‹ Le procès des DantonistesChapitre 28 sur 37 · ET DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

ET DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

Rapport sur le jugement de Danton-Lacroix, fait à la Société populaire de Gisors, par Ambroise Pantin, commandant de la Garde nationale de la commune (i).

Citoyens,

Je croirais manquer à mes deyoirs de répablicain si ayant été témoin de Tinstruction et du jugement d'un des plus grands procès qui ait encore existé au Tribunal révolutionnaire, je ne vous rendais compte de ses particularités les plus intéressantes ; tout ce qui peut tendre à consolider l'opinion publique sur les avantages et la grandeur de la Révolution, ne peut être négligé par un bon citoyen^ chacun doit compte des facultés intellectuelles que la nature Jui a données, et chacun doit en proportion les employer à consolider le grand ouvrage entrepris sous les auspices de la liberté; quiconque laisse échapper une occasion, quiconque ne saisit pas un grand événement, pour l'appliquer, quand il le peut, à la plus grande gloire de la Révolution, ne mérite pas d'en goûter les avantages.

(1) L'original de cette pièce est entre les muins de M. Charles Ménétrier, qui a bien voala nous le communiquer. ^ R.

Dans des circonstances comme celle où nous nous 1 rouvons, on ne sanrait trop approcher le flambeau de la vérité des grands événements politiques, souvent dénaturés par la malveillance, pour inquiéter ou tromper le peuple sur les intentions de ses amis les plus fidèles, et pour altérer sa confiance dans la représentation nationale. Si jamais il fut un événement sur lequel les patriotes qui en ont été les témoins, aient dû donner des notions exactes et fidèles, c'est bien sans doute le grand procès de la représentation nationale contre les famenx conspirateurs, les fripons infftmes, les intrigants perfides et déboutés dont je vais vous entretenir

J'ai suivi de très près tous les détails de cette affaire extraordinaire, je dois vous dire, avant de vous en rendre compte, que j'ai été nommé par le Tribunal révolutionnaire défenseur du conspiratenr et de Tescroc Chabot. Et à cette occasion je ne dois pas émettre nne réflexion bien nécessaire pour détruire certaines impressions que l'ignorance seule, peut>^tre même des préventions trop ordinaires à certains individus, auraient pu faire naître sur mon compte. Oni, citoyens, j'ai été nommé le défenseur de Chabot, et j'ai assisté comme tel aux débats de son procès et de celui de ses coaccusés. Mais ce n'est pas moi qui me suis proposé pour être le défensenr de cet ex-capucin; si j'ai joué ce rôle passif, pour l'accusé, c'est par une suite de la confiance que j'ai inspirée à l'accusateur public dn Tribunal révolutionnaire; lui et Fleuriot, un de ses substituts, m'ont agréé et ont paru flattés que j'assistasse de très près aux débats, et quoiqu'il n'y aurait que cinq défenseurs pour tous les accusés et que ces cinq défenseurs fussent déjà nommés, on n'a pas hésité de vouloir bien m'adjoindre à eux parce que ma réputation de bon et fidèle révolutionnaire n'est point équivoque dans ce Tribunal redoutable et juste. J'ai témoigné d'ailleurs combien je désirais assister de près à ces débats intéressants afin d'avoir une occasion de rendre justice, à mon retour dans ma commune, à llmpartialité et au grand caractère qu'allaient déployer les dépositaires de la justice nationale. Ce maintien (?) surtout m'a valu l'approbation de l'accusateur public du Tribunal révolutionnaire et de tous les jurés qui m'y connaissent, et ils ont été instruits de ce que j'aurais dit si j'eusse parlé, et ils ont été bien convaincus que je ne voulais prendre que pour la forme la défense officieuse d'un homme accusé violemment par la représentation nationale.

Que la prévention, donc, que les impressions de la malveillance n'osent m'attaquer à cet égard, mais, que dis-je, je leur permets leur maligne influence, les Ames franches et loyales y seront fermées,

les patriotes de cette société me rendront justice, c*est là tout ce qui mlntéresse.

