LIVRE DEUXIÈME
Charles X et les principaux argomens de leur défense, il y a lieu, à ces divers titres, d'en présenter une sommaire analyse:
« Une de ces grandes crises que la Providence permet sans doute pour l'instruction des peuples et des rois, dit -il d'abord, a renversé une dynastie, élevé un trône et fondé sur des bases nouvelles une autre monarchie héréditaire. Ce sceptre en éclats, cette couronne tombée , ces pouvoirs élevés sur les débris des pouvoirs détruits , cette réaction tempérée, mais immense, qui embrasse toutes les parties de notre corps politique , offrent à la méditation le plus vaste exemple des vicissitudes auxquelles sont soumises la vie des hommes et celle des états. » Après aVoir décrit les grands changemens qu'une révolution de trois jours détruisant une monarchie de huit siècles avait imposés à la France, l'orateur ajoutait : « Au milieu de tant d'élémens passagers et mobiles, de tant de choses qui naissent de l'action et que la réaction détruit, une seule reste immuable, éternelle, inaccessible aux passions, indépendante du temps et des événemens : c'est la justice. •• C'est cette justice qui peut braver l'histoire, parce qu'elle sait d'avance être impartiale comme l'histoire, devant laquelle se présente un ministre du roi tombé.
un ministre dont le souvenir se mêle à des malheurs, à des désastres, à du sang yersé, dont le nom a été souvent prononcé au milieu de l'irritation et de la colère , et que la prévention elle - même doit enfin sentir le besoin d'écouter. »
Puis, ayant exposé les motifs qui lui avaient fait un devoir d'accepter la défense du prince de Polignac, il traçait à grands traits l'histoire de la monarchie depuis 1827, parlant simplement et noblement de son ministère et du premier échec qui pré- . para sa chute imméritée. « Je ne vis point dans cet accident , continuait-il, un système arrêté d'opposition hostile; je pensai que la lutte n'était sérieusement engagée qu'entre la démocratie agissant vivement dans un système d'empiétement et le pouvoir royal obligé de défendre avec sagesse et fermeté ses prérogatives menacées. Je ne crus pas le trône luimême attaqué, ni la dynastie sérieusement menacée. Mais ce que je n'ai pas cru, d'autres purent le croire. Le choc parlementaire supporté par le ministère donna à ceux dont ce système contrariait les vues les moyens de soutenir qu'il ne remplissait pas les conditions du gouvernement représentatif et n'avait pas une majorité acquise. D'un autre côté, on peignait la presse menaçante, travaillant incessamment