‹ Le procès de la neutralité belge, réplique aux accusationsChapitre 18 sur 24 · LU C · texte numérisé non relu

LU C

:;<^ « Art. 7. — La Belgique, dans les limites indiquées

f aux art. i, 2 et 4, formera un Etat indépendant per-

t pétuellement neutre. Elle sera tenue d'observer cette

: J même neutralité envers tous les Etats. »

» Art. 25. — lycs Cours d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie garantissent à S. M. le Roi des Belges l'exécution de tous les articles qui précèdent. »

Dans la nouvelle rédaction, on a visiblement le souci d'affirmer que la garantie donnée par les puissances à la Belgique s'étend à la totalité des stipulations, qu'elle recouvre tous les aspects, tous

les attributs de l'Etat nouveau : sa souveraineté, son indépendance, sa neutralité, ses limites ; on rejette, à cet effet, la clause de garantie à la fin de la rédaction (art. 25), et l'on dissocie la formule du début, qui était inspirée du précédent de 181 5. Il eût été pratiquement impossible d'introduire, dans la rédaction nouvelle, l'expression « inviolable » à l'art. 7, car l'inviolabilité ne peut être évoquée qu'au moment où il s'agit de la garantir ; l'inviolabilité n'existe pas en soi, elle ne peut être, comme la neutralité et l'indépendance, un attribut spécial d'un Etat ; on ne se représente donc pas l'art. 7 rédigé comme suit : « I^a Belgique formera un Etat indépendant, inviolable et perpétuellement neutre ! » D'autre part, il était superflu d'introduire l'expression « inviolable » dans l'art. 25, car il n'y avait pas l'ombre d'une raison pour mettre ici en évidence cet aspect particulier de la souveraineté de l'Etat nouveau, puisque tous les articles du traité se trouvaient expressément garantis, sans en excepter ceux qui traçaient les limites du territoire : or, qu'est-ce que garantir des limites, sinon garantir en même temps leur inviolabilité ? La rédaction de novembre apparaît donc comme tout-à-fait équivalente à celle de juin.

De tout l'exposé de M. Norden, il ne demeure donc littéralement rien qu'une tentative attristante de semer la méfiance parmi les Belges au milieu

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llb I-E l'ROChS DE LA NhUTKALlTh BELGE

desquels il habite et le doute parmi les neutres, qui subordonnent leurs sympathies pour la Belgique à la certitude que la violation de sa neutralité a été effectivement un acte contraire à des engagements formels, sanctionnés par des traités.

Dernières paroles.

Parmi les accusations dont on persiste à charger la Belgique, il s'en trouve qui sont si puériles que l'on éprouve une sorte de gêne à devoir les réfuter. On reste déconcerté devant une publication comme celle de M. Grasshoff {Belgiens Schuld, citée plus haut p. 6i), où véritablement les droits de la logique et du bon sens sont ignorés.

Pour démontrer que « la Belgique avait violé sa neutralité bien longtemps avant qu'un seul soldat allemand n'eût foulé son territoire » (p. 6), M. Grasshoff se contente, dit-il, « de deux faits d'une importance qui défie toute casuistique » (p. 7). J'ai déjà relevé le premier : grief au gouvernement belge d'avoir favorisé l'Angleterre d'un monopole d'informations militaires (voir p. 63 et suiv.). Voici le second : « Avant l'entrée obligée des troupes allemandes en Belgique le 4 août 19 14, ce pays avait ouvert déjà sa frontière aux Français :... les PREUVES à cet égard, dit l'auteur, sont conci^uan- TES » (p. 7 et II). Quelles sont ces preuves?