J*aborde Tobjet qui m'amène à cette tribune, prôtez-moi tonte Totre attention, je mettrai dans mon exposé le plus de clarté et de précision possibles.

Tons les accusés dont les noms vous sont connus étaient bien tous coupables « d'avoir tramé la dissolution de la République », mais leur conspiration se divisait en trois branches très-distinctes. Lacroix, Danton, Pliilippeaux, Hérault-Séchelles et Vestermann étaient les auteurs d'une conspiration tendante à rétablir la monarchie, à détruire la représentation nationale et le gouvernement républicain 1

Fabre d'Eglantine, Delaunay, Chabot, avaient voulu détruire le gouvernement par la corruption, diffamer et avilir la représentation nationale et ils avaient trafiqué de leurs opinions, en falsifiant un décret moyennant des sommes considérables, et cette falsification faisait gagner des millions à des agioteurs aussi scélérats qu'eux. Bazire était coupable de n'avoir pas dénoncé cette trame odieuse quand il en a eu connaissance et d'avoir écouté des propositions ; Sahuguet d'Espagnac, ex-abbé et fournisseur des armées, Junins Frey, Emmanuel Frey et Venderichen (sic), avocat du roi de Danemark, et Gusman, grand d'Espagne, avaient trempé dans la conspiration de Chabot et consorts en lui offrant des sommes considérables pour détruire le gouvernement républicain et pour falsifier les décrets 1

Voilà, en général, ce dont les accusés ont été convaincus, maintenant je vais vous les offrir en particulier, et vous rendre compte des quatre séances pendant lesquelles a duré ce procès mémorable.

Lors de la première séance, les accusés ont paru devant le Tribunal avec une audace et impudence qui caractérisaient leur scélératesse. Danton avant d'entrer dans la salle du Tribunal a dit, dans celle des témoins en parlant des juges et jurés : Nous allons voir comment ces b... là paraîtront devant moi. Danton a vu que ces hommes qui le méprisaient avaient toute la dignité qui convenait à leur caractère ; car, malgré l'air insolent et le plus imposant bruit qu'ont fait les accusés en entrant, le calme le plus imposant a régné parmi les juges et les jurés, leur contenance était ferme et m^estueuse, elle n'annonçait ni crainte ni partialité ; on a d'abord interrogé les accusés sur leurs noms, leur âge, leur demeure et leur état ; c'est alors où Camille Desmoulins, Danton, Hérault-Séchelles et Vestermann ont conmiencé le train scandaleux, les ironies plates

et ridicules, les personnalités et injares envers qaelqnes membres de la Convention, les menaces mêmes qu'ils n'ont cessé d'avoir à la bouche pendant tout le cours des débats. Camille Desmoulins, interrogé de son ftge, a répondu : « Trente-trois ans, comme le sansculotte Jésus, âge critique pour un révolutionnaire. »

Héraut-Séchelles, interrogé de son nom, a répondu : « Marie-Jean, noms peu saillants même parmi les saints. »

Danton, interrogé de sa demeure, a répondu : « Bientôt dans le néant, et mon nom dans le panthéon de l'histoire, p

Lorsqu'on a demandé le nom de Vestermann, U a dit qu'il ne répondrait pas parce qu'il n'avait pas subi son premier interrogatoire dans la chambre du conseil. Le président lui a observé que cet interrogatoire n'était que de foime, et cependant, a dit Danton, nons ne sommes ici que pour la forme.

