DE LA LETTRE AUTOGRAPHE DE M. BOULANGER AU DUC D*AUMALE
is ces portraits, envoyés en France, avaient pour but ver au résultat final, c'est-à-dire, non pas à la difi des lumières, mais des traits du général et étaient iés sans doute à produire des manifestations qui de- > conduire fatalement à un plébiscite.
Côté occulte du complot.
à le côté extérieur du complot ; voici maintenant le côté
vais d'abord mettre sous vos yeux une lettre absot confidentielle, puisqu'elle était écrite par le ministre guerre à une femme, et vous montrer que cette lettre évélatrice de menées souterraines et secrètes. La voici. >se, bien entendu, tout ce qui commenr,e, tout ce qui 5t vous me rendrez cette justice que je le passe par 3Ût et par système de discrétion, car cette lettre n'est jolée dans nos collections judiciaires, et, si j'étais un ; organes du ministère public chercbant par tous les is à frapper un homme et à doubler une accusation de 3récis bien qu'inutiles, je serais tenté d'ouvrir dans îsier une liasse qu'il ne serait peut-être pas sans t de consulter, parce qu'elle vous révélerait qu'elle a corruption des mœurs de Boulanger.
3 je ne le ferai pas, et je ferai passer sous vos yeux ettre uniquement parce que je me place à un autre ie vue. Si je lis cette lettre, adressée à X..., je ne nompersonne, je ne nommerai même pas la personne, dont n m'appartient cependant, car il s'agit d'un homme t présenté comme sollicitant une entrevue secrète et •ne.
ne contenterai de dire — vous verrez la lettre si vous 1, messieurs, lorsque vous vous constituerez en chambre iseil pour délibérer : « Si M. de X... veut me voir, je û le recevoir demain soir, vendredi, au ministère.» à présent, ce n'est pas étonnant, mais il ajoute : «... à leures et demie du soir. A cette heure, il n'y a per- » Puis : « mais il est bien entendu que c'est lui qui déne voir. Pas d'imprudence, n'est-ce pas ? » La fin de
la lettre nous importe peu et nous inspirerait à tous un même sentiment que nous n'avons pas envie de laisser percer.
J*ai donc tout ce qu'il me fallait ; à savoir qu'il s'adressait même à des femmes pour donner au ministère des ren-^ dez-vous à des personnes fort recommandables, mais qui ne voulaient venir dans le cabinet que pour y avoir le têteà-tête de onze heures et demie, « à l'heure, dit-il lui-même dans sa lettre, où Ton est certain de ne trouver personne. »
Je dis que ceci me révèle, par voie d'induction, ce cheminement parallèle, ce cheminement secret dont je vous parlais tout à l'heure.
Chute du ministère.
Ayant donc dit cela, j'arrive maintenant au moment où Boulanger tomba du ministère. Il était ministre aux environs de janvier 1886, il est tombé du ministère le 17 mai 1887. La crise ministérielle s'est infiniment prolongée, et le ministre qui devait succéder à Boulanger n'a pu prendre effectivement possession de l'hôtel de la rue Saint-Dominique que le âl mai, quoique le cabinet fût tombé depuis plus de deux semaines.
Je vous indique ces dates, parce qu'il m'arrivera à plusieurs reprises, au cours de ma discussion, de vous parler de la chute du ministère ; il m'arrivera de vous parler de Boulanger ministre in extremis et de Boulanger au lendemain de son départ.
Il est donc bien établi que lorsque Boulanger a quitté le ministère, ie complot était ourdi. Dès le lendemain, je vais vous en faire toucher du doigt le fonctionnement.
Ah! on n'établit jamais un complot à son origine, parce que le complot c'est le secret ; parce que ce qui constitue le complot, se sont les ténèbres, et que jamais l'œil étranger ne peut arriver à percer ces ombres épaisses pour aller trouver les gens qur méditent et préparent le mal dans la nuit.
Mais lorsque le complot est organisé, il se manifeste, et alorç, lorsque vous voyez ses origines, lorsque vous voyez ses ressorts qui agissent, alors vous trouvez qu'il a prouvé le mouvement en marchant, comme disait l'ancien, et à
ce moment vous dites: Il y a complot démontré, parce qu'il y a démonstration des etîets de ce complot.
Eh bien, lorsqu'il a quitté le ministère, le complot était ourdi d'avance, la bande existait, et je ne serai pas bien longtemps avant de faire entrer en scène ceux qui en ont été avec Boulanger les auteurs principaux.
Messieurs, vous sentez bien, vous devinez bien au ton que je prends depuis que j'ai l'honneur de parler devant vous, que je ne suis pas un magistrat cherchant à passionner le débat et à faire en quoi que ce soit de la politique; je me préoccupe seulement de l'application des lois, et en. fait de pohtique, je n'ai qu'une idée: Y a-t-il en France un gouvernement légal ? À-t-on cherché par des moyens illicites à détruire et renverser ce gouvernement ? Voilà toute la question.
Jamais je ne sortirai de ce cercle. Mais j'ai bien le droit, quelle que soit la discrétion que j'y apporte, j'ai même le devoir de vous indiquer que, lorsque Boulanger était au ministère, lorsqu'il avait son portrait en Cromwell accroché jusque dans les chaumières, à ce moment-là, lui et les gens qu'il recevait dans des conditions si mystérieuses, n'étaient séparés du pouvoir que par quoi?... Par un échelon à franchir !
Presque en face de la rue Saint-Dominique, il y avait un autre palais occupé par un octogénaire ; et, entre ces deux palais, il y avait place pour tous les rêves, pour tous les désirs ; et, peut-être, comme cela arrive fréquemment en matière de cupidité successorale, on regardait l'homme de quatre-vingts ans pour voir si sa taille n'était pas plus courbée, et si l'échéance n'était pas prochaine.
Nous le savons; et dans mon acte d'accusation j'ai énoncé un fait qui n'est pas établi par des pièces écrites, mais qui est bien connu de tous ceux qui sont au courant des choses françaises. Il y avait un homme, et il existe encore, grâce au ciel, qui était le général en chef des forces de Paris.
On a voulu l'éloigner, obtenir son départ !
Celui-là, il le savait, et nous le savons tous, en face de combinaisons criminelles, il serait toujours un obstacle. Et devant les dangers du dedans, comme devant les périls du
dehors, ce sera toujours sa noble poitrine qui sera placée au premier rang 1
On n*a pas pu obtenir son départ ; on a été obligé de compter avec le temps, avec Timprévu!... Et de môme qu'on écrivait à Buret, do Tunis : « Il y a des moments où il faut savoir attendre », on s'est dit la même chose à la rue Saint-Dominique, et on a attendu 1
Calomnies antipatriotiques.
