PRÉSIDENCE DE M. LE ROYER
(L'audience est ouverte à une heure dix minutes.)
Général politique.
J'en étais resté hier au moment où Boulanger, commandant le 13« corps d'armée, prend à Clermont-Ferrand l'attitude d'un général politique; et, pour vous donner une preuve de plus de la certitude que j'ai de cette attitude, je me permets de vous rappeler que, arrivé au mois de juillet à Clermont, le général Boulanger croyait déjà possible, dès le mois d'août, quoique inéligible et quoique n'ayant pas le (Jroit, en sa qualité de militaire en activité, de s'occuper de politique militante, croyait possible, dis-je, de disposer des sièges législatifs et des affaires électorales.
On voit M. Boulanger offrir à M. Déroulède un siège législatif dans la Meuse; il continue ses voyages qui ressemblent singulièrement à des exhibitions de petit triomphateur ; il fait aussi d'autres excursions.
Ainsi, le 1" janvier 1888, il a quitté furtivement Clermont- Ferrand. Vous remarquerez la date du l'''' janvier; c'est celle qui, jusqu'à une heure avancée de la matinée, est toujours absorbée par les fonctionnaires d'un ordre aussi élevé en réceptions et en visites officielles, de sorte que c'est le jour où il est le plus facile de faire présumer un alibi quand on s'absente.
Eh bien, après avoir vaqué à ses visites et à ses réceptions de général, M. Boulanger envoya un télégramme au chef
de gare de Saint-Paul de Lyon, afin d'avoir pour le soir une voiture qui pût le prendre incognito à la gare et l'amener où ses affaires non militaires pouvaient l'appeler.
Le réquisitoire résume les dépositions recueillies sur ce point :
Voyages mystérieux.
Le général — c'est le 1®' janvier — est arrivé par le train âe 8 heures du soir eaviron, suivant qu'il s'était annoncé,et il a trouvé effectivement une voiture de place qui lui avaitété réservée parce qu'il avait envoyé une dépêche dont on n'a pas conservé le texte, maisqui; au dire du chefdegare, étaitsignée Driantou Diron. Le général a paru à la gare, et, commeil avait déjà fait de grands efforts et de grandes dépenses pour répandre son image sur tous les points de la France, il était de ces hommes, à partir de ce moment-là, qui ne pouvaient plus voyager incognito et qui étaient toujours reconnus malgré les tentatives de déguisement.
Voici, en effet, dans quels circonstances il est arrivé ; et, ici, je commence ma lecture de ^elques lignes :
Le général était coiffé d'un chapeau gris mou dont il avait baissé les bords. II portail un pardessus gris.
Conduit à la voiture de place qui avait été retenue à son intention par un homme d'équipe nommé Godde — c'est un. témoin de plus que nous avons entendu — qui portait sa valise, il se fit transporter au grand hôtel de l'Univers, cour du Midi, où il a occupé la chambre n' 22.
Il s'est fait inscrire sous le nom de Solard (Louis), 46 ans, propriétaire venant de Glermont.
Aucun doute ne peut exister sur l'identité entre le général Boulauger et la personne qui s*est fait inscrire à l'hôtel de l'Univers sous le nom de Solard.
Je me suis, en effet, rendu, le 3 janvier, dans cet hôtel où il m'a été déclaré qu'aucun autre voyageur n'était arrivé en voiture dans cette soirée du 1" janvier à partir de huit heures.
Le signalement que j'ai donné d'ailleurs correspondait exactement à l'individu qui avait pris le nom de Solard.
Le général Boulanger est parti le lendemain matin, 2 janvier, vers sept heures. Il s'est fait conduire à la gare de Perrache ; mais on ne sait pas quelle direction il a prise.
Je n'ai pas eu entre les mains la dépêche dont j'ai parlé ci-dessus.
J'ignore, par conséquent, de quel point elle a été expédiée.
Ainsi, vous voyez toujours le système des actes occultes qui marchent parallèlement aux actes avouables : le général
qui, le 1®' janvier au matin, est en uniforme et le soir en chapeau mou, le général qui, le matin, se trouve dans l'exercice de ses fonctions militaires et qui, le soir, visière baissée, est devenu M. Solard, propriétaire, pour aller prendre furtivement, le lendemain matin, un chemin de fer qui ne peut le ramener au siège de son commandement. Nous n'avons pas pu le suivre au delà ; l'histoire de son voyage s'arrête ici; mais pour la Haute Cour, il me semble que je lui ai livré, par ce simple commencement de récit, un renseignement dont l'utiliténepourra certes échapper àpersonne. Voilà un voyage qui s'est accompli dans la direction d'un pays qui s'appelle la Suisse, où, quelques mois après, on a supposé — je parla des indigènes — qu'il avait fait un voyage politique incognito.
