‹ Le procès des Dantonistes, d'après les documents, précédé d'une introduction historique. Recherches pour servir à l'histoire de la révolution françaiseChapitre 28 sur 43 · PIÈGES A DÉCHARGE · texte numérisé non relu

PIÈGES A DÉCHARGE

N"» 14 bis.

Lettre du général Kellerxnann à Fabre

d'Eglantine (1).

Au quartier génc^ral de Longuion, le 21 octobre 1792, l'an I de la République.

J*ai été bien étonné, mon cher citoyen, lorsque le citoyen Daluc m'a. dit qae tous n'avies pas reçu de mes lettres, ayant chargé ud de mes courrier de vous en remetre une en main propre. Cajolais, de son côté a dû vous tenir au courant de mes opérations militaires et vous réitérer chaque fois combien je met un haut prix à votre chère amitié ; je l'eut fait de préférence, sans doute, mais accablé de besogne et de fatigue, à peine puis-je suffire à conduire le timont ; mais enfin je vais réparer moi-même et le plus souvent Tespèce d'oubli dont je ne suis pas la cause.

Je ne saurais vous donner une idée de la constance de mes soldats à la poursuite d'un ennemi qui fuit avec quatre armées par la même trouée et qui est au moins le double de la mienne ; mon avant-garde fait chaque jour des prisonnier et reçoit considérablement de déserteur.. Quel changement depuis l'époque de mon affaire du 20 7^'^ ; j'ai fait capituler Verdun, capitulation qui établit la reconnaissance de la République française par ses ennemis les plus juré, étant ratifié par le duc de Brunschvie. Je vais

(1) Nous avons tenu à publier celte pièce avec sou orthographe. — R.

entrer demain dans Longvie aux mêmes conditions, sans qu'il ait goûté une goûte de sang à un soldat. Une armée de 60 miles homme cèdent des places, fuyant devant une de moins de 23 miles hommes; j'ause me flater que Ton trouvera peu d*évènemens pareil dans l^histoire ; ce qui fait d'autant plus d'honneur à mes soldats est que, par des tems affreux, des chemins rompu, des marches de dix heures pour faire deux lieux, bi vaquant ensuite^ faute de tentes qui n'ont pu suivre, et le plus remarquable, sans souliers, sans eulotes et sans habis ny chapeaux, tout étant dégunillés à tomper du corps et de la tête ; il est bien important, mon cher citoyen, que vous vous occupiez sans relâge à ce que des capotes, des culotes et des souliers me soient envoyé ; ce dernier article mérite la plus grande attention, puisqu'il n'y a pas d'exemple d'une friponerie pareil à cela, puisque, en deux jours, ils tompent en pièce ; entre deux petites semeles il y en a une de castor; les commissaires en emportent avec eux pour les faire voir au comité.

Maintenant que je vous parle des intérêts des généraux d'armé, et par conséquent des miens ; je ne sais combien il a été décrété d'armés, et par la même raison de généraux en chef; je ne saurais croire que les quatre généraux d'armés qui sont Dumouriez, Biron, Montesquiou et moi tompions dans la classe des nouveaux généraux en chef ; ce dernier grade doit être intermédiaire de celui de général et de maréchal ; ce dernier grade équivaut à celui de maréchal, et comme il en faut qui commandent à plusieurs armés réunie, il est nécessaire qu'il y ait des maréchaux de la République ; je dis donc que notre campagne est assé belle pour que ce grade nous soit conféré ; ce serait une pédotière que cette quantité de généraux en chef, s'il n'y en avait pas de supérieur dans les rassemblement de ces différentes divisions ; je vous prie donc, mon cher citoyen, d'y faire la plus grande attention et d'en parler sérieusement au Conseil et à l'Assemblée de la Convention nationale, il serait par trop dur pour ceux qui ont si bien servi la patrie d'être confondu de grade avec de nouveaux généraux qui sont élevé au grade de général en chef que par la bonne conduite et les soins des généraux d'armés dans le nombre desquels, assurément, Custine doit être compris pour le grade de maréchal de la République.

