‹ Le procès du Gal. Boulanger-Rochefort-Dillon, devant le Haute Cour deChapitre 20 sur 29 · AUDIENCE DU SAMEDI 10 AOUT · texte numérisé non relu

AUDIENCE DU SAMEDI 10 AOUT

PïlÉSlDENCE DE M. Le RoTER

M. le procureur général résume les derniers incidents qu'il a racontés dans Taudience de la veille et arrive aux manifestations qu'il appelle de seconde catégorie.

Troubles de mars et avril 1888.

Lorsque Boulanger a été mis en reirait d'emploi, au mois, de mars 1888, les mouvements de la rue ont alors élé assez fréquents. Les rapports de police, ou plutôt les dépêches télégraphiques reçues par M. le préfet de police et envoyées par des agenls qui, ne se trouvant pas en force, étaient obligés d'appeler promptement un secours, établissent qu'il y a eu de grands désordres aux dates des 17 et 28 mars 1888 et à la date du 5 avril suivant.

Vous voyez, par conséquent, que ces mouvements se succédaient de près, et, lors du mouvement d'avril 1888, qui a eu pour centre surtout les environs de l'hôtel du Louvre, dans la rue de Rivoli, il est bon de vous rappeler un simple passage des- rapports des commissaires de police qui ont été •obligés de s'opposer à l'irruption des colonnes. Ce passage, le voici :

Les groupes essayèrent, à plusieurs reprises, de se reformer devant l'hôtel du Louvre, et furent dispersés par les agents. En refluant devant la porte du ministère des finances, les boulangisles ne manquèrent pas d'insulter nos soldats.

« A bas les lignards! » criaient-ils, — il faut tout lire — « ce sont des «alops. Vive Boulanger I »

Vous voyez par là, — le renseignement de moralité ne

manque pas de portée, — vous voyez que, lorsque des manifestations avaient lieu eu son honneur Boulanger n'interdisait pas plus l'insulte aux soldats qu'il n'interdisait l'outrage aux officiers généraux. A la date du 27 du même mois, il y eut une manifestation au café Riche, M. Deroulède ayant, par suite de la part trop active qu'il y avait prise, été menacé d'une poursuite en simple police pour tapage nocturne, Rochefort, dans un article de V Intransigeant, faisait savoir que, si l'on exerçait une poursuite, il y aurait, devant le Palais de Justice, un nombre fort menaçanj; de ligueurs, et que le gouvernement, en échange du tapage nocturne qu*il voulait réprimer, se préparait peut-être un singulier tapage diurne.

Le réquisitoire reproduit ici une déposition de M. Caron, rédacteur au Parti national, qui établit que les rues de Paris étaient devenues peu sûr3s à cette époque pour les passants qui refusaient de crier : « Vive Boulanger I » quand ils étaient tiraillés par des camelots.

Le 14 juillet 1888.

A la date du 14 juillet 1888, les mêmes, — puisqu'il faut employer le mot qu'ils ont mis à la mode, — les mêmes manifestations se produisirent dans des circonstances extrêmement frappantes.

Nous avons entre les mains — le dossier en contient une liasse — de grandes affiches rouges qui portent le portrait de Boulanger aux quatre coins, et qui, dans leur texte, sont une convocation à la populace pour se réunir, à la date du 14 juillet, sur la place de la Concorde.

Le porteur de cos affiches a été un homme bien connu, do it je vous ai déjà parlé, Morphy, l'anarchiste. L'individu qui a été l'entrepreneur, le confectionneur de ces affiches, s'appelle Marx. Ce que je tiens à vous dire, c'est que Marx est allé s'entendre à propos des commandes et, plus tard, du règlement de prix avec Dillon, l'un des complices, à Neuilly.

Voilà donc un fait que je vous signale, sans vouloir vous entraînera entendre un récit inutile de ce qui s*est passé ce jour-là au bois de Boulogne et de la circonstance, indépendante de ia volonté de Boulanger, qui l'a empêché, ainsi que

cela se disait très haut au Cercle militaire, où rembaucliage s'était produit, — le fait est établi dans le dossier, — de se rendre en uniforme à la revue de Longchamps, aiin d'exciter Fenthousiasme des troupes ou de bénéficier de Tenthousiasme qu'il avait acheté à beaux deniers comptants. Il avait reçu la veille un coup d'épée qui le mettait hors d'état, ce jour-là, de réaliser ses projets; mais vous les connaissez assez pour en apprécier suffisamment le caractère criminel.