Dans ce moment, les accusés ont laissé échapper les ris les plus indécents ; un d'eux interrompant le président qui allait parler, celui-ci lui a observé avec douceur et dignité qu'il le rappelait à son devoir, et moi, président, a dit Danton, je te rappelle à la pudeur, nous avons le droit de parler ici. Des mouvements d'indignation se sont fait entendre alors parmi le peuple, beaucoup de bruit se faisait parmi les accusés, les juges et les jurés sont restés impassibles, le président a rétabli le calme, et adressant la parole aux accusés : « Le Tribunal, leur a-t-il dit, n'a pas besoin qu'on loi rappelle ses devoirs, il est encore aujourd'hui ce qu'il était hier, ce qu'il a toujours été, ce qu'il sera toujours, digne de la confiance da peuple français ; que les accusés se rappellent leurs devoirs comme il connaît les siens, qu'ils n'oublient point qu'ils sont ici devant la justice nationale; s'ils sont innocents, ils n'ont rien à craindre d*elle, mais qu'ils n'annoncent pas par une audace déplacée, par des insultes multipliées qu'ils sont coupables. Le Tribunal ne souffrira pas que son autorité soit avilie, il emploiera, pour la faire respecter, tous les moyens que la loi met entre ses mains et que la confiance du peuple rendra légitimes. »

Cette réponse a ramené le plus grand calme ; on a lu aux accusés une partie des actes d'accusations dirigées contre eux par la représentation nationale ; à cinq heures après midi, la séance a été saspendue.

Le même soir les conseils ont communiqué avec les accusés, mais nous avons demandé que ce fût en présence de gendarmes, et dans une des salles du Tribunal. Cette communication n'a rien offert dlnléressant.

Le lendemain^ la séance a recommencé à dix heures du matin^ les accusés ont paru avec la même impudence qae la veille. On a lu le rapport fait par les comités contre Danton, Lacroix, Camille Desmoulins, Héraut-Séchelles et Philippeaux. Pendant cette lecture, le trépignement de pieds des accusés, leurs injures contre des membres de la Convention ont assez annoncé que lenr innocence prétendue ne les rassurait guère intérieurement. Camille Desmoulins au milieu du rapport a dit : « Tuez -nous, mais n'entendons pas de pareilles choses. » Danton a ajouté : « Quoi qu'on en dise, notre gloire est certaine; nous irons à Técbafaud, mais le peuple déchirera nos ennemis par lambeaux quand nous ne serons plus. »

Ici le président a encore observé aux accusés qu^ils injuriaient le Tribunal, en annonçant qu'ils étaient sûrs de leur mort, que c'était se méfier de la justice et qu'ils devaient savoir qu'ils avaient pour juges des hommes qui donnaient depuis longtemps des preuves de leur impartialité.

Le calme s'est encore rétabli, et, après la lecture des actes d'accusation, le citoyen Cambon a été entendu dans sa déposition.

Je dois observer que c'est avant la déposition de Cambon, et à cette seconde séance, que Vestermann a été amené comme traduit par l'accusateur public et qu'il a fait naître la mauvaise difficulté dont je vous ai parlé.

Cambon dans sa déposition a mis dans le plus grand jour les friponneries de Chabot, Delaunay, Fabre, des deux Frey, beaux-frères de Chabot, et de l'avocat du roi de Danemarck. Il a prouvé que ces étrangers perfides avaient agioté avec ces députés pour falsifier le décret relatif à la Compagnie des Indes ; il a prouvé que ce décret avait été apporté au comité des dépêches par Delaunay d'Angers, qui l'avait reçu le matin de Chabot : auparavant l'avait communiqué à Fabre d'Eglantine et que, moyennant 200,000 francs dont Chabot était dépositaire, 100,000 francs donnés à Delaunay, il y avait eu des changements de faits à ce décret, des modifications apportées à certains articles rigides, le tout de la main de Delaunay d'Angers, et le tout signé de Chabot, Fabre, Delaunay et Julien de Toulouse, qui particulièrement mettait ces scélérats en avant conjointement avec un nommé le baron de Bast (sic), constituant, et un nommé Benoît d'Angers. Par ces modifications et ces changements apportés au décret de la Compagnie des Indes dans laquelle d'Ëspagnac, les Frey, Gusman espagnol, et l'avocat du roi de Danemarck étaient intéressés, faisait perdre à la République des millions dont auraient profité tous les scélérats que je viens de vous nom-