Puis, la politique, dont je n'ai cure, s'est emparée de Boulanger; il est tombé inopinément ! Qu*a-t-on fait alors? On a fait une campagne qui m'appartient au point de vue de l'accusation, parce que c'est le sieur Rochefort qui Ta conduite; on a fait une campagne pour crier à la France : « Insurgez- vous ! Empêchez à tout prix Boulanger de quitter le ministère ! . C'est lui l'homme sauveur ! C'est le seul qui puisse diriger nos armées et ramener Tâge d'or en* France! Il faut imposer son maintien au Gouvernement coûte que coûte! »
Les ai'ticles les plus séditieux, les plus coupables sont sortis chaque matin de la plume d'un homme que, tout à l'heure, je vais vous faire connaître! A ce moment, on a même essayé de faire mieux; on a fait imprimer des pétitions séditieuses dans lesquelles on a traité — elles figurent au dossier — le gouvernement français de ministère prussien. On a dit que nous étions les laquais de l'Allemagne. Et M. Boulanger n'a pas eu — c'est là que je trouve le crime — un mot de protestation indignée, un de ces bonds involontaires d'honnêteté qui clament et s'opposent à certaines infamies débitées.
Il n'a pas dit : Non, je ne veux pas qu'on dise cela de ma part, je n'accuse point les Français d'être les alliés des Allemands; si c'est ainsi que vous voulez me défendre, si c'est ainsi que vous voulez me faire de la réclame, si c'est par cette voie que vous voulez m'amener à l'Elysée, j'aime mieux n'y jamais mettre les pieds, parce que je ne veux pas qu'on prononce en mon nom des paroles impies, et qu'on crache sur la France dans l'intérêt de Boulanger.
Il n'a pas dit cela; et s'il n'a pas dit cela, voulez- vous
que je vous dise ma pensée ? Eh bien, ce jour-là, cet homme était un conspirateur, un soldat dévoyé, un grand coupable. Il a laissé faire, et on a répandu dans le public, dans toutes les agglomérations ouvrières, agricoles ou autres, des pétillons séditieuses, et j'ai dans mon dossier — je les ai bien comptés, — 12 télégrammes tendres du général Boulanger qui remercie ces séditieux de leurs paroles odieuses.
Savez- vous pourquoi on faisait cela?
C'est que, en quittant le ministère, on quittait le marchepied du pouvoir, on quittait ce levier qui allait permettre peut-être d'obtenir ce résultat matériel que l'on croyait déjà tenir à si faible portée et l'on était rejeté dans l'incertitude et dans l'inconnu:. Voilà ce qui s'est produit. Voilà qui est connu; nous avons les télégrammes de M. Boulanger; nous avons les articles de Rochefort; nous avons les signatures collectives qui sont autant d'insultes, je ne veux pas dire pour notre Gouvernement, mais pour ma patrie.
Voilà ce qui s'est produit lorsque Boulanger a quitté le ministère.
Mais pourquoi donc disait-on que cet homme était la providence de la France et. que sans lui notre patrie était perdue? Qu'avait-il donc fait? On nous a souvent dit, d'après lui, qu'il avait au ministère si bien organisé la défense et si bien relevé la place où planter notre drapeau, que nous pouvions le considérer comme le restaurateur de la patrie.
Œuvre militaire de Boulanger.
On y revient encore aujourd'hui. Est-ce que ces plaintes étaient fondées? Est-ce que l'acceptation par lui sous forme de télégramme de toutes ces protestations, avait une raison d'être? Car, enfin, on pourrait dire qu'il a été de bonne foi. Gomment! Boulanger a-t-il donc été à ce moment, et comme ministre, le restaurateur de la patrie? Je ne veux rien juger; je vais laisser parler des généraux français, nos témoins, qui vont vous parler avec le tact, avec la discrétion attristée qu'ils ont apportée au cours de leurs dépositions, écrites, mais qui, sentant, comme des honnêtes gens, qu'il fallait rendre hommage à la vérité, sont venus nous apporter certains documents, certains renseignements dont l'utilité,
dont rimportance est frappante. Par exemple, M. Boulanger a toujours dit qu'il avait organisé un système de baraquements dans TEst qui à lui seul pouvait lui mériter une place au Gapitole.
Que dit le général Ferron? Aucun de vous n'ignore qu'il a été le successeur de M. Boulanger comme ministre de la guerre :
Au ministère, dit-il, mon attention a été appelée sur le service de l'habilleinent. En examinant la situation de ce service, je n'ai constaté qu'une irrégularité relative à la confection des bourgerons de laine (200,000) destinés aux bataillons des réservistes territoriaux.
Afin de mieux conserver le secret sur la formation de ces bataillons,' le général Boulanger, sans entretenir la commission de Tarmée ni la commission du budget, avait fait confectionner ces bourgerons sur les fonds du budget extraordinaire de l'armée.
J'ai constaté que ces baraquements avaient été construits dans de bonnes conditions, qu'ils étaient même confortables et que les travaux avaient été adjugés avec des rabais variant de 7 à 19 p. 100 au-dessus des prix des bordereaux des places.
Une faute pratique, grave, avait toutefois été commise dans leur construction; on avait eu le tort, malgré les avis donnés, de les entreprendre un mois avant les élections du parlement allemand. Cette imprudence habilement exploitée a contribué à augmenter considérablement la majorité du prince de Bismarck.
Je n'ai pas besoin de vous lire la suite; mais je vou? montre par cette déclaration que le général Ferron a constaté deux choses, à savoir le bon aménagement matériel des baraquements de l'Est, et la parfaite inopportunité de leur • construction, parce que, par suite d'une maladresse grave, et malgré les avis donnés, on avait eu l'air de les construire par bravade, en face d'un peuple, je ne dis pas ennemi, mais d'un peuple étranger qui, toujours prêt à examiner de près nos actes et à tirer avantage de nos fautes, avait considéré comme un défi cette construction intempestive.
Mais si j'avais voulu continuer la lecture de la déposition du général Ferron, — elle vous aurait fait connaître encore autre chose qui n'est pas sans importance, à savoir que si Boulanger a fait construire des baraques, il n'a jamais mis un soldat dedans et que c'est le général Ferron qui, par suite d'un travail et d'une sollicitude qui a été moins tapageuse, mais plus pratique, est arrivé ensuite, quoique les dangers pouvant se produire de l'autre côté de la frontière fussent
aussi grands au point de vue des susceptibilités à éveiller, à y placer sans bruit, au seul point de vue patriotique et sans avoir fait vendre nulle part son image, 25,000 hommes qui représentaient la défense nationale de certains points. Voilà donc, en ce qui concerne les bai'aquements, vous le voyez, une exagération que je ne veux pas qualifier, mais qui assurément ne saurait convenir à un général français, à Taide de laquelle le général Boulanger est arrivé à se faire représenter, au moment de la crise ministérielle, comme Thomme nécessaire.
Le fusil Label.
