AUTORISAIT LES RECONNAISSANCES DE CAVALERIE
A PÉNÉTRER EN TERRITOIRE BELGE, et leur ordonnait de s'y comporter comme en pays ami et allié.
Enfin, c'est LE même jour, 5 août, a 19 heures, qu'ordre était donné par le Général en chef au corps de cavalerie (région de Charle\411e) et à la ... ® division de cavalerie (région de Mangiennes), de
franchir la frontière i,E i^endemain 6 août et de se porter vers Neufchâteau ^.
Mais il y a plus : l'examen des déclarations invoquées par M. Grasshoff fait, comme on va le voir, ressortir des inexactitudes de dates, des confusions de noms et des erreurs de fait qui leur enlèvent définitivement toute valeur. Je donne la parole au Grand Quartier Général :
Le cavalier Julien Requet, du 8^ régiment de hussards aurait prétendu que son régiment, arrive à La Neuville-aux- Toumeurs dans la nuit du 31 juillet au i^^ août, y aurait séjourné deux jours, puis se serait rendu à Donchery et de là à Bouillon ; il y aurait franchi la frontière «le 2 août 19 14, vers 5 heures de l'après-midi ». A Bouillon, le 8»^ hussards aurait rejoint le 3^ régiment de hussards, ainsi que les 23 et 27 e dragons, qui auraient franchi la frontière « vers le même temps ».
La division à laquelle appartenait le 8^ hussards faisait partie du corps de cavalerie. Cette division est bien arrivée le matin du i^f août dans ses cantonnements de concentration (région Aubenton-Rmnigny), mais elle y est demeurée les 2, $ et 4 août.
En particulier, la brigade légère à laquelle appartenait le 8 6 hUvSsards a cantonné pendant ces trois jours dans la région Girondelle-Foulzy-Cuvillers-La Neuville-aux-Tourneurs (S. O de Rocroi).
Conformément aux déclarations du cavalier Requet, cette brigade s'est ensuite portée sur Donchery ; cette marche a eu heu le 5 août ; le 5 août au soir, elle a cantonné dans la zone Donchery, le Dancourt, Vrigne-sur-Meuse.
C'est dans la journée du 6 août que la brigade s'est portée de Donchery sur Bouillon par Saint Menges et Corbion ; c'est donc dans la matinée de ce jour et non pas le 2 août, que la frontière a été passée.
Le 3« hussards auquel il est fait allusion dans l'affirmation du cavalier Requet, formait brigade avec le 8^ hussards ; il a stationné et fait mouvement avec ce régiment du i^^ au 6 août.
Quant aux 23e et 27 « dragons, ils faisaient partie~d'une
^ La Note adressée par l'Allemagne au Gouvernement belge est du 2 août ; la violation du territoire belge par les troupes allemandes et l'appel de la Belgique aux Puissances Alliées, du 4 août.
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autre division du corps de cavalerie, la(juelle a quitté le 6 aoi la région de Charleville et s'est portée ce jour-là vers Paliseï
août Paliseul par Givonue et liouillon, franchissant ainsi la frontière belge à la mcnic date que le 8'- hussards.
I/C cavalier Recjuet a pu effectivement croiser ces régiments à Bouillon, mais pas à la date qu'il indique.
En définitive, le cavalier Requet a rapporté des faits qui paraissent exacts, mais dont les dates sont erronées.
Ivn outre, certains points de cette déclaration sont ambigus ; si son régiment est arrivé à La Neuville dans la nuit du 31 juillet au i^"' août et y a séjourné " deux jours n, s'il a fait ensuite étape sur Donchery (50 km.), puis sur Bouillon, comment a-t-il pu pénétrer en Belgique le 2 août ?
Le cavalier Bailly du 2i« dragons aurait rapporté que le
lendemain du jour où la mobilisation fut annoncée à Ilirson,
son régiment avait quitté ses cantonnements de couverture
(région de Bossus) et avait franchi la frontière belge pour
atteindre Bouillon le même jour. Le 5^' dragons et plusieurs
<^ régiments de cuirassiers, \'tis par le cavalier Sailly à Bouillon,
^* auraient franchi la frontière à la même date. Ces régiments
^ auraient, par suite, pénétré en Belgique le 2 août.
