer le vocabulaire proudhonien, toutes les fonctions sont égales. On ne voit pas ce qu'un pareil idéal offre d'incompatible avec la démocratie. On peut même dire, au contraire, qu'il est ultra-démocratique, puisque c'est la fonction primordiale de l'être humain, celle regardée jusqu'ici comme la plus humble, l'activité productrice, qui devient le fondement de toute l'organisation politique et de toute la culture, et que la fonction réputée la plus noble n'en est plus qu'une modalité. Il n'est rien de plus démocratique que le principe proudhonien de l'égalité des fonctions, ressort secret de tout ce mouvemeni. Il est la croyance-mère de la démocratie.

Ainsi, au cours de cette étude, nous avons été amené à rectifier plusieurs conceptions de la démo-

cratie qui ne nous ont pas paru résister à un examen sérieux. On a dit d'abord que la démocratie était un régime d'essence Ihéologique, une « nuée ». Vraie pour certains de ses théoriciens, un Kant, un Rousseau, un Tocqueville, et pour certaines de ses applications, les premières démocraties américaines et quelques démocraties suisses contemporaines, cette conception ne présente à aucun degré le caractère de nécessité qu'on veut lui attribuer. Il semble au contraire que la démocratie soit le plus « a-thée », le moins finaliste de tous les régimes, car il ne réalise aucun plan de moralité ou de culture rattaché à des principes transcendants.

Nul n'a mieux fait voir que M. Darlu que la démocratie n'a rien de religieux ni de métaphysique, et que son fonctionnement s'explique par des raisons toutes simples, toutes positives et terre à terre. « Est-il possible de voir un principe mystique dans le principe du nombre qui est, en elTet, à la base du régime démocratique":' Il n'a rien de mystérieux, et s'explique de la manière la plus humble par cette considération qu'il y a beaucoup de chances pour qu'un grand nombre d'intérêts individuels soit plus voisin de rintérêt général qu'un petit nombre d'intérêts individuels. Dans un régime oligarchique, il est presque inévitable que les décisions gouvernementales soient contraires aux intérêts de la masse des citoyens...

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Dans un régime démocratique, au contraire, il faut bien que, plus ou moins complètement, plus ou moins tardivement, le gouvernement tienne compte des intérêts de la masse des travailleurs des champs ou des villes. Et cela est bon, comme étant conforme à l'intérêt général, social, humain, bref à l'idée de la justice '. » Paroles de bon sens, qu"on ne peut révoquer en doute qu'à la condition de croire que l'intérêt général est une sorte d'entité collective doflt une oligarchie, et mieux encore un dictateur ou un roi, peut seul avoir la garde. Nous retrouverons celte hypothèse; mais s'il est un principe mystique, c'est bien celui-là.

On a dit que la démocratie était un régime essentiellement bourgeois; nous n'avons pas vu que cette conception fût plus nécessaire que la précédente. Ce qui est vrai, c'est que notre démocratie actuellf est un régime bourgeois, mais on n'a pas le droit d'identifier notre démocratie actuelle avec toute démocratie, et nous avons laissé entrevoir qu'au contraire cette démocratie se démocratise. Ce qui est vrai encore c'est qu'une démocratie, comme toute société, ne peut se passer d'un gouvernement. En ce sens les syndicalistes ont raison : la démocratie est traditionaliste; mais une société ne peut pas no pris l'être, f^a

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