‹ Le procès des ministresChapitre 38 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

naces. Des pierres furent lancées contre leur voiture et M. d'Haussez fut légèrement blessé. La présence d'esprit du cocher et Tintervention des soldats de garde au ministère les sauvèrent d'un danger plus grand. A la même heure, le salon de M. de Guernon- Banville était encombré de personnes qui le louaient du parti énergique et « nécessaire » auquel le gouvernement avait enfin demandé la conclusion d'un état a intolérable. »

En résumé , la journée s'était écoulée assez paisible pour encourager l'erreur dans laquelle persistait M. de Polignac, et qui consistait à croire que l'agitation populaire serait insignifiante et de courte durée. 11 s'entêta dans cette erreur jusqu'au dernier moment, apportant dans l'organisation de la répression la plus inconcevable négligence et à ce point aveuglé que le 28, au moment où l'insurrection devenait sur tous les points maltresse de Paris, il envoyait encore à Saint-Cloud des lettres empreintes de quiétude, et faisait répondre à un ambassadeur qui lui demandait un sauf-conduit pour ses gens : « Rassurez Son Excellence. Ce n'est rien que tout cela. Dans deux heures, tout sera fini. » Trois mois avant, il disait déjà des premiers symptômes du conQit déchaîné par sa maladresse et son opiniâtreté : a C'est une ébul«-

lition à la surface; en soufflant dessus, tout dispa-» raltra. »

La journée du 27 s'annonça plus menaçante. Plusieurs journaux s'abstinrent de paraître, afin de n'avoir pas à solliciter l'autorisation exigée pat les ordonnances. D'autres, notamment le National et le TempSy parurent sans cette autorisation, publiant en tête de leurs colonnes la protestation des journalistes; malgré les efforts de la police, ils furent distribués en grand nombre à Paris et expédiés dans les départemens. L'autorité ayant voulu poser les scellés sur les presses des contrevenans, il en résulta une excitation nouvelle que vint accroître encore l'agitation des faubourgs et des écoles. La foule se porta plus malveillante que la veille vers l'hôtel des affaires étrangères. Des bandes composées non-seulement d'ouvriers, mais d'un grand nombre d'individus appartenant à la bourgeoisie, parcoururent les boulevards aux cris de Vive la Charte I A bas les ministres'! tandis que les députés libéraux, réunis chez M. Casimir Perier, s'apprêtaient à prendre la direction du mouvement et à encourager la résistance. Le prince de Polignac se décida alors bien tardivement à faire connaître au maréchal Marmont, venu de Saint-Gloud à Paris, sur Tordre du roi, qu'il était investi du com-

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