Il y a autre chose : il y a le fusil Lebel. Dieu sait si on nous a parlé du fusil Lébel, et si, depuis plusieurs années, il nous est possible d'ouvrir, d'une main inoffensive et ne cherchant qu'un instant de loisir innocent, une feuille publique quelconque, sans nous heurter à un factum ou à une lettre de M. Boulanger nous parlant du fusil Lebel ou de l'affaire Schnœbelé.
Eh bien, nous allons voir ce que vaut cette question du fusil Lebel, et c'est l'homme le plus compétent de l'arniée française en matière d'armement — je ne diminue pas les autres généraux en disant cela — c'est le général Gras qui va renseigner la Haute Cour.
Voici ce que dit le général Gras :
Le ministre désirait que la commande de 30,000 armes du nouveau modèle, donnée à la fin de septembre 1886, fut terminée en avril 1887. Or, quelle que fût l'impulsion donnée aux manufactures d'armes, quelques procédés de fabrication qu'on employât, ce résultat ne pouvait pas êlre obtenu. A cette date, il n'y avait encore, — remarquez-le bien, on nous a parlé de centaines de mille fusils, — à cette date, il n'y avait encore que 2,500 fusils entièrement terminés; mais un grand nombre de pièces étaient en magasins et, dix semaines plus tard, c'està-dire le 15 juin suivant, — il avait quitté le ministère le 30 mai, — la commande de 80,000 armes était livrée.
Plus tard, sous le ministère du général Ferron, on a essayé de faire croire que la fabrication avait été ralentie. C'est une erreur.
Pour réaliser le desideratum du général Boulanger, on avait employé des procédés exceptionnels et applicables à une petite commande, mais inadmissibles pour une commande considérable.
Il a donc été nécessaire de régulariser la , fabrication et de faire sortir les armes complètes de chaque manufacture.
La dernière phrase est celle-ci :
D'ailleurs, vers la fla du ministère du général Boulanger, la production journalière était plus apparente que réelle, attendu que les pièces étaient déjà confectionnées et qu'on n^avait plus qu'à opérer le montage.
C'était encore un trompe-rœil, et s'il y a eu de ce côté de bonnes intentions, je veux bien le reconnaître et je suis tout prêt à m'incliner devant elles, j'ai du moins le droit d'ajouter que le général Boulanger ne pouvait arriver à ne pas rendre suspectes ses bonnes intentions par la façon dont il a cherché à battre monnaie avec des résultats qu'il a représentés comme ce qui alors n'était que des espérances.
Par conséquent, à ce point de vue comme au point de vue des baraquements de l'Est, il n'a rien fait que ce qu*ont fait les autres ministres et encore.
Voilà, messieurs, ce que j'avais à vous dire sur ce point qui, à mon sens, ne manque pas d'intérêt. Il en manque si peu, qu'en 1888, beaucoup de journaux qui se piquent d'être importants, et auxquels je ne veux nullement contester leur importance, ont fait une campagne des plus vives contre le général Boulanger pour soutenir qu'il n'avait au sortir du ministère de droit qu'à un seul titre, celui de désorganisateur. Et j'ai là au dossier — je ne vous le lirai pas — un article de plusieurs colonnes du journal le Figaro, qui assurément fut le plus cruel dans l'exécution militaire de l'ancien ministre.
Il est vrai que c'est vers cette époque que le général Boulanger, qui avait déjà un certain amour pour les courtisans, mis de mauvaise humeur par l'article du Figaro, écrivait ceci à une dame :
« Ma chère petite, les gens du Figaro sont des coquins, et toi tu es une bête si tu les crois.
Rochefort. .
Je vous ai expUqué, messieurs, que le journal V Intransigeant a commencé à cette époque, une campagne qu'on peut appeler une campagne séditieuse en faveur du maintien, quand même, du maintien imposé du général Boulanger au ministère, le Gouvernenrent étant menacé même de désordres s'il ne se soumettait pas à son rappel.
3 époque que Rochefort apparaît dans qui naturellement lui. est propre, celui ^oque par la voie de la presse, dans la dernière loi sur la presse, de révoit cette provocation quand elle est à Tassassinat nu à la tentative d'attentat il y a un article du code pénal qui enspéciale, aux termes duquel sont comont aidé, qui ont assisté l'auteur du ont donné des instructions pour le com-
r, à partir d'aujourd'hui, le sieur Rochea main et donnant dés rendez-vous, ordre, incitant, non seulement au tuîis à tous les actes de la conspiration e laissent aucun doute sur sa connivence u Nous voyons le sieur Rochefort^ qui, parfaitement honorable, M. Alibert, est une fois, frapper à. la caisse boulangiste et en a retiré, un jour, une somme de
tre témoin, un journaliste de Rouen qui, ochefort, un jour où celui-ci ne jouait 5U de lui cette déclaration: « Boulanger moi et il ne fait rien sans me consulter. »
avec ce point de départ, suivre, à partir )mmes arrivés, le sieuf Rochefort dans ransigeantj et si je vous le montre, à ctes, même des actes d'embauchage de 'opos de tous les mouvements dans la i peuvent être considérés comme de iratoires, même ceux qui doivent être es tentatives d'attentat, si je le trouve irrànt la pensée de derrière la tête de rendez-vous à sa tourbe, et faisant 3it, à une certaine heure déterminée par •0 de la veille, il se trouvera là des it de désordre, il y aura là une guerre cher en main, à la police, je vous aurai 'er, s'il a eu d'autres lieutenants, a eu
Rochefoi't pour lieutenant principal, et vous n'en serez pas surpris, parce que riiistoire de Rochefort n'est pas à faire. ,
Rochefort et Déroulôde.
J*ai, peut-être^ puisque mon devoir est fort étendu, à vous donner, messieurs, des renseignements, renseignements écrits — je n'en connais point d'autres. — Je vais vous en donner deux qui seront vite portés à votre connaissance; le premier, c'est que Rochefort s'est trouvé en^ contact avec un homme dont je parlerai incidemment plus tard, qui lui serre la main aujourd'hui, M. Déroulède.
Un jour, Rochefort a cru possible — j'ai là les journaux sous la main — de déclarer M. Déroulède criminel parce que, officier français, il avait coopéré à la reprise de Paris contre Tinsurrection.
M. Déroulède a peut-être changé d'opinions depuis, je n'ai pas à rechercher ses opinions ou ses variations, mais M. Déroulède, à cette époque, avec une fierté noble, a trouvé que défendre Paris en 1871, c'était aussi bien le devoir d'un soldat que de l'avoir défendu en 1870 ; il s'est vanté de s'être battu dans les rues de Paris, comme il avait le droit de s'être battu bravement à Montbéliard, et en réponse à l'injure de Rochefort il s'est borné à lui montrer tout simplement, comme on a l'habitude de le faire avec cet homme, un peu de son mépris; il a passé son chemin et il lui a dit dans cette lettre que voici : « Je n'ai fait fusiller personne pendant la Commune, n'ayant jamais trouvé derrière les barricades que de pauvres Français que* vous y envoyiez, sans les suivre. »
Voilà ce qu'a fait M. Déroulède, voilà le jugeihent porté sur Rochefort. Je n'en veux pas d'autre, et à Rochefort, dont je montrerai tout à l'heure la criminalité, j'attache cet article signé Déroulède comme un casier judiciaire.
