‹ Le procès des ministresChapitre 18 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

nos intentions. » Ce discours s'acheva dans un silence glacial. M. de Polignac était radieux. Il triomphait. « La chambre est condamnée, » dit M. Royer-GoUard à ses collègues, en descendant l'escalier des Tuileries. Le lendemain, en efiet, il recevait ampliation de l'ordonnauce qui ajournait la session au 1^*^ septembre. Cet ajournement équivalait à une dissolution et ne la précédait que de quelques semaines. Personne ne s'y trompa. Selon le mot du président, il n'y avait plus de chambre.

Pour la première fois depuis le commencement de son règne , Charles X manifestait une volonté énergique et prenait ouvertement parti pour ses ministres contre le pays, sans comprendre qu'il attirait sur lui, par cette imprudente provocation, l'impopularité sous le fardeau de laquelle ils étaient condamnés à périr. Tous les hommes que n'aveuglait pas la passion ou l'ambition déplorèrent cette politique fatale , qui livrait l'avenir à d'inévitables et périlleux conflits.

 l'exception de M. de Polignac, les ministres qui l'appliquaient en étaient également alarmés. Seul, le président du conseil conservait, au milieu des appréhensions de tous, une imperturbable quiétude dont il se plaisait à faire parade dans ses entretiens avec

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les personnages qui venaient le voir. Parlant à l'un d'eux des 221 votans de l'adresse, il disait avec assurance : a Ils n'oseront rien, ils ne feront rien, tout se passera en vains propos ; il n'y a qu'une ébullition à la surface : en soufflant dessus, tout disparaîtra. »

Il appelait ébullition de surface la violente émotion qui s'emparait peu à peu de la France, l'accueil triomphal que, dans tous les départemens, on faisait aux députés dont le vote avait été hostile au cabinet, les banquets qu'à Paris on donnait en leur honneur, l'attitude de la presse et le formidable mouvement de l'opinion s'expriinant sous toutes les formes en son pouvoir. Ces funestes symptômes, précurseurs d'une révolution, ne le touchaient pas, n'ébranlaient pas cette confiance dans sa sagesse et son habileté, qu'il était parvenu à faire partager au roi, et cet aveugle entêtement, qui faisait dire à un Anglais, de passage à Paris : « On dit que Polignac a la fatale obstination des martyrs, genre de courage le plus dangereux de tous. »

Cependant, les avertissemens ne lui manquaient pas; ils lui venaient de divers côtés. Un jour, M. de Talleyrand , auquel il annonçait la prorogation de la chambre, lui répondait : « Ah! vous prorogez! alors

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