Un Allemand, séjournant en Belgique comme marchand et comme ouvrier, a vu le dimanche 26 juillet

IlR I.K l'ROCFS DK LA NRUTRAI.ITK BHl.GH

deux officiers français et un officier anglais à Bruxelles ; il a rencontré le 29 juillet huit soldats français et « a entendu dire que c'étaient des artilleurs » ; du 29 juillet au 2 août, il a vu un aéroplane au-dessus de Bruxelles, « c'était un biplan français à son idée il le croit parce qu'en 1910 il a vu beaucoup d'appareils français au concours d'aviation à Bruxelles » (p. 12). — Deux personnes, dont le nom n'est pas donné, déclarent que « d'après l'affirmation des habitants de trois localités belges de la région du nord de Lille, la mobilisation de l'armée belge a été proclamée dans les villages dès le 30 juillet 1914, et que des patrouilles françaises ont franchi la frontière le i®^ août pour se réunir aux patrouilles belges (p. 13). — Un soldat français prisonnier, du 8^ hussards, a déposé que son régiment avait passé la frontière belge le 2 août, se dirigeant sur Bouillon (p. 14); un autre, du 21^ dragons, sans fixer de date, dit qu'il est entré en Belgique le lendemain de la mobilisation française (id.) ; un troisième, du 28^ dragons, certifie que la frontière a été franchie le 31 juillet au soir (p. 15). — Je laisse de côté l'inoffensive information d'un journal belge, qui s'est borné à annoncer le 30 juillet «d'importants mouvements de troupes françaises ce jour-là à la fron tière, ainsi que le départ de sept trains militaires spéciaux, partis le 28 juillet de Charleville à destination de la frontière » (p. 17).

J'ai déjà répondu aiix déclarations de civils con-

cernant la présence d'officiers et de soldats français dans les rues de Bruxelles avant le 3 août 1914 (La Belgique neutre et loyale, p. 143 à 147), et j'ai conclu alors en ces termes : « Je ne veux pas prétendre que les témoins dont on rapporte les déclarations n'aient pas dit ce qu'ils croient être la vérité : divers faits qui sont à ma connaissance me portent plutôt à penser que des méprises se sont produites. » (p. 146.) Il y a eu, d'ailleurs, plus que des méprises : le gouvernement français a pris la peine de faire recueillir à Bruxelles, à Iviége et à Namur de renseignements précis, qui établissent que « les témoignages invoqués fourmillent d'erreurs grossières et d'inexactitudes plus ou moins volontaires. » (Voir Livre gris, II, no 118, 2® et 3® annexes).

La question de la présence de militaires français dans les rues de certaines villes belges avant les hostilités est aujourd'hui tranchée : il serait puéril d'y revenir.

Mais, parmi les déclarations rapportées par M. Grasshoff, il en est trois qui ont, je le sais, produit une réelle impression chez les neutres : je veux parler des allégations des trois soldats français prisonniers en Allemagne. Je suis aujourd'hui en mesure d'y répondre.

lyC Grand Quartier Général des armées françaises de l'Est a eu la complaisance de préciser, à ma demande, d'une façon formelle et décisive, quels ont été les cantonnements effectifs des unités françaises

120 LE PROCES DE LA NhUTRAI.ITh BEIGE

accusées d'avoir traversé la frontière belge avant l'appel fait, le 4 août, par la Belgique au concours militaire des nations garantes. Le rapport du Grand Quartier Général, que je reproduis ci-après, rax)pelle d'abord les ordres donnés au début de la campagne par le haut commandement français en exécution des instructions du gouvernement de la République.

IvE 4 AOUT, le Ministre de la Guerre écrivait :

« Iv' Allemagne va tenter par de fausses nouvelles

de nous amener à violer la neutralité belge. // est

^1 interdit rigoureuse^nent et de la manière la plus for-

g melle, jusqu'à ce qu'un ordre contraire soit donné, à

u toutes nos troupes, de pénétrer, même par des patrouil-

les ou de simples cavaliers sur le territoire de la Belgique, ainsi qu'à tout aviateur de survoler ce territoire. Un ordre contraire ne sera d'ailleurs donné que lorsque le G. Q. G. se sera entendu avec le gouvernement belge. — Signé : Messimy. »

Le 5 AOUT seulement, après entente réalisée AVEC I.E GOUVERNEMENT BELGE, le Général en chef

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