Il y a autre chose. J'ai voulu savoir, moi, ce que Rochefort a fait à l'époque où Déroulède se conduisait bien, et j'ai trouvé, messieurs, la phis grande infamie que j'aie rencontrée dans ma vie judiciaire. Et aujourd'hui Rochefort au nom... d'un chef de parti qui prétend avoir le monopole du patriotisme, Rochefort joue de la lyre patriotique; pour noua
injurier, il nous traite d'Allemands et, pour saluer son maître, il l'appelle « général Revanche I »
Un article du « Hot d'Ordre » de 1871.
Ah î dans quelle bouche se trouvent de pareils compliments, de pareilles insultes? Je vais vous le dire. Dans la bouche d'un homme qui, en février 1871, alors que nous, les Pari- < siensj nous les pauvres soldats, nous étions obligés de laisser tomber nos fusils à terre, alors que les Allemands campaient autour de Paris, alors que s'organisait cette abominable salurnale qui devait être leurdernière joie, écrivait les lignes que je vais vous faire connaître.
C'est à ce moment que Rochefort prit la parole, dans un article dont je vais vous lire la moitié. Ce sera sa condamnation. « Rochefort, en février 1871, Thomme à qui un général français. Boulanger, serre la main , Rochefort s'est donné pour tache, avec ce ton railleur, ce ton gouailleur que vous lui connaissez, d'insulter la patrie vaincue et l'armée prisonnière. »
Ah! c'est bon à faire savoir, cela, parce qu'il faut que le pays connaisse ces gens-là, et jusqu'au bout j'aurai le même soin de les faire démasquer. Eh bien, voici l'article du nommé Rochefort, et quand je l'aurai lu, — je le dis ici, c'est la seule parole violente que j'aurai à prononcer ! — lorsque vous aurez entendu cet article, je n'en parlerai plus, parce que le dégoût me clora la bouche.
Les Allemands sont Incontestablement atroees , Bismarck médite d'ouvrir avec nos dépouilles le mag^asin des tOO^OOO pendules, von Holtke, von 1/Vœrder, tons von d'Outre-Rhin nous font payer les heures d'armistice dont nous avons besoin, comme un limonadier fait payer les heures de billard; ils ont dévalisé nos fermes, crevé n€»s toitures, ils ont tout volé^ tout fusillé, tout violé; eh bien, c'est À peine si ces assassins et ces chapardeurs ont commis la moitié des crimes dont les armées françaises se sont rendues coupables avant de donner leur démission à Sedan»
N'est-ce pas qu'il est bien flétri par tout le monde, par tous ceux qui ont un cœur français dans la poitrine, le misérable qui a écrit ces lignes !
Je continue :
lies Allemands en Franee ont fusillé les maires de \Hlége qui ne pouvaient payer les contributions de i^uerre auxquelles ils avaient été taxés, les Français au ilexique ont pendu des patriotes qui refusaient do prendre au sérieux Tautorité d*un nommé Bazalne qui B*est illustré de» puis sous les murs de Metz. Les Allemands ont emporté le s meubles du château de Salnt-Cloud ; les Français sont allés Jusqu'en Chine Toler les én&aux, les brûle-parfums du palais d'Été $ les Allemands ont mis le fen aux meules de blé pour couper court k tout ravitaillement, les Français, dans les campafipnes d'Afrique , coupaient les oreilles aux femmes arabes pour s*éTlter la peine de détacher les anneaux qui pendaient après S
Ah! croyez-le, au point de vue de la salubrité publique, il est bon que ces choses-là soient connues. Est-ce tout ?
Nos vainqueurs ne sont pas plus cruels envers nous, que nous n'avons été féroces envers nos vaincus, et nous ne déblatérerons Jamais autant contre les Prussiens de 1894 que ceux de 1813 n'ont déblatéré contre nous...
Voilà, messieurs, Henri Rochefort. Il est cloué là, et personne ne Ten déclouera jamais.
Rochefort et Boulanger.
Le réquisitoire établit maintenant, avec la série des articles de Y Intransigeant, que Rochefort n*a pas cessé d'être l'auxiliaire de Boulanger et a travaillé Topinion publique en France, de façon à la troubler, soit pour que son maître restât ministre, soit pour que, cessant d'être ministre, il devînt une menace perpétuelle pour Tordre public.
On a offert un commandement au général Boulanger ; il l'a refusé.
M. le général Ferron, qui a été chargé de le lui offrir, nous fait savoir dans quelles conditions ce commandement lui a été proposé.
Conformément au désir exprimé par le président Grévy, dit M. le général Ferron, j'ai offert au général Boulanger le commandement d'un corps d'armée. J'étais heureux des intentions du chef de l'Etat à l'égard de mon prédécesseur, parce qu'elles étaient conformes aux sentiments d'amitié et de reconnaissance — que j'avais encore pour lui, sans toute-
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fois approuver les mesures qu'il avait cru devoir prendre paur la mobilisation de nos armées.
M. Boulanger a répondu à la proposition du commandement qui lui était faite en me priant de le laisser en disponibilité pendant quelques mois, ajoutant qu'il viendrait lui-même me demander un corps d'armée lorsqu'il aurait mis ordre à ses affaires. -— N'oublions pas cela. — A la fin du mois de juin, le gouvernement, préoccupé des agissements du général Boulanger à Paris* ^- le général recevait à l'hôtel du Louvre un nombre considérable de personnes et il était chaque jour accompagné par un nombreux état-major d'officiers dans sa promenade au bois de Boulogne, — m'invita à lui donner un commandement en province.
J'insistai auprès du Président de la République et de mes collègues pour que ce commandement fût un commandement de corps d'armée. Mes raisons furent comprises, et le général Boulanger a été nommé au commandement du 13« corps d'armée, à Glermont. Il prit possession de ce commandement le 10 juillet.
C'était une grande faveur pour un homme qui était arrivé — le duc d'Aumale en sait quelque chose — général au choix très jeune, le plus jeune de tous, alors que de vieux commandants, de braves et héroïques lieutenants-colonels de 1870 n'avaient pas obtenu ce grade.
Très peu de temps après, il est nommé général de division. Il se trouvait certainement le plus jeune de sa situation, c'était un grand honneur de commander un corps d'armée. Il refusa, et nous savons que, lorsqu'un mois après, Boulanger fut nommé d'office, Rochefort présenta cette nomination comme une disgrâce et déclara que le malheureux Boulanger était, un déporté ; et voici, messieurs, l'arlicle de V Intransigéant, qui est bon à connaître :
Le ministère a enfin pris un parti énergique; il vient de déporter le général Boulanger. Seulement, comme il lui eût été difficile de trouver un conseil de guerre pour le condamner à cette peine afflictive, on l'a déporté sans, jugement; on lui a désigné comme lieu de détention les montagnes de l'Auvergne.
