A-DIRE QUATRE JOURS APRÈS LA RÉCEPTION DE LA
NOTE DE l'Allemagne. Jusqu'à présent, aucun des nombreux journaux qui ont accueilli l'erreur, n'a consacré une ligne à la vérité.
Je disais qu'un premier moyen de jeter le trouble dans l'opinion consistait à ignorer ou à nier les démentis. Un autre procédé très fréquent aboutit à confondre, dans un exposé, des témoignages de premier ordre avec des présomptions sans valeur, à brouiller des faits démonstratifs avec des données sans consistance, si bien qu'il devient impossible de démêler la trame de la réalité.
Une des applications les plus fécondes de cette manière s'observe dans les imputations qui visent spécialement à discréditer la jDolitique du Gouvernement belge : parmi quelques faits de caractère officiel, on jette un grand nombre de découpures de journaux, d'extraits de discours non officiels, d'impressions ou de racontars, qui sont présumés
fournir un tableau de l'état de l'opinion dans le pays. Kn général, d'ailleurs, cette opinion est représentée comme hostile à l'Allemagne, puisqu'il s'agit d'établir qu'il existait, dès avant la guerre, une hostilité systématique contre elle. Cependant, la thèse inverse se rencontre parfois, comme par exemple dans la Schlesische Volkszeitung du 17 août 1915, où pour faire pièce à l'influence française, on explique qu'avant la guerre une grande partie de la population belge s'entendait très bien avec les Allemands, qui s'étaient assuré de réelles sympathies. La contradiction des deux affirmations importe peu : ce ne sont pas les mêmes lecteurs qui ont tous les articles sous les yeux.
De même, c'est par de véritables combinaisons d'alchimie de la documentation que l'auteur de la brochure Neutralité belge et Neutralité suisse, que j'ai épinglée plus haut, (p. 17), arrive à étayer une conclusion ainsi formulée : si l'Allemagne a demandé à passer à travers la Belgique, c'est parce qu'elle avait perdu toute confiance à l'égard de ce pays et quelle n'aurait jamais risqué de compter sur sa neutralité pour assurer la sécurité de ses riches provinces rhénanes; par contre, l'Allemagne avait en la Suisse une confiance absolue, parce que la Suisse pratiquait la neutralité d'une façon loyale : aussi l'Allemagne a-t-elle respecté la Suisse, alors qu'elle violait la Belgique (pp. 29-30 de l'édition allemande, p. 32 de l'édition française). Et cette
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conclusion repose sur l'exi^osé d'une série de faits qui prétendent apporter des témoignantes du sentiment public en Belgique et qui, étant en réalité sans valeur propre, n'autorisent aucune généralisation touchant la politique extérieure de la Belgique. Par exemple, l'auteur citera avec insistance une brochure qui eût dû lui demeurer suspecte, puisqu'elle ne portait aucun nom couvrant son contenu ; ou bien il écrira (je souligne) : /< On alla MÊME EN Belgique jusqu'à participer aux armements DE LA France. En 191 2, lorsqu'une souscription nationale fut ouverte en France au profit de l'aviation militaire, on n'hésita pas à étendre
i„ l'œuvre à la Belgique, » (p. 30 de l'édition française).
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A la vérité, tout s'était borné à une proposition déplacée, surgie dans des milieux qui ne comptaient pas, et un journal gantois, dont les tendances n'étaient rien moins que flamingantes, s'était écrié à . cette occasion : « Ah çà ! sommes-nous tout à fait
fous ? et faut-il faire remarquer vraiment que ces aéroplanes pourraient être appelés à faire planer leur menace au-dessus du sol belge ? « L'auteur sait cela, puisqu'il est obligé de l'imprimer : mais cela ne l'empêche aucunement de conclure avec aplomb : « Que pouvait-on attendre d'un pays dont la population OFFRE DES AÉROPLANES A l'ARMÉE FRANÇAISE ? » p. 29 de l'édition allemande, passage non reproduit dans l'édition française).
Je pourrais apporter ici de très nombreux extraits
de la presse allemande et de brochures destinées aux neutres, où l'on invoque ainsi des incidents futiles ou des personnalités discréditées. Pour n'apporter qu'un exemple encore, je dirai ce qu'il faut penser d'un certain major Girard, dont l'Accusation se plaît à reproduire les a^âs : M. Girard n'appartient plus à l'armée belge : vingt-cinq ans avant la guerre, il avait déjà été unanimement stigmatisé au Parlement et, en août 1891, un journal reproduisit à son sujet l'opinion d'un ancien membre du gouvernement : « lyC major Girard, disait celui-ci, mène une campagne absolument antipatriotique, indigne d'un ancien officier. » Mais que voulez-vous que les neutres sachent de tout cela ? Ils n'ont retenu qu'une chose, c'est qu'un « major belge » a des idées favorables à certaines thèses allemandes.
De pareils moyens disqualifient une polémique. Il est particulièrement regrettable de les rencontrer dans des écrits auxquels la situation de leurs auteurs paraît conférer le prestige reconnu aux travaux scientifiques.
Ainsi, le professeur Karl Hampe, de Heidelberg, fait tort à une étude d'allure impartiale {Belgiens Vergangenheit und Gegenwart ; Teubner, I^eipzig und Berlin, 1915), en composant, dans son chapitre IX (pp. yy et ss.), une mosaïque de citations de valeur très inégale pour démontrer que, dans les dernières années, les cercles dirigeants belges avaient, comme le Gouvernement, pris parti, pour la France