D'après les ouvertures du duc de Brunschvich et indirectement du roy de Prusse, je vois infiniment de dispositions d'une paciGcation général et même d'un traité particulier avec la Prusse, après quelque formalité pour tirer avec honneur ce dernier de son al-

liance avec rAatriche, et comme demain je prends possession de Longvie et qae j'aurai chassé nos ennemis toot à fait hors du territoire de la République, je vairai ce que l'on me proposera et tous le manderai peut-être encore dans cette lettre que je finirai dans ma conquête. Je vous joint cy la capitulation de Longvie, vous vairai que la République est parfaitement reconnue par nos ennemis; il faut, si nous entamions une négociation, que vous soyez nommé un des débutes de TAssemblé pour faire ce traité conjointement avec moi; je vous prie d'arranger cette affaire. Je vous joint cy la copie de la lettre du ministre Servan, par laquelle il me mandait de donner tout les moyens à votre frère pour lever son corps; je loi ai, en conséquence, fait compter dix mille livres en assignats afin de le mettre au même d'aller en avant, il me tarte de l'avoir avec moi. Je lui mande de me demander l'endroit qui lui conviendra le mieux que je l'y envairai.

Duluc, mon aide de camp, m'a dit que vous me ferai avoir une bonne voiture légère du roy et quelques chevaux, je vous serai très reconnaissant, j'en ai grand besoin de l'un et de Fautre, le plus tôt possible serait le mieux.

Je vous quitte, demain de Longvie je pourai vous dire de plus sur les intentions de nos ennemis, qui prennent au reste peu d'intérêt aux émigrés qui crèvent de fin et auxquels ils ne donneront plus le sol.

Le 22, à mon quartier général de Longvie à 4 i heures du soir, Fan !<>' de la République.

J'entre dans la place dans l'instant et n'ai rien de plus pressé que de vous l'anonc-er ; il manque quelques pièces de canon qui sont conduits demain de Luxembourg. Ainsi, nous avons Longvie tel qu'il était avant que l'ennemi y soit entré. Demain à midi trois salves de cette place, de l'armée, des viles de Metz, de Verdun, Thionville, Sarrelouis et Bitche annonceront à la même heure la prise des deux places de Verdun et de Longvie et l'expnlsiou entière de nos ennemis hors du territoire de la République française et notre entré sur celui de nos ennemis. Ayant envoyé des troupes pour occuper de leurs villages, je me fiatte que l'on sera conteut de moi et que votre amitié pour moi fera sentir qu'il faut des diefs auxquels le titre de maréchal de la République doit être conféré, et que je ne suis pas un de ceux qui l'ait le moins mérité ; j'ai eu affaire à quatre armées que j'ai chassés devant moi et repris les deux seuls places que les ennemis nous ont pris, je vous donnerai dans quelques jours des détails plus circonstancié et vous ferai part

de mes projets nltérieurs après avoir laissé reposer mes soldats quelque tems et qu'ils auront reçu capotes, souliers, culotes et coiffure. Votre frère dont j*ai des nouvelles dans ce moment, il vat à merveille, j 'attend avec impatience de le raprocher de moi, et lui fournir tous les moiens qui puissent porter son corps à un degré de force pour pouvoir resortir ses talents militaires et sa bravoure; si À la paix il ne conservait pas son corps je le ferai chef du mien, qui, j'espère, sera conservé servant déjà avec distinction.

Mon aide de camp Levavasseur, porteur de ma dépêche au ministre, vous remet ma lettre ; si vous voulier me faire le plaisir de me faire avoir une voiture fermée et légère du roj, il me la remmènerait, ce que je trouverois bien agréable.

Je vous dirai que sitôt que j'aurai mis mes troupes en repos, je vairai mes places et de là je serois fort aise de vous aller embrasser à Paris, y passer deux jours que j'emploierais à régler de bouche avec le pouvoir exécutif la campagne d'hiver que je compte faire et à laquelle nos ennemis ne s'atendront pas.

Recevez, mon cher citoyen et bon ami, les assurances de mon plus sincère attachement pour la vie,

Le général d'armée, Kellermann.

P. S. Ce qu'il 7 a de remarquable, est que c'est aujourd'huy deux mois que cette ville s'est rendue à nos ennemis.

Questions posées au jury du Tribunal révolutionnaire, le 11 floréal an II, sur les prévenus du Mans, par le président dudit Tribunal, et réponse de ce jury (1).

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