Mais Boulanger se rend aussi à Paris en cachette et en désobéissance formelle des ordres reçus.
M. le général Logerot a fait ainsi sa déclaration sur ce point :
Au commencement de 1888, le général Boulanger m'exprima le désir d'avyir un autre commandement, sous prétexte que sa situation était devenue difficile à Clermont.
Je lui répondis que, pour le moment, je ne pouvais lui donner d'autre commandement; que sa situation à Clermont ne serait pas difficile, s'il ne voulait avoir d'autres préoccupations que ses devoirs militaires. Il m*en fît la promesse en ajoutant qu'il s'était brûlé les ailes deux fois, et que cela lui servirait de leçon.
Il me demanda de prolonger de quatre jours son séjour à Paris, ce qui lui fut accordé.
A quelques jours de là, huit ou dix jours, je crois, je fus informe par M. le général Saussier que M. le général Boulanger était à Paris, a l'hôtel du Louvre. J'envoyai immédiatement un de mes officiers d'ordonnance porteur d'une lettre prescrivant à M. le général Boulanger d'avoir à rejoindre son poste et lui rappelant que les commandants de corps d'armée ne pouvaient quitter le territoire de leur commandement sans une autorisation spéciale du ministre de la guerre. " M. Te général Boulanger partit pour Clermont ; mais, peu de jours après, il me demandait l'aulorisaiion de revenir à Paris.
Je lui répondis qu'il ne m'était pas possible d'accéder à sa demande, que son nom avait été mis en avant au sujet de prochaines élections, et que, dans son intérêt même, il devait rester à son poste.
Quarante-huit heures après, nouvelle demande de venir à Paris, prétextant l'état grave de la santé de M"»» Boulanger.
J'avais envoyé è l'hôtel du Louvre un de mes officiers d'ordonnance
pour constater l'état de santé de M"* Boulanger, et j'acquis la certitude qu'elle n'était pas malade.
Je répondis à cette nouvelle dépêche que, les raisons qui m'avaient fait lui refuser la permission demandée deux jours avant étant les mêmes, j'avais le regret de ne pouvoir revenir sur ma décision.
Je fus informé de cette faute grave par^^. le ministre de Tinlérieur, qui communiqua au conseil des ministres diverses dépêches relatives à ce voyage, émanant du préfet du Puy-de-Dôme, du commissaire spécial de Clermont, du commissaire de la gare de Lyon et de divers agents de la sûreté de Paris.
Les rapports de ces derniers agents faisaient ressortir que M. le général Boulanger ne venait pas à Paris pour des affaires de famille, mais bien pour se mettre en relations avec des personnages politiques.
Muni de ces renseignements, et ne pouvant pas tolérer, de la part d'un officier général, une faute aussi grave que celle d'avoir quitté son commandement malgré la défense qui lui a été faite, j'établis un rapport à l'effet de demander la mise en non-activité par retrait d'emploi de M. le général Boulanger ; ce rapport, approuvé et signé par M. le Président de la République, parut le lendemain à VOfficieL En même temps, M. le général Boulanger fût avisé par moi de la mesure prise à son égard. Ma lettre lui prescrivait, en outre, d'attendre à son poste l'arrivée de M. le général Broyé, auquel il devait remettre le commandement du 13" corps.
M. le général Boulanger ne tient aucun compte de cet ordre. Il quitte Clermont pour se rendre à Paris sans attendre l'officier auquel il devait remettre son commandement, et oubliant la prescription ministérielle qui veut que tout officier en disponibilité ou en non-activité ne puisse résider dans telle ou telle ville sans en avoir au préalable, obtenu l'autorisation.
Ce sont ces nouvelles fautes contre la discipline qui amenèrent la convocation du conseil d'enquête qui, a l'unanimité, décida qu'il y avait lieu de mettre M. le général Boulanger à la réforme.
