‹ Le procès des DantonistesChapitre 14 sur 37 · TROUVE UNE SEULE FOIS ÉCRIT OU SEULEMENT INDIQUÉ I · texte numérisé non relu

TROUVE UNE SEULE FOIS ÉCRIT OU SEULEMENT INDIQUÉ I

C'est donc sans raison, sans preuves, sans prétexte, et par un abus véritablement monstrueux, qu'on lui attribua les faits dénoncés par les lettres suisse et espagnoles; et Tespion royaliste qui se trouvait au comité de Salut public, soit parmi ses membres, soit parmi ses employés, si tant est qu'il y en ait jamais eu et que les assertions étrangères aient reposé

(i) Archives nationales, C. W^ 342^ d. 648. — Pièces justificatives n«>» 5 et 6.

(2) Cette lettre n'était pas même de Backer, mais d'un individu dont on ignorait jusqu'au nom (singulière authenticité I), comme en témoigne le billet suivant :

« A Paris, le 14 germinal de Tan II de la République une et indivisible. — Lil)erté, égalité, fraternité ou la mort.

« Le chargé provisoire du département des affaires étrangères, à l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire.

« Je te fais passer, citoyen^ copie de la lettre écrite de Bàle, que tu as demandée au Comité de Salut public. Cette lettre n'est point de Hacker, ainsi que l'a cru le Comité, mais d'un correspondant de Hacker, dont l'écriture est bien connue, mais dont le nom ne Vest pas, — Goujon. » (a),

(a) Archives nationales, C. W, 342, d. 648; et Pièce justificative n* 7.

sur quelque fondement, ce qui nous paraît contestable, cet espion devait être autre assurément qu'Hérault de Séchelles ! . . . ne fût-ce que Barère, Témargeur, l'agent secret de la police de Bonaparte et de Louis-Philippe.

Sur ce point, par conséquent, rien, absolument rien contre Taccusé, pas de corps de délitl Ce qui, pour le confondre, obligea le Tribunal, nous le répéterons à satiété, à se servir de FAUX EN ÉCRITURES PUBLIQUES par lui-même endossés ou perpétrés (1).

Mais si les preuves écrites faisaient défaut, les témoignages oraux devaient abonder.

Imitant en cela Robespierre^ Hérault avait, dit-on, emporté chez lui des papiers d'Etat.

Maudru, chef de division au comité de Salut public, bureau des relations extérieures, et le citoyen Barère, membre de ce Comité, chargé des affaires étrangères, pouvaient certifier du fait, donner la liste exacte et les numéros matricules des pièces ainsi détournées. Le tout avait été vérifié, sans aucun doute, par le Comité lui-même, qui pouvait l'attester.

Or, à ce moment ni plus tard, avant le procès de germinal, pendant; ni après, nul ne produisit rien qui eût trait à cette soustraction ; Barère ne vint point au Tribunal confondre le coupable, Maudru ne fut pas assigné, et rien ne fut trouvé chez Hérault de Séchelles lorsqu'on y fit mettre les scellés (Arch. nat.).

C'est cinquante ans après, que MM. Carnot et David (d'Angers) prirent sur eux de faire voir le jour à des diffamations que leur auteur n'avait pas osé publier lui-même. — On était alors dans le plein de Tidéalisation robespierriste ; Bûchez avait son heure et tout était permis contre les Dantoniens (V. r Histoù^e parlementaire). Les temps ont un peu changé.

Quant aux relations d'Hérault avec Proly, Dubuisson et Péreyra, elles ne furent pas, bien entendu, davantage constatées.

(1) Voir !'• partie.

Ses domestiques rayaient vu s'enfermer tous les jours plusieurs heures avec les étrangers? Il fallait recueillir leur témoignage, les confronter avec les prévenus et les entendre tous contradictoirement et publiquement.

Rien n'en fut fait.

On guillotina Dubuisson, Proly et Péreyra quinze jours avant Hérault de Séchelles, ce qui permit de le charger.

Mais il avait de plus donné asile à un émigré 1

La loi était formelle ; duf^a lex, sed kx, dit un des panégyristes de l'Incorruptible ! Hérault devait payer de sa tête cette hospitalité.

Une lettre de Simond, député du Bas-Rhin, au président de la Convention nationale, va jeter quelque lumière sur ce point :

« Maison d'arrêt du Luxembourg, 27 ventôse, l'an II de la République.