mer. Gambon a pron?é que ces misérables, par leur jeu à la hausse et à la baisse, avaient réduit nos assignats à yaloir dix sok Téeu de France, il a prouvé que c*étaient eux qui particulièrement avaient prolongé le paiement des troupes en argent pendant le généralat de Dumouriez, que tout l'argent était envoyé au général perfide par ces infâmes agioteurs, et qu'ils le faisaient passer à nos ennemis. Enfin l'escroquerie la plus consommée, les fripomieries les plus avérées, les plus affreux agiotages sont paru dans tout leur jour, et les accusés dont je viens de vous parler n'ont pas pu s'en défendre qu'en se rejetant les uns sur les autres tout l'odieux de ces infamies.

Bazire a paru n'avoir pas mis le sac; mais Bazire a eu connaissance de tous ces forfaits, Bazire a su qu'il j avait de l'argent de déposé pour les consommer, il lui en a été proposé à lui-même, et il n'a dénoncé tous ces complots que quand il en a eu vent, que le comité de Sûreté générale en était instruit. Bazire a donc été reconnu coupable parce qu'il avait gardé le silence sur une conspiration aussi dangereuse, et qu'il aurait dû dès le principe s'adresser an comité de Salut public pour en suivre tous les fils.

Voilà, citoyens, le résultat de la seconde séance expliquée autant bien que mon peu de connaissance en finances a pu me le permettre.

La séance a été suspendue à six heures du soir.

Le 16 elle a recommencé, et Danton a eu la parole le premier, pour répondre aux inculpations qui lui étaient faites; d'abord on lui a reproché, et il n'a pu se défendre, d'avoir été le partisan de d'Orléans, il est bien vrai qu'il voulait écraser la famille régnante des Bourbons et, pour y parvenir, il fallait qu'il servit la Révolution, mais il ne voulait écraser la dynastie régnante que pour y substituer une autre dynastie. Il était l'ennemi de Louis XYI, mais il était l'ami de Philippe dans le commencement de la Révolution, il a été prouvé qu'il avait fait deux voyages en Angleterre avec lui, il n'a pas pu disconvenir que, lors des préparatifs qui ont précédé la journée du 10 août, il s'est retiré dans sa famille et qu'il n'est revenu que le 9 au soir pour partager la gloire de cette journée sans avoir contribué à l'amener à sa réussite ; et dans le cas où elle aurait échoué, pour se faire un mérite de n'avoir pas contribué à ses préparatifs; il a été prouvé que Danton avait toujours été l'ami de l'infâme Proly, fils naturel du prince de Louis (Kaunitz), et qui ne semblait se jeter à corps perdu dans la Révolution que pour la trahir. Danton n'a pas pu disconvenir que le fripon Fabre

d'Eglaatme n'avait cessé d*être son intime ami» et qae c'était à lui à qai il avait laissé la distribution de 400,000 francs qui avaient été mis à sa disposition pendant qu'il était ministre de la justice à la fin de l'Assemblée législative. Pendant son ministère de la justice, il n'envoya point à temps les ordres qui lui avaient été donnés pour arrêter à Melun Tinfâme Dapert-Dutertre {sic) qui s'est sauvé par cette négligence criminelle.

Danton n'a pu se défendre d'avoir avili l'opinion publique du 31 mai qui ne lui avait pas plu, puisqu'il avait dit ce jour-là môme qu'il fallait arrêter Henriot qui était à la tête de cette Révolution. Un juré du Tribunal révolutionnaire a reproché ce fait à Danton, et il s'en est excusé en disant que, s'il avait proposé d'arrêter Henriot, c'était parce qu'il n'avait pas exécuté ponctuellement toutes les dispositions miUtaires et politiques nécessaires dans cette circonstance.

