‹ Le procès du Gal. Boulanger-Rochefort-Dillon, devant le Haute Cour deChapitre 11 sur 29 · REQUISITOIRE DE M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

REQUISITOIRE DE M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL

Messieurs, le ministère public a pour habitude, lorsque les accusés sont absents, de ne pas motiver ses conclusions ; il dépose des réquisitions écrites ; les pièces sont remises sur le bureau : cela suffit. Mais aujourd'hui la situation est fort différente. A défaut des gens mis en cause, nous avons leurs incessants plaidoyers venus de loin.

Vous êtes, Messieurs, en présence d'explications et d'allégations qui nous arrivent ainsi par-dessus la mer, en présence d'un dossier qui jusqu'ici a été fermé, et vous avez, je crois, un extrême désir de savoir ce que ce dossier peut contenir.

Le pays, lui aussi, désire que la lumière soit faite; et cependant, jusqu'à présent, on en a été réduit à la connaissance de mon acte d'accusation, qu'à dessein j'ai fait très sommaire, parce que je supposais qu'il ne serait pas impossible'qu'il fût falsifié.

Par conséquent, la Haute Cour se trouve, à l'heure actuelle, dans l'ignorance ; et si'la dignité nous a jusqu'ici commandé le silence, la conséquence en a été qu'aujourd'hui, en face de notre discrétion décente, les accusés ont pris une attitude que je ne veux pas qualifier — je tâcherai de ne rien qualifier dans l'affaire, j 'essayerai seulement d'exposer ; — mais, enfin, les accusés ont pris une attitude qu'il est intéressant, au moins, de faire connaître.

Fuite et contumace.

Ils ont pris la fuite. Ils ont déclaré avant qu'ils étaient les fondateurs d'un parti, — je ne veux pas faire de politique, j'indique seulement quelle a été leur formule ; — ils ont dit, ils ont prétendu qu'ils étaient les fondateurs d'un parti qui serait assurément le parti national, puisque c'est le parti du courage et de la vertu !

Et cependant, nous avons vu les mêmes accusés prendre la fuite au moment oii nous avions seulement le projet de les faire interroger sous le contrôle de l'opinion publique.

Avant de cacher leur personne, ils ont caché leurs papiers;

)rsqu'ils ont ainsi disparu, nous les avons, non pas vus, i entendus, en face de notre instruction demeurée secrète, arer parjures des témoins dont ils ne possédaient même les noms, déclarer fausses des pièces qu'ils n'avaient it lues, et, discutant dans le vide, bien loin de Tobjectif

nous nous étions proposé, répondre à des questions nous ne leur avions pas posées; de sorte qu'il y avait , il faut Tavouer, de quoi égarer, dans de certaines proions, l'opinion publique, d'autant plus qu'ils ne s'en sont tenus là.

3rsque l'arrêt de renvoi a été rendu, nous les avons vus iner, je ne dirai pas la compétence, mais la dignité du it convoqué en Haute Cour de justice ; nous les avons vus quant, sous le prétexte d'en appeler au peuple, je ne sais le juridiction impossible, déclarer dans leurs manifestes îar c'est par des manifestes qu'ils ont plaidé — nous les is vus déclarer que leurs juges passeraient en cour sises; et, tous les jours, encore aujourd'hui, sur le seuil 16 de cette salle d'audience, promettre au magistrat qui lonneur de faire ici son devoir, le traitement que l'un X, jadis, si l'histoire est Adèle, a infligé au président Jean.

h bien ! Messieurs, est-il possible, dans ces conditions, roire que nous puissions répondre à une pareille défense onfondre de pareils accusés par le silence ? 3 ne le pense pas, quant à moi. Je ne crois pas qu'il soit ;ible de dire, aujourd'hui comme d'habitude, que le )t d'un dossier clos sur le bureau d'une chambre du îeil soit suffisant pour éclairer les juges qui veulent bien aire l'honneur de m'écouter et pour éclairer derrière eux nion publique. Aussi, j'ai voulu déroger à l'usage, sans i' cela, Messieurs, rompre en quoi que ce soit avec la

stricte légalité.

) me suis promis d'ouvrir pour vous ce dossier, et aud'hui j'ai la prétention de tout prouver ; j'ai la prétention Dut vous dire, et je suis convaincu que dans quelques 'es la lumière sera faite d'une façon éclatante : j'en prends ^agement.

3ci étant dit, sans vouloir m'étendre dans le moindre mbule, je me permettrai seulement d'ajouter qu'en vous

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