« Philibert Simond aux Représentants du peuple français : « Citoyens^ j'ai été mis en arrestation par ordre des comités de Salut public et de Sûreté générale réunis, pour avoir communiqué, en qualité de député, avec un prévenu d'émigration, à la section Lepelletier. Si Ton avait préféré de m'entendre avec mon dénonciateur, j'aurais répondu que j'avais reçu le matin un billet, à la Convention, du citoyen Catus, présumé émigré, annonçant son arrestation au comité de Surveillance de la section Lepelletier. Je m'y suis transporté avec Hérault, qui avait ce citoyen chez lui. J'y ai dit que je connaissais Catus pour l'avoir trouvé en 1793 (vieux style), commissaire des guerres à l'armée des Alpes, lorsque j'y fus envoyé par la Convention. — Je Fai trouvé l'année 1793 au même poste, lorsque j'y fus envoyé contre les Piémontais ; puis il fut envoyé par les Représentants ou le général d'armée devant Lyon, dans le courant d'août, pour porter des dépêches au comité de Salut public, lequel comité l'autorisa dans une mission que lui confia le ministre des affaires étrangères près la République de Mulhausen. — De là, il en est revenu, après avoir fait près de Hérault, dans le Haut-Rhin, les fonctions de secrétaire.

a J'en ai fait la déclaration au comité de Surveillance, qui a pris lecture de ces expUcations et a dit qu'il interrogerait CcUus dans une heure. En sortant du comité, j'ai demandé au corps de garde

si on pouvait parler au citoyen détenu ? 11 m'a été dit qu'aucun ordre ne le défendait. Je suis monté avec Hérault, et nous avons trouvé le détenu n'étant nullement au secret ni consigné comme tel.

« Je lui ai dit ce que j'avais déclaré au comité et que le comité paraissait avoir résolu. Huit à dix personnes qui étaient là l'ont entendu, et je le quittais, lorsqu'est entré un membre du comité qui nous a dit qu'on ne parlait pas à ce citoyen.

« On lui a observé que nous ne lui aurions pas parlé si telle eût été la consigne, mais qu'on n'en avait pas donné. Sur quoi j'ai observé que j'avais demandé préalablement deux fois si on pouvait lui parler. Ai-je mal présumé de penser qu'on s'était trompé en arrêtant comme émigré un homme que je voyais fonctionnaire public depuis deux ans ?

« Ai-je tort de lui avoir parlé après avoir demandé deux fois si on le pouvait, et avoir obtenu réponse que oui ? — Voilà ma position. — Je demande à la Convention nationale et à tous ceux qui aiment la justice, un jugement à mon occasion. Je soutiens vrai tout ce que je viens de dire et consens d'être conspirateur s'il j en a un seul fait de faux. J'y consens encore s'il m'est échappé un seul fait, un seul désir, ou une démarche quelconque contre la liberté, dès qu'elle a reçu mon serment, ou si, un instant dans ma vie, j'ai fait une révérence contre le despotisme ou ses suppôts.

« Ph. Simond (1). »

Gatus n'était donc que le secrétaire d'Hérault de Séchelles, nommé par le comité de Salut public lui-même, et, s'il avait passé la frontière, soit émigré^ ce n'avait pu être qu'avec son chef, ou par son ordre et pour le service de la République.

Comment éclaircir l'équivoque? En faisant comparaître Catus ; en faisant établir son identité, et ses actes ?

(1) Archives nationales, DXLIII, C.

Philippe Simond, ancieD vicaire général de l'évêque coDstitutionnel de Strasbourg, puisjourna liste républicain et membre du comité insurrectionnel du iQ août (a), à Paris, avec San terre. Alexandre, Westermann^ Camille Desmoulins, Antboine (de Metz), Carra, Fouroier (l'Amêricaiu) et quelques autres, fut guillotiné le 24 germiual an II, avec la veuve d'Hébert et Lucile Desmoulins, huit jours après Danton. — B.

(a) L'incorruptiblo n'aimait pas ces gona-là.

Rien et toujours rien n'en fat fait.

là émigré ne fut ni confronté^ ni mis en jugement, ni condamnéy ni exécuté (1). Hérault ne fut pas mémb interpellé

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