Le rapport établi par le conseil d'enquête ne visa que la question militaire, c'est-à-dire les fautes graves commises contre la discipline.
Mais, en vertu du droit que lui accordaient les règlements en vigueur, M. le général Boulanjçer pouvait, devant le conseil d'enquête., faire intervenir, pour sa défense, quelques-uns de ses amis politiques.
C'est pourquoi je fis demander à M. le ministre de l'intérieur communication des dépêches qui établissaient les rapports que M. le général Boulanger avait eus avec di\''ers personnages politiques lors de ses voyages clandestins à Paris.
Ces dépêches formaient un dossier de 24 ou 25 pièces, qui fut communiqué à M. le président du conseil d'enquête.
Mais, je le répète, le conseil d'enquête n'en fit pas usage et ne visa que la question militaire.
Seulement, à la fia de la séance du conseil, et lorsque le président demanda à M. le général Boulanger s'il avait quelque chose à ajouter pour sa défense, ce dernier répondit qu'il était convaincu que c'était la question politique qui l'avait amené devant le consejl.
M. le général Février lui dit alors qu'il n'avait pas voulu sortir de la question purement militaire ; mais puisque lui, général Boulanger? voulait en sortir et l'amener sur le terrain politique, il avait un dossier dont il allait donner connaissance au conseil. M. le général Boulanger refusa.
Il a refusé la discussion.
Il s'est trouvé en face de ses pairs, en face de généraux qui Tavaient, à de nombreuses reprises, convaincu d'indiscipline. C'est un trait de plus à ajouter à la physionomie que vous connaissez déjà. Et lorsque M. Boulanger, excipant de la question politique, a voulu se placer sur ce terrain, M. le général Février a accepté le système de défense et a voulu ouvrir le dossier ; mais il paraît que, dès cette époquelà, M. Boulanger n'aimait pas que les dossiers fussent ouverts.
Suite du complot.
Le complot se dessine de plus en plus nettement; au lieu de s'entourer de rélément militaire qui était sa force et son honneur Boulanger s'entoure presque exclusivement d'agents politiques, Baillières, Morphy, Tanarchiste, Thiébaud.
Les menées secrètes dont j'ai l'honneur de vous parler par voie d'indication étaient si bien organisées et à l'estime de certains lieutenants — j'entends les lieutenants civils — de M. Boulanger, si près de Tavènement, que nous trouvons, lorsque M. Boulanger est frappé de trente jours d*arrét, un télégramme émané d'un personnage qui est surtout important dans l'affaire par la peine qu'il s'est donnée pour se créer une importance, mais auquel je laisserai, comme il convient, le simple rôle de sous-oflicier de la compagnie : c'est le sieur Laguerre.
Le sieur L'agiierre, envoie donc à M. le général Boulanger un télégramme que je vais vous lire, pour le complimenter, comme il devait le faire, d'être frappé pour indiscipline, et d'être, par conséquent, un mauvais commandant de corps d'armée puisqu'il devait donner à tous, dans son corps, l'exemple de l'obéissance aux lois et aux règles de la hiérarchie.
Le sieur Laguerre, très heureux d'avoir avec lui un général, qui n'était plus général que de nom, lui envoie, à
propos des arrêts dont il a été frappé, le petit compliment que voici, soiis forme télégraphique :
Si nouvelle mesure disciplinaire est exacte, je vous félicite ; c'est un suprGme honneur... — chacun entend Thonneur à sa façon — «...que d'être frappé par les traîtres et les escrocs qui, pour peu de jours encore, nous gouvernent. »
Embauchage.
A la même époque, on donne les premières tentatives d'embauchage. C'est d'abord M. Balthazar, commissaire de police d'Orléans que M. Thiébaud a été chargé d'entreprendre.
Voici la dépositiçn de M. Balthazar, commissaire depohce d'Orléans :
J'ai connu M. Thiébaud (Georges) en 1874, 1875 et 1876, lorsque j'étais commissaire de police à Gharleville. Il habitait lui-même dans cette ville et y dirigeait un journal réactionnaire.
En 1877, j*ai été disgracié par le gouvernement du 16 mai, et, malgré mes vingt-trois ans de services et mes huit enfants, j'ai été envoyé comme simple inspecteur à Belfort.
De l'époque à laquelle j'ai quitté Gharleville à 1888, je n'ai plus revu M. Thiébaud.
