‹ Le procès des ministresChapitre 23 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

trompait. La bienveillance dont M. de Villële fut Tobjet cachait le dessein formel de ne pas utiliser ses services. M. de Polignac le redoutait. Il ne voulait pas abandonner le gouvernement. Il comprenait qu'un homme de la valeur de M. de Villële aurait bientôt réduit à rien son rôle et annihilé son influence

sur le roi, et il avait jeté dans l'esprit de ce dernier les préventions les mieux faites pour écarter du ministère ce terrible rival. On peut résumer cet incident en affirmant qu'à cette heure, la monarchie menacée toucha le salut. M. de Villële blâmait énergiquement la politique dé M. de Polignac, et s'il était devenu ministre, en aurait an été sur-le-champ le funeste développement. Cette majorité parlementaire dont M. de Polignac entendait se passer et que l'un de ses collègues voulait former, même à prix d'argent, M. de Villële l'eût apportée au gouvernement. Sur le bruit de sa rentrée, elle était venue s'offrir à lui avec une unaniujiié rassurante pour l'avenir. Une fois de plus, l'influence de M. de Polignac fut fatale à la maison des Bourbons, et tandis qu'il croyait se consolider au ministère en écartant M. de Villële, auquel il n'offrit un portefeuille que par politesse et pour la forme, dans des conditions inacceptables, il assurait sans le vouloir, avec les

meilleures intentions, la chute de la monarchie, à brève échéance. La candidature avortée de M. de Villële fut le dernier effort de Topposiiion constitutionnelle. Il repartit peu de jours après pour sa terre de Morville, en disant : u La monarchie m'a fait l'effet d'une place minée et contre-minée dans tous les sens, que la' moindre étincelle peut faire sauter. » Un mois environ s'écoula qui fut entièrement consacré aux derniers préparatifs de l'expédition d'Alger, et qui ne fit qu'accentuer Timpopularîté du cabinet et ses dissentimens en ce qui touchait la politique intérieure. Ces dissentimens éclataient dans le conseil toutes les fois que le projet de la dissolution était soumis à son examen. Quelques-uns des ministres persistaient à adjurer H. de Polignac de faire connaître quel plan il tenait en réserve pour ressaisir la situation et en rester maître, si la nouvelle chambre était hostile. Mais il ne répondait pas ou répondait évasivement, laissant toujours entrevoir le dessein de recourir à l'article 1 A de la Charte. Néanmoins quand les ministres eurent pris connaissance des rapports des préfets, presque tous favorables à des élections, les partisans de la dissolution l'emportèrent. Ce fut le signal de la retraite de MM. de Courvoisier et de Chabrol, qui n'avaient

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