Voir il ce point de vue les ouvrages de M. Maxime Leroy
C'est de ces formations primaires, de ces associations qui ne sont pas uniquement politiques, puisqu'elles se proposent au contraire de réagir contre la tyrannie exclusive des comités, qu'émane maintenant l'initiative, parfois concurremment avec les institutions ou les pouvoirs constitués, parfois aussi en antagonisme avec la volonté parlementaire, ou avec la volonté des partis politiques, et sous une forme souvent impérieuse. Le Parlement tend à ne devenir qu'un organe d'enregistrement et d'équilibre, et dans toutes les branches de l'administration et de la production on I voit s'esquisser ce mouvement de contrôle général des entreprises par tous les collaborateurs de l'œuvre. Ce contrôle n'empêche pas, où du moins il ne doit pas empêcher, l'action propre des représentants ou des titulaires d'emplois dans le domaine où ils ont été appelés par la confiance de leurs mandants. La bonne marche des affaires, les imprévisibles nécessités de l'action quotidienne, si fertile en incidents occasionnels et en circonstances nouvelles, peuvent exiger que les directions soient uniques, que l'on fasse confiance à des mandataires. Mais ces manda- .laires ne peuvent se soustraire au contrôle de leurs mandants, de plus on plus sérieusement exercé par les organisations de tout genre. La multiplication des
les TrunsforinaLions de la Puissance publi<iu<', la Loi, cl surloul Syndicats et Services publics, Paris, Colin, 1900.
syndicats et des associations, leur action croissante sur tous les organes de législation, d'administration et de production prouvent, à la façon dont Diogène prouvait le mouvement, que les mandants sont de moins en moins disposés à abdiquer entre les mains de leurs mandataires, et que tout en accordant leur confiance ils entendent réserver leur droit de contrôle. Donner et retenir ne vaut... peut-être, en droit scolastique; mais il y a plus de choses dans la réalité de la vie sociale que n'en peut soupçonner la logique juridique. Le mécanisme représentatif est une nécessité de fait dans un État trop grand pour supporter le gouvernement direct conçu sous sa forme historique; mais il en rend possible une autre, adaptée aux temps présents. 11 n'apparaît pas du tout comme nécessaire qu'il engendre des mandataires-despotes et des mandants-marmottes.
Nous nous heurtons alors, il est vrai, à une autre objection de Proudhon, objection pratique, qui prend une valeur plus grande encore à notre époque où se mulliplienl les associations de toute sorte. Admettons que les citoyens veuillent effectivement contrôler le travail de leurs représentants, et supposons même qu'ils y soient compétents. Étant données la multitude de questions dont s'occupe le législateur et les questions non moins multiples dont s'occupent les sociétés
diverses, ils y passeront tout leur temps; et alors qui produira? « Il n'y a plus lieu ni loisir aux citoyens de vaquer à leurs occupations industrielles; ce n'est pas trop de toutes leurs journées pour expédier la besogne du Gouvernement. Pas de milieu : ou travailler, ou régner; c'est la loi du Peuple comme du Prince : demandez à Rousseau'. « Et Proudhon cite en exemple Athènes, où en effet quatre cent mille esclaves tournaient la meule et faisaient marcher les navettes, tandis que vingt mille citoyens passaient leur temps sur l'agora, à chercher les moyens de pressurer les riches et à visiter les courtisanes.
Or, nous n'avons plus d'esclaves... 11 est vrai, il est bien vrai que nouç avons encore nos minus habentes. Pendant que le « citoyen » pérore dans son comité, il reste encore des sentinelles, l'arme au pied, qui veillent sur sa défense, des mères de famille qui couchent les enfants, et des bonnes à tout faire qui essuient la vaisselle. H y a encore, à l'heure actuelle, des catégories de personnes privées de leurs droits civiques, parce que notre démocratie n'ose pas aller jusqu'au bout de son principe, en appliquant le suffrage universel intégral. Mais enfin cet ostracisme ne sera pas éternel; il ne s'explique que par des raisons d'opportunité ([ui n'auront qu'un temps, et nul doute