‹ Le procès du baiser; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 34 sur 35 · MINA, ALFRED · texte numérisé non relu

MINA, ALFRED

ALFRED j/èrmanf La porte du fond.

Ah I l'on veut que je fasse le mari ! MiPJA , à pari .

Me voilà seul avec luil...

ALFRED

Vous voyez , madame la comtesse , <]ue notre séparation marche bien? t-

MINA

Vous lui avez fait faire un chemin si rapide en si peu de temps î

ALFRED

Oh ! vous m'avez bien aide' un peu.

MINA

Moi , monsieur... Je vous ai laissé faire...

ALFRED

Avec joie , sans doute ?

MINA

Vous y preniez tant de plaisir!.. . Tout nous a prouvé votre indifférence !

ALFRED

Vous vous trompez !... En exécutant mon arrêt , il y avait dans mon cœur de la colère , de l'indignation... et ce n'est pas la même chose que de l'ii-différence.

MINA

Et pourquoi de la colère, de l'indignation contre moi?... est-ce ma faute ?

.\iu : Anglais.

Ils plaidaient; et moi, sans cesse, Toute à la tristesse , Je disais, Dans mes regrets :

« Ah ! qu'on le laisse ! »

Toute à la tristesse , Je disais , Dans mes regrets :

Il Ah ! qu'on le lp.;:..;e !

« Il vaut mieux un joiir, <■ S'il est de retcjr, j^, u Le devoir à sa tendrescc. »

Ils parlaient d'honneur î Moi , d'après mon cœur, Je pleurais, priais sans cesse.

Je disais : « Ah ! qu'on le laisse '( Puisqu'il me délaisse!

« Je ne veux . quelque jour, « Oui , son retour <i Qu'à sa tendresse. »

ALFRED, ému.

Comment, votre cœur me défendait?

MINA

Oui, alors... mais à pre'sent votre cause est perdue... Je ne veux... je ne dois plus vous entendre... Vos paroles... ALFRED , virement.

Elles vous de'plaisent... ah! il faut me le dire.

MICHEL , paraissant à la porte de la chambre.

Ca va bien; allons chercher les te'moins.

{Il sort par la porte du fond.)

ALFKED.

Entre mari et femme on ne se gène pas ; quand ce que dit l'un de'plaît à l'autre, on parle tous les cfeux en même temps. . . Oh ! il y a en ménage une foule de petits moyens très-variés pour ne pas s'entendre.

MÎNA.

Et vous considérez cette entrevue comme un ménage ?

ALFRED

Parfaitement établi ; il n'y manque rien : d'abord , un couple bien d'accord...

MINA

Pour se désunir I

ALFRED

N'importe pourquoi! l'accoi-d y est, c'est le principal... Ensuite une parente un peu vive qui donne des conseils... MINA , V wement.

Monsieur, ma tante ne veut que me voir heureuse !

;> ALFRED

Eh ! ne vous conseillait-elle pas de cacher vos chagi'iris?ne me faisait-elie pas le plus grand, tort en vous obligeant de déguiser, sous des dehors peu favorables, un caractère dont , malgré vous , j'ai deviné toute la bonté.

MIKA

Mais, monsieur, vous ne m'avez jamais parlé .„insi!

ALFRED

C'est que ces choses-là se disent en petit comité. Quand il n'y a plus là un tiers fâcheux qui force un mari comme je le suis , par arrêt du tribunal , qui le for». , dis-je , d'être im.poli , sous peine de passer pour un sot... Comme j'avais à choisir, j'ai pris le ^^^ti de i impolitesse , aimant mieux blesser le cœur de celle qui recevait mon nom , que la faire rougir pour moi.

MINA, à part.

Ce mari-là me rend très-malheureuse , il faudra^le quitter.

ALFRED

En agissant ainsi, d'ailleurs, je ménageais l'amour-propie do M. Michel.

MINA

De AI. Michel !

ALFRED , ai'ec intention.

Il doit vous épouser... Vous l'aimez, je le sais, on me l'a dit; et vous allez me le confirmer, parce qu'entre époux on ne doit rien se cacher.

MINA

Voilà pourquoi vous m'avez si bien déclaré votre tendresse pour mademoiselle de Muldorf.

ALFRED

On me tyrannisait pour que j'eusse un premier tort avec vous , j'ai fait choix du plus facile.

MINA , piquée.

C'est vrai , il vous a été bien facile d'avouer cet amour.

ALFRED

Parce qu'il ne m'engageait à rien auprès de mademoiselle de Muldorf.

MINA

Comment cela?

Elle est engagée à tout envers un autre.

MINA, vii'ement.

Elle est mai'iée ?

ALFRED

Secrètement; je viens de l'apprendre par cette lettre.

MINA

Comment, monsieur, vous voulez vous séparer de moi quand vous ne devez épouser personne?

ALFRED

Au moins , vous n'êtes pas dans le même embarras.

MINA

Mais , pour me parler ainsi , vous ne savez donc pas que mon cousin Michel est un imbécille !

ALFRED

Si fait... Je m'en suis aperçu, mais je n'en disais rien... Il y a de ces vérités. . .

MINA

Apprenez qu'il l'est encore plus que vous ne croyez. . .

ALFRED

C'est beaucoup trop , alors. . .

MINA

Oui , de croire que j'ai pu l'aimer après vous avoir connu !

ALFRED

Mais c'est une déclaration.

Damel vous me l'avez dit, entre époux on ne doit rien se

cacher! Vous le voyez , Mina est toujours la même : petite fille. . . elle suivait les leçons de sa tante. . . Grande dame , elle profite des leçons de son mari.

Alfred , transportée Ah ! puisqu'un baiser a fait le procès , qu'un baiser le termine.

MINA

Plus de procès î

ALFRED , après l'acoir embrassée.

Ah! je suis le plus heureux des hommes. (// tappe dans ses mains.) M. le bourgmestre!

MINA , appelant.

Ma tante ! ma tante !

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