Enfin Danton a promené Dumouriez dans tous les spectacles, dans le dernier voyage qu'il fit à Paris il a soupe avec lui chez un acteur du théâtre de la République, avec des femmes prostituées, et Marat alla même y trouver Dumouriez pour lui reprocher les trahisons qu'il préparait; et Marat le lendemain dénonça Dumouriez aux Jacobins et reprocha à Danton d'avoir soupe avec lui.

Tels ont été les débats qui ont eu lieu le 16 à l'égard de Danton. Après avoir parlé pendant deux heures, il demanda à se reposer. Après lui, Lacroix parla : sa prétendue justification ne détruisit point les reproches qui lui étaient faits de s'être enrichi dans la Belgique aux dépens de la République, car par un procès-verbal dressé à Béthune, on lui a prouvé qu'il faisait passer en France 400,000 livres, dans une voiture^ et dans cette voiture étaient sa malle et ses effets.

Ses propos contre les Jacobins.

Il n'a jamais été d'aucune société populaire, il a approuvé la révolution du 31 mai :

Camille Desmoulins^ etc., etc.

Philippeaux, Hérault de Séchelles.

Gnsman.

D'Espagnac.

L'avocat du roi de Danemark.

Les deux beaux-frères de Chabot.

Tels ont été, citoyens, les reproches violents et terribles faits à tous les accusés. Us se sont défendus par de grandes phrases, par des reproches sanglants contre le gouvernement, par des person-

nalités contre des patriotes reconnus, lear défense cependant a été écoutée avec la plus sérieuse attention. Lacroix et Danton ont demandé que des députés fussent appelés an Tribunal, c*est dans ce moment où, sur le juste refus qu'on leur a fait, ils ont protesté contre la justice, il s'est élevé un bruit considérable dans un des coins de la salle oh le peuple était assemblé.

Lettre de Taccusateur public à la Convention.

Réponse un instant après.

Procès-verbal du Luxembourg.

La séance levée à 7 heures.

Le 17 (sic).

En rendre compte.

Leur exécution.

Enfin, ils ne sont plus ces hommes dangereux pour la liberté, puissent tous leurs pareils éprouver le même sort ; Tintrigue a perdu les uns, la soif de l'or et l'ambition ont perdu les autres, et celui-là seul restera qui aimera la Révolution pour elle-même, la vertu et le désintéressement sont à Tordre du jour ; quoi qn*en disent les malveillants, la justice nationale n*a point soif du sang, elle vient de le prouver par la réception qu'elle a faite de deux propositions horribles^ qui ne tendaient qu'à l'avilissement de la représentation du peuple.

Ajouterai-je à tout ce que je viens de vous dire, citoyens, que le Tribunal révolutionnaire a en la satisfaction d'acquitter Lullier, un des accusés ; il a été un des hommes marquants dans la Révolution, mais il était pur et quiconque le sera n*a pas plus à craindre que lui. La Convention vient de nous donner un grand exemple de justice et de rigueur, qu'il nous serve à redoubler, s'il est possible, notre conGance en elle, serrons-nous autour de nos fidèles représentants, disons-leur dans une adresse énergique et en peu de mots : Vous avez encore une fois sauvé la patrie, vous avez bien mérité de tous les républicains, le comité de Salut public mérite ce nom consolant, que les destinées de la République restent dans ses mains jusqu'à la paix, le Tribunal révolutionnaire a bien mérité de nous, qu'il continue de purger le sol de la liberté de tous les conspirateurs, et qu'il ne remette son glaive vengeur dans nos mains que quand le dernier des traîtres aura rendu le dernier soupir.

Le 12 mai 1847, ce rapport, ou plutôt projet de rapport, a été copié sur l'original contenant 12 pages petit in-folio, en marge du

premier feoillet se trooTe écrit d*ane antre main : « par M. Pantin, qni depnis a fait sa conversion très exemplaire et qui est mort à Mayence dans les sentiments da repentir et d*une antre dévotion exaltée jnsqn'à l'ascétisme et la béatitude. »

Extrait des Notes de Topino-Lebrun sur Fouquier-TinviUe.

