LIVRE DEUXIÈME
à détruire l'édifice social; on montrait l'action toujours croissante exercée contre les élections par des associations avouées; on répétait que cette action était de nature à faire passer avant peu le pouvoir réservé à la chambre élective dans des mains ennemies; on demandait un rempart contre cette invasion imminente et l'on prédisait, en cas de persistance dans le système suivi alors , les plus grands et les plus inévitables malheurs. On évoqua de tristes souvenirs ; on parla des maux que la faiblesse avait causés, du sang qu'elle avait fait répandre, des devoirs qu'imposait à la royauté le soin de sa conservation. Ces paroles trouvèrent de la sympathie dans les esprits occupés déjà des mêmes souvenirs, déjà frappés des mômes craintes, saisis des mômes pressentimens. Le renversement du ministère fut résolu.
tt II existait alors un homme connu par sa longue fidélité, par son dévoûment absolu à la dynastie régnante, par son attachement sans bornes pour la personne du roi Charles X, un homme éprouvé par de grands dangers et de longs malheurs , qui avait rarement habité la France et qui en connaissait peu l'esprit et les dispositions ; mais qui, ayant fait dans un pays voisin une étude constante du gouvernement représentatif, avait réfléchi sur ses élémens
divers, sur son équilibre nécessaire, sur le contrepoids régulier que devait offrir à l'action populaire une aristocratie bien organisée. Cet homme, doué d'une piété sincère , dont les mœurs étaient pures, les manières affables et polies, était toutefois capable de résolution et de ténacité... C'était l'homme auquel on pouvait songer au jour du danger, non peut-être pour le conjurer, mais pour lutter contre lui avec une complète abnégation de soi- même.. • Déjà plusieurs fois Charles X avait voulu l'introduire dans ses conseils. Il avait voulu lui confier les affaires de l'extérieur, dès le commencement de l'année 1829; mais la résistance qu'il éprouva dans le conseil , et que les circonstances expliquaient suffisamment, avait fait aDandonner ce projet. Le 3 août, M. Jules de Polignac fut appelé le premier au ministère des affaires étrangères. »
A cet exposé de la cause succédait un appel éloquent à la justice de la chambre des pairs, rendu nécessaire par les effervescences du dehors contre lesquelles la cour était tenue de se défendre; puis un appel à la clémence, car, sans songer à défendre la politique du dernier cabinet de Charles X, l'éminent orateur s'attachait à démontrer que les coupables avaient déjà reçu un châtiment terrible. Faisant