‹ Le procès de la démocratieChapitre 28 sur 49 · L IDEAL DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

L IDEAL DÉMOCRATIQUE

de sens social. Uniquement désireuse de faire des affaires, elle n'a songé qu'à établir, par des lois de police, sa puissance industrielle et son autorité sur les salariés. Elle a abdiqué en France, comme autrefois la noblesse, le généreux idéal qui fit sa grandeur aux époques de crise; et ainsi, en partie par sa faute, l'inévitable lutte sociale est devenue plus âpre.

Et chez les classes dirigées, dans le peuple, le sens de la chose publique peut se perdre par quelque chose de plus bas encore, le désir de jouir à tout prix de ce qui lui est laissé, à quelque prix que cela lui soit laissé : qu'importent les destinées du pays, le sort de la patrie, la réalisation de la justice si l'on a toujours, sans effort, bon souper, bon gîte et le reste! L'antipatriotisme des ouvriers révolutionnaires, l'indifférence des paysans uniquement attachés à leur terre, la résignation des salari(''S passifs incapables de concevoir aucune amélioration à leur sort, cette absence générale de fierté, de dignité, de respect de soi et d'amour des grandes choses n'est guère propre à favoriser l'éclosion d'une démocratie véritable.

D'ailleurs le véritable obstacle est plus profond; il est dans la structure de notre société moderne si complexe, et plus encore dans la nature humaine. Il ne faut pas se le dissimuler : l'organisation aristocratique ou monarchi([ue, le régime des castes, la séparation soigneusement établie entre les fonctions d'État, réser-

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vées exclusivement à une élite, et les fonctions privées, ayant pour seul but d'enrichir, magnanimement laissées à toute la masse..., tout cela est bien plus facile, bien plus attrayant, bien plus propre à encourager l'inertie naturelle des masses qu'un régime démocratique qui demande à tous, après le tra\Kiil professionnel déjà pénétré de dignité, le sentiment de l'intérêt général, le souci de s'intéresser à la chose publique et d'exercer un contrôle sur les fonctionnaires et les représentants. 11 se peut que les peuples démocratiques soient au-dessous de cet effort, qu'ils n'insufflent pas d'âme au mécanisme. La vie matérielle est si lourde, et si absorbante la conquête du pain et du loisir! Comment s'occuper de la cité quand on ne peut déjà pas suffire à ses affaires?

En songeant à ces difdcultés, M. Oslrogorsky va jusqu'à écrire que « de tous les régimes non despotiques, celui de la démocratie est le moins capable d'esprit public, dans les conditions de la civilisation moderne ' ». Un régime aristocratique lui parait au contraire plus conforme à la division du travail. — Oui, sans doute, si l'on se laisse aller, si l'on renonce à vivifler les institutions... Une démocratie ne peut vivre que par un effort constant contre des conditions hostiles et lindiflérentisme naturel. Cet elïort exige

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