(Archives de la Préfecture de Police).

(Première feuille)

Plusieurs au moins n'étaient pas dans le cas de la loi.

Les dix du Mans incarcérés.

La guillotine placée. — Les cinquante-quatre chemises ronges. — L'affaire des cinquante-sept du Luxembourg. — Pas en ce moment sur les Carmes. — Citer Petit-Tressin.

Refus d'entendre les déclarations de Westerman sur la Vendée, dans les débats. Savoir quel usage il (Fouquier-Tinville) a fait de celles que son devoir lui ordonnait de recevoir, au moins après le jugement, ce qui, joint avec les vérités que Phélippeau (sic) avait dit, nous aurait épargné le renouvellement de cette malheureuse Vendée.

Les canonniers qui garnissaient le Tribunal, les applaudissements d'alors.

Sa division avec Dumas (1).

Floriau (H) ne l'estimait plus, ainsi que Lumière (3), son organe.

La mise en jugement de Westerman sans forme (4). Il l'a fait sortir un instant avec un juge pour subir l'interrogation.

(i) Dumas (René-François)^ président du Tribunal révolutionnaire de Paris. — R.

(2) Probablement Lescot-Fleariot (Jean -Baptiste-Edmond), substitut au Tribunal révolutionnaire de Paris. — R.

(3) Lumière (Jacques-Nicolas), juré au Tribunal révolutionnaire de Paria. — R.

(4) Sans remplir les formalités légales. — R.

N'ayant point accepté la récusation da juré Renaadin, son ennemi, par Camille (1), ce qui aurait oté le nombre 7, déterminé (2).

Sa présence dans la chambre des jarés (3).

Le peuple habitué à voir péiir des députés.

Depuis TafTaire Danton, la digue patriotique rompue, l'instruction des affaires négligées.

N'avait point fait venir Pache dans l'affaire de Hébert, et n'avait point, par ce moyen, bien examiné l'affaire de la Vendée, etc., dont les chefs, etc.

Camille (4). — « J'ai ouvert la Révolution, et ma mort va la fermer ».

Danton. — « J'ai trop servi, la vie m'est à charge. Je demande des commissaires de la Conv. (5) pour recevoir ma dénonciation sur le système de dictature ». — L'a-t-il fait (6)?

Dans un acte d'accusation : « la Faction des alarmistes », langage de Couthon.

N'ayant point profité des renseignements donnés par les affaires pour extirper les factions, etc., agrandi, généralisé son ministère, au lieu de s'attacher à un si grand nombre de chefs d'individu (sic).

L'ouvrage de Philipeau (7) annoncé par une lettre à sa femme sur la Vendée.

(Deuxième feuille)

François-Jean-Baptiste Topino-Lebrond (sic)j ftgé de trente et un ans, né à Marseille, département des Bouches-du-Rhône.

L'activité de Fouquier dans ses fonctions et sa négligence à donner suite aux affaires des grandes conspirations, soit pour en atteindre les véritables chefs, soit pour en extirper jusqu'aux racines qui ne tardèrent jamais à reproduire de nouveaux malheurs

(1) Camille Desmoulins. — R.

(2) C'est-à-dire le nombre de jurés nécessaire pour qu'un jugement ttt valable et légal. — R.

(3) Il s'agit toujours de Fouquier. — R.

(4) Desmoulins. — R.

(5) De la Convention. — R.

(6) « L*a-t-il fait? » C'est-à-dire Fouquier a-t-il obtempéré à cette demande? — R.

