LIVRE PREMIER
roandement de la 1'" division militaire, a C'est la plus cruelle épreuve que j'aie faite de la fatalité qui s'attache à moi! » répondit le maréchal, car il se résigna cependant à obéir. La nouvelle de sa nomination acheva d'exaspérer les Parisiens. Une impopularité qui ne peut être comparée qu'à celle du maréchal de Bourmont pesait sur son nom. Les partisans de l'empire l'accusaient d'avoir trahi Napoléon, et cette accusation passionnée trouvait des échos dans tous les partis. Ce fut une faute irréparable du président du conseil de choisir, pour en faire le défenseur de la cause royale, un soldat compromis, sans action sur les troupes, sans prestige sur le peuple. Vainement il a allégué plus tard qu'en le choisissant il avait obéi aux conseils du ministre de la guerre ; la responsabilité de ce choix fatal à la monarchie pèse sur sa mémoire au même titre que toutes celles qu'il ne craignit pas d'assumer. Le duc de Raguse prit possession du commandement à midi, ayant sous ses ordres 11,000 hommes. Dans l'après-midi Paris se soulevait; grossie des nombreux ouvriers que la fermeture simultanée de la plupart des ateliers de la capitale jetait sur le pavé, l'émeute entreprenait son œuvre, et, vers trois heures, le combat s'engageait aux environs du Palais-Royal.
A dater de ce moment, Paris fat livré pendant trois jours à tous les malheurs d'une guerre civile inoubliable, dont nous n'entendons raconter ni les opérations, ni les péripéties. Ces événemens ont trouvé déjà d'éloquens historiens. Ils ne sont d'ailleurs que le prologue du solennel procès auquel cette étude est consacrée, et nous n'en devons retenir que ce qui est nécessaire à faire comprendre, en la justifiant, l'accusation portée ultérieurement contre les ministres de Charles X.
Les journées des 28 et 29 juillet furent les plus meurtrières. Dès le matin de la première, la population de Paris, entraînée par la colère, excitée par les champions des idées libérales, exaspérée par le maintien des ordonnances et l'attitude des ministres, fut debout et armée. Le. choc entre le peuple insurgé et les troupes royales eut lieu sur plusieurs points à la fois. On se battit à Notre-Dame, à la place de la Bastille, au Pont-Royal, au pont de la Grève, à l'Hôtel de Ville, qui fut pris, repris, et demeura enfin au pouvoir de l'émeute. La garde royale et les Suisses se montrèrent héroïques ; mais la ligne ne marchait qu'à regret, et sur plusieurs points finit par déposer les armes, ou même par passer à l'insurrection. Le 29, le champ de bataille s'étendit encore. La rive