Manifestation Lemardelay.

À la date du 15 octobre, il y a une autre manifestation, et, au mois de novembre, une autre encore extrêmement grave, qui a causé de justes alarmes au gouvernement et à la préfecture.

. M. Derouiède se décidait en effet, ce jour-là, à proclamer officiellement que Boulanger devenait le chef de Tex-Ligue des patriotes ; et il s'est agi, plusieurs maitres d'hôtel ayant refusé leur local pour celle manifestation séditieuse, et Lemardelay ayant enfin offert ses salons, de faire dédier les ligueurs dans la rue de Richelieu au nombre de 10 à 12,000, clairons en tête.

Les faits sont parfaitement établis, et la police a été obligée de pratiquer dans toutes les rues avoisinantes des barrages pour empêcher ce débordement de gens disciplinés, qui pouvait commencer par une promenade militaire et finir après par une émeute.

Lorsque, dans Tintérieur des salons Lemardelay, les 200 qui avaient pu ïnanger au rez-de-chaussée ont été présentés à Boulanger doublé de Dillon, dont vous voyez ici la complicité s'affirmer par un acte matériel, Boulanger, ayant pour voisin Dillon, étant adossé avec lui à la cheminée,, reçut la foi et l'hommage des ligueurs qui, ce jour- là, venaient lui offrir l'appui de leurs bras pour s'en aller vers l'Elysée; et, afin de vous montrer sur ce point, qui a bien son importance, que je ne laisse rien à l'hypothèse ou à des souvenirs qui peuvent toujours être infidèles, je vais me permettre de vous lire seulement cinq ou six lignes de l'enquête à laquelle il a été procédé à propos de ces événements du mois de novembre.

M. Deroulède a pris le premier la parole : c'était son droit, puisqu'il s'agissait de la transformation des ligueurs, dont il avait fait une terrible force militaire; et, à ce moment, il a dit :

Au nom de tous les membres ^e la Ligue, nous venons vous remercier chaleureusement de votre pi'ésence ici, vous que noua considérons comme notre chef.

Alors, un sieur Peyrot, du 14* arrondissenaent, a fait, lui aussi, son petit discours; il a assuré le général qiie les ligueurs lui étaient absolument dévoués.

Un sieur Gorges Renault a protesté au nom de tous les ligueurs du dévouement de ceux-ci, ajoutant « qu'un seul mot suffirait pour les mettre debout ».

D y a eu, ensuite, après Téleclion du mois de janvier, des manifestations qui se sont produites par ce fait que Boulanger s'est, en souvenir de Taflaire du 14 juillet, j'ai le droit de dire embusqué non loin de la Chambre des députés, chez Durand, près de la Madeleine, pendkpt que, sur la place de la Concorde, se passaient des faits d'une nature telle que la police a été attaquée par des bandes d'émeutiers qui se sont jetées sur elle en criant : « A mort, la police ! » et la bagarre est devenue, à un certain moment, un commencement de bataille.

Mais M. Boulanger ne se contentait pas de poursuivre l'idée de changer les manifestations eu teiitatives, et de se préparer ■ les moyens d'un coup d'Etat; il cherchait encore, à cette époque, à paralyser la résistance de la police en corrompant un homme qui a été soldat comme lui, qui est Breton comme lui, qu'il a autrefois connu d'une façon particulière et dont il croyait, par conséquent, la conquête possible, un homme dont là conquête aurait été terrible pour l'ordre public : le chef de la sûreté»

Tentatives de corruption contre le chef de la sûreté.

Voici, en effet, — cela n'a pas besoin de commentaires, — la lettre qui a été écrite au nom de M. Boulanger par Breuillé, son secrétaire, à M. Goron, chef de la sûreté:

91. le général me prie de 'vous dire qu'il désirerait vods voir et causer quelques instants avec vous. Pour cela, vous n'avez qu'à venir, à la tombée de la huit, et vous présenter

«ans donner voire nom aax domestiques. Voulez- vons être assez aimable pour Indiquer le |our où vous pourrez lenlr et l'heure exaete, pour que le i^énéral donne des ordres en eonséquenee, de façon que iiersonne ne vous vole. Veuillez agréer rassuranee, ete.

