‹ Le procès de la démocratieChapitre 29 sur 49 · Ouv. cité, II, p. iJSo · texte numérisé non relu

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parfois de l'héroïsme; mais à l'ordinaire de la vie, quand il fait beau, il ne demande qu'une attention soutenue, un regard large et clair. Si c'était trop exiger des forces humaines que d'espérer cet effort, il n'y aurait plus rien à répondre aux nationalistes intégraux; il n "y aurait qu'à briser un rêve très simple, et qui serait encore, à l'épreuve, trouvé trop surhumain.

Tout cela se peut... seulement nous ne sommes pas aussi sûr que les camelots du roi que ce serait un bien pour l'humanité. Elle apparaîtrait un peu plus pauvre, un peu plus stérile, un peu plus morne et désolée qu'auparavant. Il se peut aussi que le peuple n'ait aucun esprit politique, qu'il brise stupidement comme des joujoux les hommes éminents qui pourraient le servir, ou que ceux-ci, par orgueil ou égoïsme, ne sachent pas se plier aux conditions économiques et politiques que leur fera de plus en plus la démocratie. L'humanité roulerait alors indéfiniment, comme la terre dans l'espace, dans le cercle aux quatre stades qu'entrevoyait Polybe, ou comme le cycle aux trois étapes d'Aristote : monarchie, aristocratie, démocratie, jusqu'au refroidissement final. « L'avenir est caché même à ceux qui le font. »

Moralement — car la valeur morale est le ressort de la bonne politique, et s'il est vrai que les institutions soutiennent les hommes, il est encore plus vrai qu'elles ne valent que par eux — moralement, la réa-

lité n'offre guère de sujets de joie. D'un coté des jouisseurs, de l'autre des aspirants jouisseurs, voilà ce que l'on voit trop souvent. Nos soi-disant « aristocrates » se gâtent par le luxe, et nos prolétaires .seraient trop heureux de les imiter. L'imitation de la décadence bourgeoise par les forces vives du prolétariat menace de devenir effrayante. 11 prend à la bourgeoisie tous ses vices, et semble ne lui prendre que ses vices, en dédaignant ce qui fit sa grandeur. Un contraste singulier sépare le petit cénacle des doctrinaires de la horde des praticiens. Alcoolisme, pornographie, dépopulation, hervéisme des hommes et des « coffres-forts », toutes les lèpres rongent toutes les classes, les réconciliant fraternellement dans la même iosouciance et la même pourriture. Il semble que l'organisation capitaliste de la grands industrie, cause profonde de ce luxe extrême et de cette extrême prolétarisation, cause aussi de cette vie urbaine en quoi l'on s'accorde — qu'on s'en afflige ou qu'on s'en réjouisse — à voir le foyer principal de la vie démocratique, pèse si lourdement sur les épaules de tous, qu'elle étouffe jusqu'à la volonté de régénération.

Est-ce une raison pour désespérer? Non, certes, puisque nous connaissons quelques-unes des raisons de cette crise, et que nous avons entrevu quelques-uns des moyens de la surmonter. Nous savons qu'on ne peut aller contre le mouvement économique et les

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transformations qu'il entraîne; il serait parfaitement vain de reprendre aujourd'hui le rêve de Carlyle, de la « jeune Angleterre » et des socialistes chrétiens du milieu du xix^ siècle, qui croyaient avoir résolu la question sociale en anathémalisant le machinisme et en prêchant le retour aux mœurs idylliques. Mais on peut placer son espoir dans les nouvelles conditions qu'engendre l'industrie elle-même. On peut avoir confiance dans le nivellement économique, dans l'association égalitaire de production qu'on entrevoit comme pouvant succéder à l'organisation capitaliste. On peut se réchauffer à l'enthousiasme viviûant de M. Victor Basch qui nous montre d'autre part — et il faut les voir pour avoir une vue complète de la réalité — les admirables héros obscurs du mouvement ouvrier. « Toute doctrine sociale qui veut vivre et se réaliser, répéterons-nous avec lui, doit être optimiste. L'optimiste socialiste [ou démocratique, nous persistons à croire que c'est tout un] consiste à prétendre que tous les hommes sont capables de ressentir des joies supérieures, que tous peuvent devenir, après une éducation appropriée et à des degrés divers, des aristocrates *. »

On peut espérer qu'à des formes économiques et politiques nouvelles correspondront des thèmes nouveaux de l'éternelle morale, de nouveaux noms pour

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