Gela continue. Je vous fais grâce, bien entendu, du reste ; mais l'article était si bien écrit sous la dictée de Boulanger qu'on donnait l'heure même à laquelle il avait reçu le pli ministériel le nommant.
A Clermont-Ferrand
Boulanger quitte Paris et se rend à. Clermont-Ferrand, on dira plus tard dans quelles conditions. A Clermont-Ferrand, il pread
aussitôt pour agent un nommé Baillières, ancien fonctionnaire de la Commune, ancien déporté, ami de Rochefort. La conspiration continue. Le commandant du là* corps d'armée correspond en chiffres avec ses agents de Paris. .
Lorsque Boulanger s'est établi à Clermont, immédiatement il a correspondu par dépêches chiffrées. Ces dépêches se trouvent expliquées par des codes qui en donnent la clef, et nous en ont ainsi permis la traduction p^rlielle ; mais, par suite de raffinements extrêmement curieux, indiquant une grande force d'intelligence, Dillon était parvenu à les rendre à peu près indéchiffrables.
C'est à tel point, messieurs, que, jusqu'à Tépoque très récente où une perquisition heureuse nous a fait saisir la cantine du général Boulanger et, sous ses paquets personnels, la collection des codes, il avait été impossible de traduire la moitié, tout au moins le tiers de ces dépêches chiffrées. Comment y est-on arrivé? Parce que, dans cette bienheureuse cantioe qui contenait des secrets curieux, nous avons trouvé en particulier une grande lettre manuscrite du sieur Dijlon qui faisait la leçon à chacun et qui, par des formules quasi algébriques, livrait à chacun un procédé indéchiffrable de correspondance.
G*est bien, je crois, un acte de complicité de complot que celui de la fabrication de ces pièces, qui ne peuvent servir qu'à des conspirateurs; et alors j*ai le droit de dire qu'en rencontrant ici Dillon qui commet ces actes, je rencontre Dillon complice.
Arthur Dillon
Il faut dire maintenant quel est Dillon, principal complice de Boulanger. Dillon a trouvé que l'acte d'accusation avait été sévère pour lui. Le procureur général va laisser la parole au dossier, qui dira tout.
Nous avons d*abord une déposition de témoin. C'est la déposition d'un sieur Alibert, dont je vous ai parlé tout à l'heure. On ne trouve peut-être pas partout le témoin bon. Mais il a prêté serment, et, sous la foi du serment qu'il a prêté, il m'offre plus de garanties que ceux qui n'osent pas même venir ici apporter de simples allégations et qui ont
prêté tant de fois dans leur vie d^s serments pour les violer. Mais, si la déposition du témoin Âlibert ne semble pas suffisante, je veux bien la passer sous silence, d'autant plus que tout ce qu'il nous dit se trouve confirmé par ce que d'autres personnes vont nous apprendre. Et alors, autant pour gagner du temps que pour prouver que mon témoin n'est pas indigne de foi, je vais arriver à la lecture d'un rapport qui, je crois, lui, ne laissera rien à désirer.
M. Dillon (Arthur),est né a Paris le 18 mars 1834. Après le décès de sa mère, il a. épousé, le 18 février 1882, une demoiselle X... — peu importe le nom; — tous deux ont reconnu, afln de les légitimer, deux fils, Tun né de M. Dillon et de mère inconnue, l'autre né d*une demoiselle X... et de père non dénommé. Avant son mariage, M"*» Dillon habitait Bordeaux et était, dit-on, chanteuse au Grand-Théâtre...
Ici, aucun devoir ne me forcera de vous lire la fin de cette phrase, je prierai seulement les membres de la Haute Cour de vouloir bien la lire en chambre du conseil pour être édifiés tout à fait sur le compte de M. Dillon :
... En sortant du service, — c'est un autre ordre d'idées, — M. Dillon s'inlalle rue de Lévis ; il avait chevaux et voitures et menait un grand train de vie. On prétend, il est vrai, que sa maltresse qui demeurait... lui venait souvent en aide par des prêts ou des dons en argent ; on a même dit qu'il vivait complètement à ses dépens...
... Au bout de deux ans de celte exiitence, il fut traque par ses créanciers et déménagea. Son propriétaire fit saisir ses chevaux et ses équipages en garantie d'une somme -de 500 francs qui lui était due.
En quittant cette adresse, il alla demeurer chez sa maîtresse qui, bientôt après, le congédia, parce que, prétend-on, il dépensait trop d'argent et qu'elle ne pouvait suffire à ses exigences.
Celte rupture accomplie, M. Dillon, se trouvant sans ressources, se réconcilia avec sa mère qui demeurait alors dans telle rue, où il trouva la table et le logement.
Ce genre de vie lui convenait peu, et, pour être plus libre, il loua, à l'insu de sa mère, rue Jean-Goujon, un appartement oîi il installa sa maîtresse qui avait deux enfants.
N'ayant pas l'argent nécessaire pour remonter sa maison, il essaya de se faire livrer des voitures par Vicart et C'", carrossiers, offrant d'en solder le montant par des actions ; — écoutez bien. — Les titres qu'il offrait en payement étaient sans valeur, et la société qui les avait émis, r « Union des familles » avait été créée en Belgique par Philiparl, le financier bien connu. MM. Vicart et O* refusèrent le marché ; M. Dillon fit une tentative analogue auprès de M. Labourdette, carrossier, avenue Malakoff, mais sans plus de succès. Alors, il loua une remise, 2 (bis), rue Pierre-Charron, et chercha à faire l'acquisition de
quatre chevaux chez Perrault, lequel, après renseignements pris, refusa de livrer les chevaux.
Afin de capter la confiance des personnes auxquelles il avait affaire, Dillon se disait propriétaire de carrières de marbre, ou bien, quoiqu'il fût célibataire, il prétendait devoir hériter de son beau-père, vieillard qu'il représentait comme âgé de quatre-vingt-quatre ans.
Par ce qui précède, on voit que Dillon ne jouissait d'aucun crédit et qu'il ne cherchait même qu'à faire des dupes.
Cette gêne se serait prolongée jusqu'en 1878 oo 1879. On constate que la situation pécuniaire de Dillon ne semble s'être améliorée qu'après la dernière émission de la compagnie du télégraphe de Paris à New- York.
Son acte de naissance ne fait aucune mention d'un titre nobiliaire — je l'ai sous les yeux, et cela est certain, — et il n'aurait pu en justifier lors de sa nomination au grade d'officier de la Légion d'honneur.
Il s'est rallié dès le début aux entreprises de Boulanger et l'on se rappelle le procès qu'il intenta au journal le Matin^ à la suite de la divulgation faite par ce journal de dépêches échangées entre Paris et Clermont-Ferrand. Au mois d'octobre suivant, il aurait eu, à Londres, au nom du général Boulanger, une entrevue avec un très grand personnage dans un but qu'on ignore.