' BRECJIIXÉ,

Secrétaire particulier du général Boulanger.

' C'est à la cote 728 du dossier des pièces originales. Et l'homme au nom duquel on a écrit cela, au point de vue du conspirateur, au point de vue du préparateur du, coup d'Etat, est jugé, je crois, par tout le monde.

Insultes à l'armée.

Le procureur général, avant de passer à l'examen deç questions de droit, résume le tableau qu^il a tracé des complices de Boulanger et montre que Boulanger lui-môme n'a pas cessé d'être, dans ces dernières années, un cruel insulteur de l'armée. Mais l'armée française est assez grande pour s© dire que quand elle a une brebis galeuse dans son sein elle a le devoir de la rejeter avee mépris et de continuer sa roule la tête haute.

Boulanger, je tiens à vous le dire, n'a jamais manqué un jour de chercher à insulter l'armée, et pour en finir à ce point de vue-là, pour montrer qu'à cet égard même c'est un homme flétri et à jamais cloué au pilori, je veux vous montrer Boulanger s'entendant avec l'escroc Buret pour tâcher de salir des généraux français, alors qu*il convoitait le ministère de la guerre et qu'il pensait que les généraux étaient pour lui non des collègues en rivalisant avec lui de dévouement et de courage, mais l'obstacle.

Voilà ce qu'il écrivait à ce moment à son cher ami Buret :

Je compte loajoups sur vous pour me tenir au courant... Brûlez cetle lettre... D'après les nouvelles que je reçois, les deux concurrents les plus redoutables que j'aurais dans la première combinaison seraient Thomassin et Tricoche. Le premier, vous savez, l'homme de Gambetta ; le second, fin et intelligent, mais sans aucune consistance !.,.

Je me demande ce qu'on aurait pu dire de lui

Il y aurait peut-être lieu de les saper sa; eaucoup de prudence !

Voilà la lettre du général à l'escroc.

Il y aurait peut-être lieu de les saper sans prononcer mon nom, Beaucoup de prudence !

C'est le dernier trait que je voulais ajouter au portrait de ce visage.

Défenses mensongères.

Ces gens-là se sont défendus ; ils cherchent encore à se défendre^ et comment donc ? — Par le mensonge.

Eh bien ! quand on a envie de dire la vérité, on ne -craint pas Jine juridiction ; quand on est innocent, on les accepte toutes et on demande la parole parce qu'on a envie de clamer dans un endroit quelconque la vérité. Eux, jamais ! Toujours dans Tomhre, ils lancent le mensonge ; et il faut, pour que quelqu*un dans la Haute Cour puisse hésiter encore, il faut croire ce que Rochefort dit dans sa feuille immonde.

Voudrez-vous croire Rochefort contre les magistrats? queUis-je ?... contre les dossiers, contre l'instruction faite par neuf respectables membres de la Haute Cour ? Vous savez bien ce que c'est que Rochefort !

Voulez-vous que, par un dernier trait, je lofasse connaître aussi, celui-là ?

Rochefort, en 1871, — c'est comme cela qu'il connaît l'armée, lui, — est passé devant un conceil de guerre ; et Dieu sait de quel crime il avait à rendre compte : il avait fait tuer des vieillards, de pauvres religieux sans défense, respectables. Alors, on lui a demandé : Mais vous avez dénoncé les mstiluteurs. congréganistes dans votre journal ; vous les avez accusés de telle chose pour exciter la foule, qui était armée à ce moment; vous saviez bien que cela n'était pas vrai ?... — C'est dans le dossier, je Vous l'affirme. -^ Il a répondu, cet homme qui, ajourd'hui, jou.e vis-à-vis de nous au justicier, il a répondu au conseil de guerre, avec cette pâleur qui lui est propre quand il s'agit de regarder les gens en face : « Oui, je savais que ce n'était pas vrai quand j'ai dit cela ; mais il fallait le faire parce qu3 j'en avais besoin vis-à-vis de mes lecteurs ! »

La compétence de la Haute Cour.

Le réquisitoire aborde la questioa de compétence :

ie poursuis pour complot, je poursuis pour attentat, et

LE PROCÈS BOULANGER ' ri77

en troisième lieu je poursuis pour détournement connexe au complot.

