LIVRE PREMIER
lerai mon successeur dans cet enfer qu'on appelle le cabinet du ministre.
— Que voulez-vous dire? Mais vous nous restez 1 » s'écria le président en exposant à son collègue la nouvelle combinaison. Et comme ce dernier le suppliait de proposer au roi son remplacement immédiat : » C'est impossible^ absolument impossible; le roi ne veut plus entendre parler d'aucun changement, et certes vous ne voudrez pas donner votre démission; une retraite volontaire dans les circonstances où nous nous trouvons paraîtrait si honteuse que Montbel s'est résigné à prendre le ministère des finances qu'il ne voulait pas d'abord et que Chabrol a prié qu'on ne dit pas dans l'ordonnance qu'il a donné sa démission, parce qu'en effet, il n'aurait pas voulu la donner dans un tel moment; d'ailleurs je suis sûr que le roi ne recevrait pas votre démission.
— Je resterai si le roi l'exige, répliqua M. de Guernon-RanvilIe ; mais souvenez-vous que le ministère que vous venez de former n'a pas pour trois mois d'existence.
— Bah I bah I fit M. de Polignac, vous êtes l'homme aux difficultés; vous verrez que nous marcherons à merveille et que tout ira bien. »
Ainsi fut définitivement formé le ministère qui
devait détruire de ses mains la monarchie qu'il entendait défendre et sauver. Le 20 mai, le Moni^ leur publia les noms des nouveaux ministres. Dès ce moment, le cabinet fut ainsi composé : affaires étrangères et président du conseil, le prince de Polignac; justice, M. de Ghantelauze; guerre, général de Bourmont; intérieur, le comte de Peyronnet; finances, le baron de Montbel; affaires ecclésiastiques et instruction publique, le comte de Guernon-Ranville; travaux publics, le baron Gapelle.
Il convient d'ajouter que le général de Bourmont était alors en route pour Alger, à la tète de l'expédition , et ne devait prendre aucune part aux événemens qui suivirent. Trois jours avant la nomination des nouveaux ministres, l'organe officiel avait publié une ordonnance royale prononçant la dissolution de la chambre et convoquant les collèges électoraux : ceux d'arrondissemens et ceux des départemens n'ayant qu'un collège, pour le 23 juin 1830, et les collèges départementaux pour le 3 juillet. Les chambres étaient convoquées pour le 3 août suivant.