(7) Son rapport au Comité de salut public ou sa lettre à la Convention nationale. — R.

poar la République, m*a tonjonrs para un problème. Par exemple : dans le projet d'enlever la Reine de la Conciergerie et, ensuite, lorsqu'on la conduisait au supplice, l'administration de police, influencée par Hébert et Chaumet (sic), aurait dû rêtre autrement examinée, ainsi que Pache, désigné ensuite comme Grand-Juge dans la conspiration Hébert. Même négligence dans Taffaire Ronsin, Monmoro (sic), Vincent, et celle de Yesterman, mis au jugement en violant toutes les formes, relativement à la Vendée ; ce qui, joint à ce qu'en avait écrit Philippeau, aurait, à coup sûr, empêcbé le renouvellement de cette guerre qui déchire encore aujourd'hui le sein de la patrie.

Fouquier ne m'a point paru sans esprit de parti dans l'affaire Danton : s'il n'a point écrit au Comité de salut (1) sur la prétendue rébellion des aecosés, pourquoi, lorsqu'il a requis lecture de la loi qui les mettait hors des débats, a-i-il dit dans son préambule : attendu la rébellion des accusés ? Pourquoi, le quatrième jour, s'est-il trouvé avec Herman (2) dans la Chambre des jurés pour les engager à déclarer : être suffisamment instruits ?

Au moins, après ce jugement, a-t-il fait droit à ces mots si importants pour notre liberté : Je demande des commissaires de la Convention pour recevoir ma dénonciation sur le système de dictature (3) ?

Ici, s'était {sic) à la Convention qu'il fallait écrire et non au Comité de salut public.

Camille (4) récusa Renaudin, juré (qui l'avait maltraité pour avoir parlé République aux Jacobins), comme son ennemi particulier et comme un soutien du royalisme alors. — - On ne fit aucun droit h cette demande.

La connaissance que j'avais des vues ambitieuses de Robespierre et le besoin d'être utile à ma patrie, me firent observer Fouquier. J'ai acquis la preuve qu'il n'était point agent de ce tyran et qu'il en eût été la victime ; cependant Fouquier a servi la tyrannie (5).

Snr la prétendue rébellion de la société populaire du Mans en

(1) Fouquier a, au contraire^ écrit au Comité de salut public. La pièce est aux Archives nationales. — R.

(2) Président du Tribunal révolutionnaire de Paris siégeant dans Taffaire Danton. — R.

(3) Paroles de Danton. — R.

(4) Camille .Desmoulins. — R.

(5) Mots rayés : « Ce qu'il a fait contre. Il vous dira ce qu'il a fiiit contre. » — R.

faTeurdePhélippeaaz (sic), dix patriotes mis en jugement forent acquittés, aux grandes acclamations da peuple, et la 'guillotine était élevée sur la place de la Révolution tandis qu'on instruisait encore cette affaire. Ces malheureuses yictimes des factions ont été incarcérées et tenues an secret même après la chute de Robespierre.

C'est Fouquier qui a fait mettre les chemises rouges sur les cinquante-deux accusés, dans l'affaire de LAmirat (sic) et de la fille Renaud, nullement prévenus d'assassinat.

Le i8 messidor, instruit que le Comité de salut public avait pris un arrêté pour faire juger en vingt-quatre heures cent cinquantesept individus^ détenus an Luxembourg, je fus en demander la liste à FAccusa. public à dix heures du matin. Il ne l'avait point encore et il me parut rédiger Tacte d'accusation. Sais-tu, lui dis-je, si Antonelle et Real sont du nombre ? — Non, mais si tu as des démarches à faire, dépôches-toi. — Et Dufoumi ? — Pour les Carmes^ pas en ce moment

Il était donc initié dans les projets contre tons les détenus. Je courus au Comité de sûreté générale. Je parlai à Dubarran et Moyse Bayle. Surpris de n'être point instruits par le Comité de salut de cet arrêté, indignés de cette barbare précipitation pour prononcer sur la vie de cent cinquante-sept citoyens, ils me promirent de convoquer l'Assemblée générale du Comité, de demander l'Accusateur public et de mettre un frein à la barbarie. Petit-Tressin, juré au Trib., est témoin de ce fait. Fouquier, de retour des com., entra dans la salle de la Liberté, où l'on dressait les échauffaux (j»tc) (1), donna à Tirard, huissier, la liste des soixante qui devaient être jugés dans le jour, à 1 h. 1/2 du matin, le i9, et dit que les autres seraient mis au jugement en deux fois. Quelle humanité.