Il est évident qu'aucune difficulté ne se produit relativement à la Haute Cour en matière de détournement connexe au comploty s'il 8*agit donc de prouver que la Cour est compétente en matière de complot.

Ce n'est pas que, ne trouvant pas Tattentat démontré, je vous convierais à ne condamner que pour le complot. Pour moi, il est évident qu'il y a eu commencement d'exécution ; Tattentat est caractérisé par l'incident de la gare de Lyon, par les faits de la revue du 14 juillet et par ceux qui ont précédé la crise présidentielle de 1887.

Donc, vous êtes, compétents et vous prononcerez en disant il y a eu attentat, attentat qui n'a pas été consommé, il est vrai, mais qui a donné lieu à des tentatives caractéristiques; nous sommes compétents direz-vous aussi, pour juger le détournement de 242,000 fr., parce que ce fait est connexe au complot et que nous sommes compétents pour juger en matière de complot.

Faits constitutifs du complot.

Les faits que j'ai établis, pièces en mains, sont-ils constitutifs du complot ? Voilà la première question à se poser.

J'ai bien relevé, il me semble, le concert arrêté entre les trois accusés afin d'arriver à la perpétration d'un acte ayant pour but de changer le gouvernement ou d'armer les Français contre l'autorité constitutionnelle ; il me semble que j'ai prouvé cela.

Je suis ainsi dans les termes de l'article 89 du code pénal qui définit et punit le complot.

Quelles objections pourrait-on faire ?

Boulanger et ses consorts voulaient, dira-t-on, — on le dit 'dans une certaine presse, — modifier et non renverser la République ; et leur but proclamé était d'obtenir ce résultat par des voies légales : le système plébiscitaire*. — C'est là une preuve aux yeux des partisans de ce système.

Je réponds à cela qu'on ne saurait élever une équivoque à la hauteur d'un moyen juridique, et qu'il convient de re-

chercher dans une discussion grave, sous Tapparence des mots, la réalité deS choses.

Or, Boulanger a beau protester de son amour pour le gouvernement actuel, il n*en a pas moins puisé publiquement ses moyens d'action dans l'appui, rinfluence et la bourse de ceux qui veulent le détruire, et je me borne à cela dans la crainte d'avoir l'air de manquer de déférence aux croyances de qui que ce soit. D'ailleurs, voyez l'alliance qu'il a contractée avec les communards et les anarchistes I Il l'a confessé. Il a fait faire son portrait en « Lord Protecteur ». Il a fait déclarer qu'il voulait être consul à vie, et Dillon, — dans un procès que je ne lirai pas, mais qui est au dossier et dont je puis me servir, — a déclaré à certains ^le ses amis -qu'il voulait en faire tm empereur l

Il a . déclaré, en outre, qu'il voulait ouvrir l'Exposition en 1889 comme chef d'Etat. — Tout cela est dans les pièces du dossier, — et il entend arriver par le plébiscite, tout seul, et contrairement à la Constitution de 1875, qui nous régit. Il fait déclarer à tout propos que lui, n'étant rien que lui, n'étant rien que député en 1888 et contumace en 1889, il s'arroge le droit de contracter des alliances, de déclarer ou d'éviter la guerre ; et, en effet, depuis sa fuite en Angleterre, il a publié un manifeste dans lequel il disait qu'il traitait, lui personnellement, de l'alliance avec la Russie.

Est-ce que tout cela est conforme à notre Gonslitulion ? Est-ce que ce n'est pas marcher à la destruction du gouvernement! Or, comme on n'emploie pas de moyens légaux, je l'ai surabondamment démontré, est-ce que ce n'est pas marcher par des moyens violents ? Est-ce quece n'est chercher à ameuter les citoyens contre les lois contitutionnelles?

A cet égard, je dois reconnaître que cet homme a crié, comme beaucoup de conspirateurs qui ont pu vouloir détruire la République : « Vive la République ; » il a voulu faire à la République le même sort que d'autres lui ont fait avec lo même mot.

Seconde objection: Boulanger, loin de se cacher, opère publiquement.

Evidemment, ce complot ne ressemble pas aux autres, mais ce crime-là, pas plus que les autres, ne saurait avoir une physionomie invariable. Sans doute, le but ne varie jamais, c'est le

bouleversement des institutions; mais les moyens changent à rinfini, puisqu'ils dépendent de Tépoque, du milieu et du régime.