Je passe ces détails qui sont purement politiques, mais qui nous indiquent que Boulanger se servait de Dillon, dont le passé vous est maintenant connu; qu'après avoir été renvoyé de chez certaines femmes parce que Ton trouvait ses exigences un peu trop ruineuses, ils'en va, pour se faire remettre des marchandises, présenter des chiffons de papier qui, sous le vocable d'actions de sociétés industrielles, n'ont pas même la valeur du poids chez Tépicier.
Eh bien, cet homme qui est chargé des grandes missions publiques, la lin do ce rapport nous dit :
Il se serait alors occupé de former un syndicat de capitalistes étrangers connus pour leurs attaches non républicaines — vous le devinez bien — et il aurait réussi à trouver un certain nombre de banquiers disposés à fournir des fonds en vue de l'installation de Boulanger au pouvoir.
Ces fonds devaient servir, le moment venu, à faire un coup d'État qui, il'après ce qu'on espérait, serait pacifiquement accueilli des puissances étrangères.
Voilà donc, messieurs, les renseignements que nous avons recueiUis sur M. Dillon ; nous savons maintenant, au point de vue de ce que j'appellerai sa vie civile, ce qu'est le faux comte Dillon.
Dossier militaire de Dillon.
1 a été officier; voici ce 'dossier militaire pa^ extraits
j M. Dillon (Arthur) — tout court — a inventé le )mte Dillon, c'était pour solliciter — ce qui n'est reproche à lui faire — une faveur aupiès du des commandements de l'Impératrice. C'est lorsit cette lettre que, pour la première fois, il a signé : }illon ».
alors sous-lieutenant; mais à cette époque, c'était r qui, s'il a été conservé dans l'armée et s'il a démission volontairement, n'était pas du moins le un officier modèle.
m effet, ce que je trouve sous la signature du son régiment, le colonel du 4* cuirassiers, s'adres- . le maréchal de France, ministre de la guerre
Monsieur le maréchal,
s à l'instant que Dillon (Arthur), sous-lieutenant au 4* cuii permission de trente jours à Paris, permission expirée courant est en instance auprès de Votre Excellence pour prolongation.
celte demande est contraire aux circulaires des lÔ août, etc., umération, — puisquelle n'est pas revêtue de mon avis ois vous faire connaître, monsieur le maréchal, que Dillon é à l'état 71 de l'inspeclion générale comme ne devant pas ongé cette année à cause de ses nombreuses absences aatéu peu de zèle qu'il apporte à remplir ses devoirs.
jmment il était jugé.
m de chose ; mais enfin, c'est un point de départ, -moi, messieurs, vous connaîtrez bien mieux les er quand vous connaîtrez les hommes qui les ont
itenant un extrait qui date de 1871.
tait démissionnaire en 1869. Il a repris du service it, en 1871, il s'est trouvé capitaine. A ce momentité militaire a voulu, vous allez le voir, en débar-
rasser le corps auquel il avait le très grand honneur d'appartenir. Voici, en effet, ce que nous lisons :
Etat nominatif des capitaines, etc. — Dillon (Arthur), capitaine en second, à titre provisoire, était lieutenant démissionnaire; rappelé avec son grade le 25 novembre 1870 ; nommé capitaine à titre provisoire, par décret du le»- janvier 1871. Il est .impossible au chef de corps de donner sur Dillon les notes ci-dessus.
Cet ofljcier, quoique comptant au régiment, n'y a jamais paru. Démissionnaire, rappelé à l'activité pendant la dernière campagne, il se Ht attacher en qualité d'officier d'ordonnance à la personne du général Abdélal, à Bordeaux.
C'est de là qu'il va solliciter du major Démange, commandant le dépôt à Pontivy, la proposition au grade de capitaine en sa faveur, promettant de venir aussitôt rendre des services, et ajoutant que, du reste, cette nomination ne pouvait tirer à conséquence, puisqu'il était dans l'intention de donner sa démission aussitôt la campagne terminée, promesse qu'au détriment de l'avancement du régiment il s'est bien gardé de tenir.
Vous voyez que, pour se faire nommer capitaine, il a employé les mêmes moyens qu'il avait employés auparavant pour se faire remettre des voitures par les carrossiers, auxquels il présentait en échange des billets dans le genre de celui de La Châtre. Il obtient donc la seconde épaulette, qu'on lui confie, à la <3ondilion de la rendre, ce qu'il n'a jamais fait.
Cet officier est, à l'heure présente, parvenu à se faire attacher en qualité d'officier acheteur à la remonte de Paris. Signé : Vu, le colonel du 3* cuirassiers.
Pinard.
Et, au-dessous, cette acte de la main du général de brig-ade :
N'a aucun titre pour être conservé dans l'armée active.
A la suite de cela, il a été renvoyé, d'autant plus que je trouve, dans un rapport, la note que voici, du général de cavalerie, M. de La Salle :
Officiera ne pas maintenir en activité ; n'a jamais paru au régiment.
N*a jamais paru au régiment î...
Je ne sais pas dans quelles conditions il avait paru devant l'ennemi ; mais il y a une chose que je sais, et je vais voug
lire, en partie tout au moins, la letlre — son dossier militaire en est encombré — la lettre d*un créancier qui, Payant vu venir, mais ne l'ayant pas vu s'en aller, et se trouvant dans l'impossibilité de mettre la main sur lui, s'adressait au ministère pour se procurer son adresse.
Ce créancier écrit ceci :
Monsieur le ministpe, — la lettre est de 1873, — une circonstance aussi pénible que malheureuse me met dans la nécessité d'avoir recours à votre intervention relativement à M^ le comte Dillon, capitaine dans un régiment de cuirassiers.
Cet officier est débiteur envers moi d'une somme de 1,550 francs.
Etant venu pendant la guerre se réfugier dans les parages du Mont- Saint-Michel accompagné de madame — je dis X..., bien entendu — avec laquelle U est intimement ami, il m'a envoyé... — Oh ! c'est toujours la même chose, on trouve toujours les mêmes histoires de dettes impayées, d'anecdotes particulières aux .chevaliers d'industrie, de femmes galantes à la suite. Depuis que j*ai commencé mon réquisitoire, j'ai voulu vous les faire conuailre l'une après l'autre, et vous voyez que ce sont toujours des décalques de la même biographie; mais je suis forcé, moi, puisque je ne suis qu'un lecteur, de vous indiquer ce qu'il y a dans le dossier; comme je tiens essentiellement à ce que l'on connaisse celui qui, à Neuilly et à la rue Dumont-d'Urville, a éïé pour l'opinion publique Vhonorable comte Dillon, je veux vous lire jusqu'au bout ces rapports, qui ne vous laisseront pas plus d'illusion qu'ils ne m'en ont laissé à moi-même.