Les actes d'accusation m'ont paru outrer, agraver (sic) tonjoors les charges qui pouvaient être portées contre les prévenus ; quelquefois des faits terribles n'étaient nullement fondés sur les pièces au procès, ni sur les déclarations des témoins, et les expressions de faction des alarmistes, etc., inventées par Couthon, me parurent au moins une lâcheté.

(1) Les échafàuds pour installer les Juges ou le public, mais non la guillotine. — R.

(Troisième feuille)

Les notes d* Arthur non signées.

Doplain a dit, lors de la trahison de Damourier, qu'il n'était pas traître, etc.

Le Comité de sorveillance d'Ànet dénonce Lacroix pour avoir receilé (sic) un prêtre réfractaire.

Plusieurs notes et plusieurs lettres.

Voir le Moniteur lors de la Belgique, du 8 mars, sous la présidence de Gensonné.

La déclaration de Miajinski (sic) contre Lacroix et Danton.

Le rapport politique.

Les menées dans la Société du Mans pour Phélippeaux (sic) (la lettre de Garnier de Saintes à la Conv.).

Danton, dans la chambre des accusés, — Moi conspirateur? je b.... ma femme tous les jours. — Mon nom est accoté de toutes les institutions révolutionnaires : levée, armée rév., comité rév., Comité de salut public. Tribunal révolutionnaire ; c'est moi qui me suis donné la mort^ enûn, et je suis un modéré !

Se rappeler le récit de Legendre sur l'offre que lui fit d'Espagnac de lui laisser 50 mille livres sur sa cheminée, attendu que les sans-culottes qui ne sont pas riches doivent partager fraternellement la bourse de ceux qui ont, etc

Auparavant, la proposition à lui faite de 500 mille L., s'il voulait se charger de lire à la Conv. un projet de finance au fai duquel on l'aurait mis en venant tous les matins le lui expliquer pendant huit jours; son indignation. — 8 jours après, voit Chabot à la tribune pour le lire, le menace, et le capucin escobarde, fait une motion insignifiante et ne parle plus du projet.

Liaison de Julien de Toulouse avec Lafaye, Défieux (sic)y etc.

Réflexions importantes sur le jugement de Danton, Camille Desmoulins, etc.,

Par Vilain -Daubigni (Extrait de sa brochure intitalée : Principaitx événements, etc., p. 58-75).

Quelles ruses! quel machiavélisme infernal furent employés pour perdre ces infortunés!...

Avec quelle perfidie profonde leurs lâches ennemis, pour parvenir à les sacrifier, pour satisfaire leur basse jalousie, ont surpris la religion du Sénat, celle du peuple!... Avec quelle audace ils se sont joués de tout ce qu*il y avait de plus sainte de plus sacré chez les hommes!...

Que dira la postérité des hommes libres, en voyant le^ pages accusatrices de l'histoire déplorable du procès de ces fondateurs, de ces pères de la Liberté française, que cent plumes d'airain se sont plu à recueillir dans le silence?... Leur mémoire a déjà franchi l'espace immense qui la séparait d'elle!... Elle vient, escortée des siècles et de la vérité, graver sur le front de leurs assassins, le trait ineffaçable de la haine de toutes les générations des hommes libres!...

Je vais ici consigner deux faits, pris au hasard dans une foule d'autres, qui seuls seront plus que sufQsants pour ne laisser aucun doute sur ce que j'avance, et auxquels je défierai tous les machiavélistes et leurs ennemis de pouvoir répondre.

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