Les conspirateurs de 1889 ne peuvent pas avoir les mœurs ni prendre les allures des conjurés de 1815 ou de 1820: de même que ceux-ci se cachaient dans Tombre pour échapper aux lois restrictives, de même aujourd'hui ceux-là font leur arme principale des abus de la liberté.

Jadis, on complotait tout bas dans les caves — c'est une autre chose classique — pour aller poignarder up prince. — Maintenant, on fait le contraire ; on crie le plus fort qu'on peut pour frapper de discrédit un gouvernement qui est aujourd'hui la République ; mais c'est toujours le complot, parce que c'est toujours là le concert destructeur.

Pas de menées politiques possibles aujourd'hui sans la presse et sans le suffrage universel : c'est la loi du temps ; d'où la nécessité de l'expansion bniyante. C'est de cette nécessité qu'est né le complot moderne, qui ne s'est encore vu que deux fois.

La première fois, il a réussi ; vous avez à juger le second.

Le fait occulte consiste d'ailleurs dans le fait extérieur ; la preuve des menées ténébreuses a été fournie vingt fois.

L'attentat.

Qu'est-ce, maintenant, que l'attentat au point de vue malériel.

L'attentat, c'est l'acte violent qui a pour but une lutte intestine, disons une guerre civile, une révolution. Je vous ai montré le commencement d'émeute au cri de: c Boulanger à l'Elysée! » Sans doute les attentats n'ont pas réussi; mais si le succès était une condition nécessaire, Taltentat ne serait jamais puni, par la raison bien simple que le coupable serait dictateur, tandis que les magistrats et les juges seraient proscrits.

La loi, messieurs, ne saurait être comprise ainsi: le vaincu, parce qu'il est vaincu, ne peut pas soutenir qu'il n'a pas livré bataille ; il doit rendre compte, en tout cas, de son effort criminel. Un commencement d'émeute n'est-il qu'une tentative ? C'est fort douteux, ce serait très facile à discuter.

Je crois qu'il y a attentat consommé, mais je concède qu'il n'y ait là qu'une tentative. Qu'impotrte ? l'acte est aussi grave et la peine est égale. Et l'on ne dira pas qu'il s'agit là d'une poursuite politique : j'invoque l'article 2 du code pénal à l'appui de mon opinion.

Le cas de simple tentative en matière d'attentat à la sûreté de l'Etat est expressément prévu par l'ariicle 88 du même code.

Mais, dit-il, il n'y a pas eu d'attentat, au vrai sens du mot, dès lors que les bandes boulangistes n'étaient pas en armes et qu'il n'y a pas eu mort d'homme dans les collisions. On peut voir là un tumulte, et non une véritable émeute. Voilà quoi pourrait être le système ou le paradoxe.

Je répondrai sur ce point comme je Tai fait au sujet du complot: Ne demandez pas au présent la reproduction exacte du passé. L'émeute classique n'est plus dans nos mœurs. On opère aujourd'hui d'une façon tout à fait équivalente, mais nouvelle. Autrefois, en face de gouvernements qui ne toléraient même pas Tencombrement de la rue, les conspirateurs étaient forcés de commencer par intercepter les voies, et puis, comme second acte, ils étaient dans la nécessité de défendre leurs barrages improvisés. Aujourd'hui, on peut librement envahir l'asphalte, et il faut bien rieconnaitre, sans être ingénieur ni architecte, que la structure du Paris moderne a rendu à peu près impossibles les barricades. Si l'on en faisait, d'ailleurs, ce serait aussi inefficace que si l'on employait des fusils de chasse, comme à l'époque où Ton commençait, classiquement aussi, par le pillage des boutiques d'armuriers.

On a donc adopté un autre système, et, pour faire toujours le même rapprochement, au lieu de renverser un omnibus pour commencer une affaire, eh bien ! on manifeste !

Un noyau de faux enthousiastes soudoyés se portent sur un point déterminé, sous prétexte d'acclamer quelque faux César qui a préalablement mis au point la curiosité publique.

Les badauds s'amoncellent, les révolutionnaires de profession ou de vocation accourent dans l'espoir d'avoir une journée j la poussée alors devient très puissante. On sait

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