Voilà donc ce brave homme de créancier qui déclare que Dillon s*est réfugié — voyez-vous cet officier qui a repris du service ? — dans les parages du Mont-Saint-Michel pendant la guerre de 1870, accompagné, bien entendu, d'une femme.
« Il m'avait confié la garde et Tentretien d'un bateau... » Voilà donc cet officier de cavalerie qui quitte son corps d'armée et qui s'en va du côté du Mont-Saint-Michel avec un bateau; vous le voyez, c'est là le soldat de la défense nationale!
Cet homme dit qu'il a eu le bateau en garde, il en est bien sûr, et il dit dans sa lettre qu'il est un pauvre journalier ayant à donner à manger à quatre personnes, et que cela lui a coûté 1,500 francs.
Je lui ai écrit à ce sujet, — parce qu'il avait dit qu'il payerait peu de temps après son retour à Paris...
... Je lui ai écrit à ce sujet, plus de dix fois, afin de régler son
compte avec moi ; mes missives sont restées jusqu'à ce jour sans résultat.
Le reste ne me louche pas ; d'ailleurs, des lettres de créanciers, j'en ai bien d'autres! Je puis cependant vous en lire encore une. Elle émane d'une femme qui lient à Paris, rue du Helder, Thôtel du Tibre.
Nous avons des témoins. Dieu ! que nous en aurions, si le débat eût été contradictoire, et comme vous auriez été édifiés, et le public aussi, sans que j'eusse besoin de prendre la parole ! Enfin, voilà cette femme de la rue du Hplder qui écrit au ministre de la guerre :
Arthur Dillon est venu chez moi, à rhôlel du Tibre, en septembre 1868; il s'est absenté pour quelques jours, en me disant qu'il reviendrait sous peu. Je n*ai jamais eu de ses nouvelles depuis, c*est ce qui m'engage à faire des recherches, car ce monsieur est mon débiteur.
Ce. n'est pas une dette vulgaire, cela, c'est la dette de l'homme qui déménage furtivement, après avoir laissé derrière lui d'honnêtes gens à qui il avait inspiré confiance, en leur disant : Je reviendrai.
Mais ce n'est pas touti Dans le dossier militaire, nous allons vous montrer que Dillon a été obligé de quitter l'armée.
En effet, en 1871, le général de Lassale et d'autres officiers, dont je pourrais citer les noms, ont déclaré.: « Officier à ne pas conserver. »
La commission de la revision des grades a rendu Dillon à ses autres occupations. Mais il a été nommé, en qualité d'ancien officier de l'armée, officier supérieur au 1®' régiment de cavalerie territoriale, et puis, étant officier dans la territoriale, officier supérieur, il est allé souvent, très souvent, en Angleterre avec des gens qui sont de malsains compagnons de voyage.
Un jour, il a trouvé là, non pas comme ami, mais comme témoin, un officier portant un beau nom dans notre armée, le marquis de La Ferronnais, qui était attaché militaire à l'ambassade de Londres. M. le capitaine marquis de la Ferronnais, officier de cavalerie aussi, a appris — car il n'est pas capable, personne ne voudrait le croire, de l'avoir inventé — M. le marquis de La Ferronnais a appris, qu'à
94 l.E PROCÈS BOULANGER
Londres, M. Dillon avait la réputation de prendre la qualité d*agent du gouvernement français pour se lancer dans des affaires d'achat et de vente de chevaux — vous prononcez le mot, il est sur les lèvres de tout le monde.
M. de La Ferronnais s'en est ému pour l'honneur de notre armée, il a fait connaître au ministre de la guerre, à Paris, que M. Dillon jouait à Londres un rôle de chevalier d'industrie, — il y a dix lettres de lui au dossier. — On a réuni un conseil d'enquêté pour savoir si le commandant Dillon, se disant à tort comte Dillon, — c'est là dans le texte officiel, — avait manqué à l'honneur.
En réunissant le conseil d'enquête, M. le ministre de la guerre a prescrit qu'il y aurait une enquête sur la moralité afin que ie conseil pût savoir, en même temps qu'il informait sur les faits de Londres, ce que c'était que Dillon. Le conseil d'enquête s'est réuni et nous avons trouvé dans le dossier militaire un rapport qui a été recueilli sur la moralité du sieur Dillon,
Le voici :
Le sieur Dillon, officier de cavalerie, démissionDaire, désigné comme ayant habité rue de Presbourg, n» 11, n'est pas domicilié à celte adresse. Il habite chez sa mère. H se fait adresser des lettres qu'il fait retirer par un ami quand il ne les retire par lui-même. Il cache son domicile pour échapper aux poursuites de ses créanciers. Il f^^it de fréquents voyages à l'étranger et particulièrement à Londres en compagnie de M. X.,., ancien avocat.
Il n'est pas en cause, inutile d'insister»
Le sieur Dillon, qui se fait donner le titre de comte, a eu, le 29 novembre 1877, chez sa mère, une scène scandaleuse avec une femme Léger, du Havre, qui venait lui réclamer 2,000 francs pour vivre et qu'il a fait jeter brutalement à la rue.
Voilà comment il paye ses dettes !
M™* Dillon mère, rentrée de Fontainebleau depuis le 16 octobre, prétend que son fils est en ce moment à Londres et ses domestiques on la consigne de ne donner aucun renseignement sur sa position ; on sait cependant qu'il est poursuivi par ses créanciers qui l'accusent de déloyauté en participation avec le sieur Frignet.
Il essaye de contracter en ce moment en Angleterre un emprunt important. G*est un joueur, un prodigue dont la
conduite laisse beaucoup à désirer et dont Thonorabilité est très gravement compromise.
Dillon s*est expliqué devant le conseil d'enquête, non pas sur ces renseignemepts-là, — il n'a rien dit à ce sujet, — mais il s'est expliqué sur ce voyage à Londres, et sur les faits vrais ou supposés de maquignonnage.
Il s'est expliqué de deux façons contradictoires : Il a d'abord raconté qu'il allait à Londres pour une affaire concernant le gouvernement français et qui aurait une grande importance en cas de declaration.de guerre, et il a dit ensuite qu'il s'agissait pour lui d'une affaire personnelle relative au câble.
Je lui laisse ces deux explications ; peu m'importe ! mais ce que je dois ajouter, c'est que les marchands de chevaux anglais ont été entendus, et qu'aux questions qui leur étaient posées par le conseil d'enquête, ils ont répondu évasivement.
Alors, le conseil d'enquête, n'ayant pas de preuves suffisantes, a acquitté le sieur Dillon sur le chef de manquement à l'honneur, comme ayant pris à tort la qualité de représentant du gouvernement français pour acheter des chevaux et les revendre. Mais, en revanche, il a déclaré ceci :
Toutefois, il résulte de rexamen du dossier et des renseignements ci-joints que Dillon...
Faites attention, messieurs, c'est signé du chef de bureau Eugène Poyer, du colonel directeur et du général qui était alors ministre de la guerre, le général Borel. Voilà les trois signatures !