Le M février de cette année 1888, étant comme je le suis encore, commissaire central à Orléans, M. Thiébaud vint faire une conférence dans cette ville. Sa conférence avait pour but d'exalter les mérites du général Boulanger.
Je le reconnus alors et, quand la réunion prit fin, nous nous rencontrâmes.
M. Thiébaud, à qui je fis pari, sur sa demande, de ma situation et du sujet de mécontentement que j'avais pour avoir été disgracié à la suite du 16 mai, me conseilla de m'adresser au général Boulanger qui était, dit-il, un bon républicain et qui aimait les Alsaciens; que le général aniverait au pouvoir un jour ou l'autre et qu'il ne manquerait pas de prendre ma situation en considération.
Je lui exprimai alors mon étonnement de le voir dev6nu républicain lorsque je l'avais connu si réactionnaire à Gharleville.
Il me répondit alors qu'avec le général Boulanger, qui rendrait à la France l'Alsace et la Lorraine, le gouvernement des républicains serait le meilleur des gouvernements. — On rendra bien cette ^ justice à M. Thiébaud que c'était s'en tirer en homme d'esprit. — Écrivez au général Boulanger, me dit-il; ayez le soin de mettre la lettre sous double enveloppe : l'une à l'adresse du général Boulanger, l'autre extérieure, à l'adresse de M. Desblanc, 19, rue des Jacobins, à Glermont- Fcrrand, son officier d'ordonnance.
a Dès le lendemain... » — tous les fonctionnaires n'ont pas fait de
le — « ...je rae suis empressé de communiquer à M. le préfet du et la conversation que j'avais eue avec M. Thiébaud. )»
'effort fut vain ; mais il n'en avait pas moins été tenté, et emanderai à la Haute Cour si le général qui a pourpréocation de remplir ses devoirs militaires, a besoin d'ener solliciter les commissaires de police alin de se faire îsser des actes d'adhésion sous double enveloppe.
oici donc M. Thiébaud entré en scène ; c'est lui qui va poser itôt la candidature de Boulanger, quoique inéligible, dans sept irtemenls.
ermettez-moi d'abord de vous mettre sous les yeux la osition d'un homme fort honorable, d'un député, d'un en sous-secrétaire" d'État, M. Blandin, vieil ami de Thiébaud, et qui a été son confident. Je vais vous monque les agissements de M. Thiébaud à Orléans n'ont été m acte isolé dans un ensemble dont il a été lui-même le rateur.
oici, en effet, la relation de M. Blandin, et je crois qu'a- » cela l'incident d'Orléans sera deux fois acquis.
li connu M. Thiébaud enfant, à Paris, de 1855 à 1860; je connaissa famille. Je le perdis de vue à cette époque, quand j'aUai habiter 'nay, et je n'entendis plus parler de lui... » etc.
le retrouve plus tard; Thiébaud était un promeneur hael des couloirs de la Chambre des députés. Il abordait Blandin, qu'il considérait comme un homme digne de ,e sa confiance et de toute sa sympathie ; il venait, jeune ime qui cherche sa voie, causer avec le vieux camarade ifance; et M. Blandin continue :
nous arriva plusieurs fois de causer des événements du jour, et je nnus dans Thiébaud un jeune homme intelligent, instruit, avisé'..* » î le crois bien! — « ... et cherchant une voie. » V exemple, au moment où l'on parlait à la Chambre de la formad'un centre-gauche centre-droit, Thiébaud, qui avait des relations M. Raoul Duval et avec M. Lepoutre, me demanda si je ne conirais pas à faire partie de ce groupe ; je lui répondis négativement. )us avions à deux ou trois reprises différentes rféjà parlé du général langer, quand, au commencement de 1888, du 10 au 15 janvier, it rencontré Thiébaud dans la salle des Pas-Perdus, il me demanda ue je penserais d'une candidature, comme député, du général Bou-
langer, pour un des sû'g^s laissés vacants par les élections sénatoriales qui venaient d'avoir lieu.
Je lui témoignai tout mon étonnement d'une pareille communication, et lui demandai s'il connaissait le général Boulanger et s'il était en bons rapports avec lui.
