‹ Le procès de la neutralité belge, réplique aux accusationsChapitre 4 sur 24 · I.K PROChS 1)K LA NKUTKAI.ITK BELGK · texte numérisé non relu

I.K PROChS 1)K LA NKUTKAI.ITK BELGK

veloppe dans laquelle il venait de glisser la minute de son rapport. Le crayon rouge à la main, il va inscrire sur l'enveloppe une rubrique, rappelant l'objet de la pièce qu'elle contient ; il n'est pas juriste, le général, il n'a pas de scrupules quant au choix du mot : « De quoi traite ce rapport ? de conventions, que diable ! puisque j'ai convenu diverses choses avec l'attaché militaire », et le général écrit en grands caractères, en faisant suivre son inscription d'un long paraphe comme on en trace au moment où une affaire est achevée : « conventions anglo-belges » A Remarquez

bien qu'il n'écrit pas « convention » au singulier, justement parce que dans son esprit il n'y a que des « choses convenues ».

Or, cet innocent intitulé d'enveloppe, — que le professeur Sculte appelle quelque chose de très essentiel («etwas sehr Wesentliches ») — acquiert, dans les réquisitoires contre la Belgique, une valeur de témoignage juridique : « Kn présence de ce titre' proclame gravement la Norddeutsche, il ne peut plus subsister aucun doute sur la signification de droit PUBivic (staatsrechtliche Bedeutung) que, du côté BELGE LUI-MÊME, OU accordait aux documents. » (Article cité.)

Je n'ajouterai rien, sauf peut-être ceci. Puisque, pour apprécier la valeur juridique d'un écrit, il suffit de connaître la rubrique sous laquelle il a été placé dans une enveloppe par un militaire, je puis aussi invoquer une rubrique de classement, que la Norddeutsche a citée, en passant, le 13 octobre 1914, mais dont elle a négligé de faire état : il paraît que la fameuse enveloppe a été trouvée dans un dossier portant cette inscription : « Intervention anglaise en Belgique ». Rubrique pour rubrique, je retiens la seconde.

Ceci est plus important. Dans la dernière édition officielle, on a maintenu la principale altération du texte : la phrase essentielle : « l'entrêE des anglais NE SE FERAIT QU' APRÈS LA VIOLATION DE NOTRE NEUTRALITÉ PAR L'ALLEMAGNE », n'est pas insérée à sa place dans la traduction allemande ; elle n'est toujours citée, — exclusivement en français d'ailleurs et, par suite, ignorée par la majo-

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rite des lecteurs allemands, — qu'accessoirement, en dehors du rapport et comme si ELLE èTAiT

UNE NOTE MARGINALE, AJOUTÉE APRÈS LA RÉDAC- TION : «Auf dem vSchriftstiick findet sich noch der folgende Randvermerk ».

J'ai montré, en reproduisant {La Belgique neutre et loyale, p. 178) le fac-similé de cette partie du raj;port, combien cette façon de présenter les choses est inexacte : en réalité, la phrase fait partie du texte original, elle est écrite de la même main, au même instant que l'ensemble de la minute, — car il s'agit :; d'une minute toute émaillée de ratures, de suppres-

5' sions et d'additions. En retirant la phrase du texte

i.., avec lequel elle fait corps, on commet un faux.

Telles sont, sous leur forme actuelle, les pièces versées au débat.

Une chose est surprenante à propos de ce rapport militaire désormais célèbre : c'est qu'aucun de ceux qui en Allemagne s'en sont occupés, n'a fixé son attention sur les deux premiers paragraphes du document. On les trouvera ci-contre dans leur forme originale.

Ces paragraphes sont essentiels : ils marquent le début de l'exposé ; ils définissent la nature, l'objet, la portée de l'affaire. Relisons-les lentement.

« lyA première visite date de la mi-janvier. » L'Attaché militaire anglais est donc venu trouver le général : visite de soldat à soldat. Je vais préciser

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ce point, d'après des informations sûres : visite personnelle, faite au domicile particulier du général et que rien n'avait annoncée.

De quoi l'attaché a-t-il parlé pour débuter ? « Des préoccupations dk l'état-major de son PAYS » : soucis de soldats.

Relativement à quoi ? « A la situation politique GÉNÉRALE ET AUX ÉVENTUALITÉS DE GUERRE DU MOMENT. »

Ces soucis sont-ils extraordinaires ? La visite date de la mi-janvier 1906. Or, précisément, je trouve dans un recueil diplomatique publié par le Département des Affaires étrangères de Berlin et dont je reparlerai (Belgische Aktenstûcke: iço^-içi4. Herausgegeben vont Auswârtigen Amt), une lettre du 14 janvier 1906 adressée au ministre belge des Affaires étrangères par le chargé d'affaires à Londres, et j'y lis : « Dans ces derniers temps, le ministre des Affaires étrangères a répété à plusieurs reprises aux différents ambassadeurs accrédités à Londres que la Grande-Bretagne était engagée vis-à-vis de la France en ce qui concerne le Maroc et qu'elle remplirait ses engagements jusqu'au bout, même en cas d'une guerre franco-allemande, et quoi qu'il pût lui en coûter. La presse et l'opinion publique font preuve des mêmes sentiments. L'on rappelle les différents froissements qui se sont produits entre ce pays et l'Allemagne, notamment lors de la guerre sud- africaine, et Ton ajoute que si la conférence d'Algésiras,

qui est réunie à la demande de TAllemagne, venait à échouer par la faute de cette dernière, non seulement tout espoir de rapprochement anglo-allemand serait perdu, mais il en résulterait une réelle hostilité entre les deux pays. »

En janvier igo6, il y avait donc véritablement en Angleterre des préoccupations très graves.

Mais cela intéresse-t-il la Belgique ? Assurément, car voici la communication importante, la raison d*être de la visite :

« Un envoi de troupes d'un totai. de cent miixe hommes environ, était projeté pour le cas où i.a bei.gique serait attaquée. »

Nous lisons bien : envoi projeté pour le cas où

I,A BELGIQUE SERAIT ATTAQUÉE. Eh quoi ? En 187O,

au moment de la révélation des négociations secrètes engagées entre Napoléon III et Bismarck pour l'annexion de la Belgique, on avait été bien plus catégorique : le 30 juillet, le Cabinet anglais avait décidé que les engagements contractés envers la Belgique seraient tenus, dussent-ils conduire à la guerre et il avait obtenu du Parlement, par un vote presque unanime, un crédit extraordinaire de deux millions de livres et un contingent supplémentaire de vingt mille hommes de troupes. Gladstone avait dit officiellement au ministre de Belgique que M l'incident du traité secret franco-prussien était de la plus haute gravité et qu'il engageait l'Angleterre plus avant dans les affaires belges. » En face

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de tout le déploiement politifjue de 1870, combien la démarche de 1906 i)araît anodine : un attaché militaire anglais vient simplement informer, à titre confidentiel, le chef de l'état-major belge d'un projet qui consiste à envoyer des troupes pour le cas où la Belgique serait attaquée...

C'est si bien une première information, sans plus, que l'Attaché militaire s'empresse de « demander

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