Il résulte des renseignements fournis que Dillon, qui se donne indûment le titre de comte, est criblé de dettes et réduit à cacher son domicile réel pour se soustraire aux poursuites de ses créanciers qui l'accusent de déloyauté; qu'il est représenté comme un joueur, comme un prodigue ayant une honorabilité gravement comprise.
Dans ces conditions, il semble difllcile que Dillon conserve dans l'armée territoriale une situation dont il méconnaît les obligations et dont il compromet la dignité.
En conséquence, on a soumis à M. le ministre de la guerre la question de savoir s'il n'y avait pas heu de présenter à
M. le Président de la République un décret ayant pour objet de suspendre Dillon disciplinairement de son emploi pendant un an.
Voila ce qui a été proposé, et en réponse, ou plutôt pour faire suite à cette proposition, un décret a été rendu et Dillon — non plus le comte Dillon — fut suspendu disciplinairement de son emploi pendant un an, le 5 décembre dernier, aux termes de Tarticle 12 de la loi du 31 décembre 1878, comme ne présentant pas au point de vue de la conduite privée les garanties qu'on doit attendre d'un officier supérieur de Tarmée territoriale.
Nous en avions, autour de Boulanger, des gens suspendus disciplinairement et pas seulement par les conseils d'enquête !... En voilà un de plus !
Il a été suspendu pendant un an, placé hors cadre; et c'est alors que, ne pouvant plus véritablement, quelque Dillon qu'il fût, revêtir un uniforme d'officier français, il envoya sa démission qui, vite, a été acceptée.
Le complot ourdi.
Le réquisitoire a dit quels sont les acteurs ; il va mo itrer maintenant Taction. Les conspirateurs sont habiles ; comme on l'a déjà dit, ils ne correspondent qu'en chiffres et, dans ces codes hiéroglyphiques, prennent des noms différents.
Boulanger, bien entendu, -- c*est un homme d'imagination, — devait avoir du goût pour certains surnoms, pour un surnom, par exemple, plein de promesses pour sa grandeur à venir : en conséquence, distingué latiniste, il s'était surnommé Spes. Je crois que cela veut dire une douce espérance. Mais il ne s'appelait pas seulement Spes; — son répertoire était plus riche que cela! — et pour donner d'autres garanties à ses amis, pour ne pas leur donner que des espérances, il s'appelait aussi « Fidèle ».
Par conséquent, qu'on le désignât sous un nom ou sous un autre, ses partisans trouvaierit toujours une satisfaction égale.
Ce n'est pas tout ; nous avons Thiébault, qui jamais ne s'est appelé M. Thiébault : il s'appellait M^^* X...; je n'ai pas besoin de dire ce nom, parce que c'est celui d'une très honorable dame qui existe bien réellement : c'est la
belle-mère de M. Thiébault, qui, plus tendre que certaines belles-mères, faisait preuve d'affection pour son gendre, même en matière de dépêches chiffrées.
Il y avait ensuite le code spécial à M. Deroulède. Là, rimagination du poète â'était donné carrière, et Deroulède portait plusieurs noms, entre autres le nom d'un de ses ligueurs à l'adresse de qui Ton envoyait les dépêches ; et de temps en teftips, souvent même, sous la plume de son ami Boulanger, il est devenu le sieur Flachon.
D'autres noms encore, sonnant mieux à roreille, avaient été choisis par M. Deroulède ; il était quelquefois M"* Maldagne, ou même W^^ Prudence Biausse.
Enfin, M. Boulanger, ne voulant point abandonner ses prétentions militaires, signait souvent aussi: « Crimée. »
Quand on est obligé d'écrire, on écrit à M. Boulanger, à Glermont-Ferrand, sous deux enveloppes superposées.
L'enveloppe intérieure pouvait porter « Spes », « Crimée », « Fidèle », ou même Boulanger; mais l'enveloppe extérieure, celle qui était exposée à la vue du vulgaire, portait toujours l'adresse de M. Desblanc, 19, rue des Jacobins, qui était chargé de remettre sa correspondance secrète au général politique.
Appel à la révolte.
Vers ce moment, un incident se produit dont le retentissement a été très grand. M. Ferry, dans un discours,traite M. Boulanger de « Saint-Arnaud de café-concert ». Grand émoi parmi les amis de M. Boulanger.
Voici ce qu'on publiait, à cette occasion, dans Vlntransigeant :
L'assassîQ d'Herbinger — c'était l'auteur du propos qu*on dé'iignait ainsi — fait appel à uij véritable pronunciamiento contre le commandant du 13* corps d'armée. A son tour, le commandant du 13« corps d'armée csi autorisé à inviter les soldats a à se prononcer entre lui et le minisire ».
Est-il possible d'exciter plus ouvertement à une sédition militaire ?
Supposons, ajoute l'honorable Rochefort, supposons que, convaincus du républicanisme et de la droiture politique de leur général, elles se soulèvent. — Elles, se sont les troupes du 13« corps — elles se soulè-
vent contre les provocations qui essayent de détruire toute discipline. Quel serait, ajoute le journaliste, le résultat de ce mouvement, dont le Gouvernement aurait l'entière responsabilité ?
La question était donc bien posée.
Il a été, à ce moment, parlé d'un duel ; le bruit a été grand, et, à une femme alarmée, M. Boulanger écrivait une lettre à laquelle je fais à peine allusion, mais dont je retiens une demi-ligne, parce qu'on y retrouve, d'une manière bien frappante, l'objet de sa preoccupationconstante.il dit à celte femme : « Rassure-toi, pourquoi t'inquiéter ? N'ai-je pas mon étoile ? »
Partout, messieurs, nous retrouvons ce mot ; il ne cesse de le prononcer que quand M. Dillon prend à son tour la parole pour lui dire : Mais va I tu sais bien que tu as ton étoile ! Ainsi, nous trouvons la pensée intime de M. Boulanger révélée, es Glermont-Ferrand, par cette parole équivalente à la devise de Fouquet : Qao non ascendami
Cependant Dillon conseille de temporiser; il faut, dit-il, laisser cristalliser la magnifique situation de son ami. M. Boulanger se rend à ses avis et se contente de parcourir son commandement en triomphateur.
Nous avons, à cet égard, des détails qui sont extrêmement frappants; nous savons, par exemple, que jamais il n'a parcouru les villes de son commandement qu'en voiture découverte, au pas, saluant la foule en souverain, pendant que des enfants ingénieusement apostés vendaient, à des prix que je vous prie de croire très minimes, et l'image de Boulanger et les médailles commémoratives de ses voyages.
Il a donc beaucoup voyagé, et, dans ses tournées, il s'est toujours occupé de politique. Vous savez tous, en effet, messieurs, qu'il a été puni de trente jours d'arrêt pour avoir attaqué très nettement le ministère à propos du procès d'un autre général dont le nom importe peu à l'affaire.