Il me répondit qu'il avait connu le général alors qu'il était ministre de la guerre, qu'il avait conservé des relations avec lui, et qu'il allait le voir à Glermont. — Ce n'est pas nous qui le lui faisions dire — Je lui répliquai que, s'il en était ainsi, et s'il avait l'oreille du général, il n'avait qu'un conseil à lui donner, c'était de rester soldat, de no faire que son métier...
Je ne rencontrai plus Thiébaud que vers le 15 février 1888, il s'était écoulé un mois environ depuis nôtre dernière rencontre.
Je lui demandai sll avait été absent, et, sur sa réponse qu'il avait fait un voyage, je lui dis que sans doate il était allé voir le soleil, et qu'il avait bien fait de fuir un peu les brouillards de la capitale.
— Non pas, me repondit-il, je viens de Prangins.
— Prangins!... répliquai-je, — mais c'est le prince Jérôme qui est là!
— Tu le connais donc? — Vous le voyez, messieurs, ils se tutoient.
— Oui, j'ai eu deux ou trois fois l'occasion de le voir; à la suite dos deux conférences que j'ai faites à la salle du boulevard des Capucines, il m'a témoigné désirer ma visite.
— Combien de jours es-tu resté là-bas?
— Six ou sept jours.
— Qu'avez-vous bien pj faire pendant tout ce temps?
— Nous nous sommes promenés; nous avons causé de la France, de sa situation politique, économique, de sa Constitution, des améliorations qu'il y aurait à apporter à cette dernière. — La revision d'aujourd'hui 1 — Et alors, sans transitions... — Messieurs c'est Thiébaud qui parle. — ... sans transition: Vous savez, ce n'est plus une seule candidature de Boulanger, dit Thiébaud; nous allons le présenter partout.
— Cela vient de Prangins, répondis-je.
Thiébaud, alors se mit à rire, tourna sur ses talons et ne dit ni oui ni non.
A tout ceci je n'attachai pas d'abord une bien grande attention...
Mais M. Blandin ajoute que quand, quelques jours après, il vit la campagne électorale commencer et M. Thiébaud faire des conférences pour le candidat inéligible, il fut bien forcé de reconnaître que la conversation avait été sérieuse.
Boulanger est séduit par les propositions de Thiébaud; la campagne électorale commence; on la suit pas à pas dans une série de dépêches.
Campagne électorale.
En voici d*abord une qui a été adressée par Dillon au général Boulanger, à Clermont-Ferrand, le 22 février 1888 ; — ce sont, bien entendu, des dépêches chiffrées dont je vous livre la traduction.
— L'enfant de chœur a écrit à loi que vu impression produite ici par candidature sous le patronage réactionnaire, il est indispensable, demander ministre permission désavouer par lettre ceux qui ont usé de ton nom.
Et puis — vous allez reconnaître ici les conspirateurs — dans la phrase suivante, après avoir donné le conseil d'adresser au ministre un désaveu, on ajoute :
La campagne pourra être continuée quand même.
C'était chiffré, soyez tranquilles, messieurs ; on n*a pas écrit cela en clair; mais, par des traducteurs, nous avons eu l'explication de la première phrase, qui nous importait peu» et l'explication de la seconde, qui révèle tout.
M. Dillon continue :
Les uns pourront dire : Vous voyez ce qui est arrivé, malgré son désaveu tandis que sans désaveu chacun de dire : le résultat prouve que le suffrage universel l'ignore.
Je te résume sa lettre pour le prévenir du mouvement de l'opinion... »
M. Dillon, le même jour, écrivait au général Boulanger, toujours par dépêche chiffrée.
J'ai reçu lettre. Je t'attends. Bombe éclatant, bouleverse les amis de Paris surpris. Le journal crie trahison, ne votez pas, c'est manœuvre des opportunistes.
Les autres amis, plus circonspects, quoique effrayés, se sont abstenus et venus prendre renseignements, criant qu'il démonte ou donne instructions.
J'ai répondu : « Du calme, vous aurez des instructions demain soir; n'ai pas aujourd'hui, et je prends responsabilité de vous dire : Il demeure étranger, mais non indifférent à ce qui se passe. Ses .ennemis faisant manœuvre pour l'écraser, nous devons retourner leur ouvrage en déterminant une ovation toute morale dans les sept départements qui oui le droit d'exprimer leurs sentiments.
Et puis vient ce dernier mot : M""® de Sévigné disait que dans toute lettre c'était toujours celui-là qu'il faut consulter et interroger avec le plus do soin.