Le 21 <^ et le 56 dragons constituaient une brigade appar- ^J tenant à la même division que le 8^ hussards, visé plus haut.
Toute la division ayant fait mouvement à la fois, ce qui a ^ C. été dit pour le 8^ hussards s'applique d'une façon générale
c>^- aux 21^ et 3 e dragons.
^ "^ Arrivée le i^^ août à ses emplacements de couverture, cette
K brigade a cantonné les i, 2, 3 <?^ 4 août dans la région Auben-
S ton, Hannapes, Bo.ssus-lès-Rumigny, ^Vntheny.
r.' .; Le s, elle s'est portée sur Doncher\^ en même temps que la
: f brigade de hussards et a cantonné dans la région Vrigne-aux-
BoivS, Vivier-au-Court, Issancourt, Lûmes, Villers. Le 6 août seulement, elle a fait mouvement vers Bouillon dans les mêmes conditions que la brigade de hussards.
Deux erreurs doivent donc être relevées dans l'affirmation du cavalier Bailly :
Une erreur de date : le 21 ^ dragons n'a pas quitté ses cantonnements de couverture le lendemain du jour où la mobilisation a dû être connue à Hirson, mais trois jours plus tard (5 août) ;
Une erreur de fait : ce régiment ne s'est pas porté directement de Bossus vers Bouillon, mais bien vers Lûmes, Vrignesaux-Bois, Issancourt, région qu'il a quittée le lendemain 6 août pour se rendre à Bouillon. L'étape du 5 août est oubliée dans la déposition du cavalier BaiUy.
D'après le cavaUer Cochard du 28® dragons, la brigade formée par les 28^ et 30^ dragons aurait quitté Sedan, sa garnison, le 31 juillet au matin, se serait d'abord portée sur
Mouzon où elle serait arrivée vers midi, puis se serait rendue dans la soirée du même jour par Bazelles et La Chapelle à Bouillon, où le 28® dragons serait entré le 31 juillet à 10 heures du soir.
I^e lendemain, i er août, la brigade serait allée de Bouillon vers Arlon par Florenville, Bellefontaine et Sainte Marie, « ayant fait le i^^' août plus de 40 km. dans la direction de l'Kst, exclusivement sur territoire belge. »
Le 28^ dragons aurait cantonné le i®^ août au soir à Saint Laurent près Arlon.
Kntre Bouillon et Florenville, la brigade aurait croisé en territoire belge le 4® hussards et les 3® et 6<^ cuirassiers.
Cette déclaration qui tendrait à démontrer que toute la division à laquelle appartenait le 28^ dragons se trouvait en territoire belge dès le i ^^ août, est dénuée de toute vérité.
Bn effet, la brigade constituée par les 28 « et 30^ dragons a bien quitté Sedan le 31 juillet par la grand'route de Mouzon mais elle a poursuivi sa route par Stenay et Jametz pour gagner ses cantonnements de couverture sur l'Othain. L'escadron auquel appartenait le cavalier Cochard a bien été arrêté au passage à Mouzon pour y attendre l'arrivée du groupe à cheval de la division venant de Charleville et l'escorter à destination. Mais il a continué sa route, avec ce groupe, dans la soirée du 31 juillet et est venu cantonner à Stenay. Le lendemain matin, il a rejoint la division dans ses cantonnements. Pas plus que le gros du régiment, cet escadron n'est revenu sur Sedan le jour où il en avait quitté sa garnison.
La brigade est arrivée sm* l'Othain le 31 juillet vers 22 heures. Le 28e dragons a cantonné à Saint-Laurent-sur-Authain (18 km. S. B. de Montmedy), le 3<^ dragons à Pillon (5 km. S. B. de Saint-Laurent).
Ces deux régiments n'ont pas quitté leurs cantonnements jusqu'au 6 août matin ; pendant toute cette période les avantpostes n'ont pas dépassé l'Othain. Le 6 août, la division se mettait en marche et pénétrait en Belgique par Montmedy, Thouelle, Avioth, Fagny, Bellefontaine. Le 28® dragons formait l'avantgarde de la division et prenait en fin de marche les avantpostes sur la Semoy à Breuvanne (15 km. N. de Virton) ; ie 30^ dragons cantonnait à Tintigny (S. B. de Breuvanne).
Les deux régiments de cuirassiers que le cavaUer Cochard a prétendus avoir rencontrés le i^^ août entre Bouillon et Florenville étaient eux-mêmes à cette date en cantonnement sur l'Othain.
Le 36 cuirassiers a, en effet, quitté Vouziers, sa garnison, le 31 juillet dans l'après-midi et est venu cantonner ce jour-là à BrieuUes sur Meuse (5 km. S. de Dmi). Le lendemain, il s'est rendu à Mangiennes en Woevre, où il est resté jusqu'au 6 août matin, date à laquelle il s'est porté en Belgique, a Ja-
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inoij^ne (lo km. Ivst de l'iorenville) par le même itinéraire (jue les 28«et 30» dragons.
Quant au 6^ cuirassiers, il a fait mouvement dans des conditions analoj^ues.
Parti de Sainte-Menehould, le 31 juillet, il est venu cantonner à Consenvoye (15 km. N. de Verdun) et s'est porté le lendemain i^r août à ïiilly sous Man^iennes (7 km. L,st de Spincourt) où il est resté jusqu'au 6 août. Le 6 août, il a suivi le ^^ cuirassiers dans sa tnarche vers la frontière belge.
Il est donc inexact que les 3^ et 6^ cuirassiers se soient trouvés dans la matinée du i*^"" août sur le territoire belge entre Bouillon et Florenville.
En résumé, la narration du cavalier Cochard ne se rapproche de la réalité sur aucun point, si ce n'est sur la date à laquelle son régiment a quitté sa garnison et sur la direction qu'il a prise au départ.
Le récit abonde en confusions de dates et de noms : Saint- Laurent-sur-Othain devient Saint- Laurent près d'Arlon, qui n'existe pas. Un certain nombre de localités, citées au hasard des souvenirs, jalonnent l'itinéraire tracé par le cavalier Cochard à sa brigade le 1^^ août : « Sainte Cécile où le régiment a cantonné le 18 août, Chassepierre traversé le même jour, Florenville et Pin traversés ou vus presque chaque jour du
6 au 18 août ; Saint Vincent occupé par le 28^ dragons le
7 août ; Bellefontaine sur l'itinéraire de l'entrée en Belgique le 6 août » (rapport du colonel-commandant le 28*^ dragons).
En outre, on relève dans les déclarations du cavalier Cochard des faits inventés de toutes pièces ; c'est ainsi que l'itinéraire Bazeilles-La Chapelle-Bouillon par lequel le 28*^ dragons aurait pénétré en Belgique est distant de 25 km. de celui suivi en réalité par ce régiment (Montmedy-Avioth- Bellefontaine).
De même le cantonnement qu'aurait occupé son régiment à Bouillon le 31 juillet au soir, ne peut être attribué à une confusion de sa part, car « jamais, à aucun moment, une unité du 28 ^ dragons n'a stationné à Bouillon ni traversé cette ville » (Rapport du heutenant-colonel commandant le 28^ dragons).
De même, aussi l'itinéraire imaginé par lui — et de manière précise — pour la marche qu'aurait exécutée son régiment le i^r août de Bouillon sur Axlon, etc.
Les déclarations de Cochard resteraient d'ailleurs suspectes, alors même qu'elles ne seraient pas démenties par les faits.
Les renseignements fournis sur ce cavalier par son chef de corps sont, en effet, mauvais : « Médiocre soldat, d'intelligence limitée, nature fruste, caractère sournois et très indépendant ; Cochard répondait tout à fait au type du braconnier, d'homme des bois, qu'il se vantait d'être. »