‹ Le procès Girard-Cadière [microform]Chapitre 2 sur 29 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Le bruit causé par cette affaire s'atténuait avec le temps; elle cessait d'être l'unique sujet des conversations entre les commères de Marseille ou de Toulon, quand elle faillit rebondir, après une accalmie de plus de dix ans.

Cette fois les passions n'étaient pour rien dans le procès que l'on évoquait devant le Lieutenant de Sénéchaussée de Toulon; il s'agissait d'une affaire que nous pourrions qualifier de tentative de chantage.

« Dans le trouble et l'agitation oii se trouva d'abord le Sr Laurent Cadière, lors des premiers mouvements de l'affaire de sa sœur, qui a entraîné la ruine et la désolation de cette famille, il eut recours à Jean-Baptiste Artigue, natif du Revest, mais habitant Toulon depuis fort longtemps, comme à un ami de confiance, pour concerter avec lui les précautions les plus convenables à sa défense. » (56)

Voyant le développement que prenait cette affaire, Artigue (57) cru pouvoir se faire un titre des quelques menus services qu'il put avoir rendus lorsqu'elle éclata dans Toulon, pour se dire ensuite: « Avoir été employé comme agent, solliciteur et mandataire dans le procès de Dlle Cadière », et exiger une forte rétribution pour sa peine, le remboursement des dépenses

(56) Extrait du « Factum » ci-après...

(57) Artigue Jean-Baptiste, né au Revest, fils de Jean-Baptiste et de Catherine Henry; se marie à Toulon, le 8 mars 1721, avec A'^adeleine Julien.

que ses démarches lui auraient occasionnées; dans sa note, il réclamait ihême « des dommages et intérêts pour l'écroulement d'une partie de sa maison », qu'il disait être arrivé pendant un séjour qu'il fit à Aix, non pas pour le procès Girard-Cadière, mais pour un autre qu'il soutenait personnellement devant le Parlement de Provence.

En réalité, Artigue fit comme la mouche du coche, plus de bruit que de besogne, et comme il avait « la langue trop bien pendue, il voulut, après le jugement de ce grand procès, où l'on avait pas eu besoin de lui, faire l'homme important. »

« Ses discours téméraires et imprudents firent présumer qu'il devait avoir des papiers propres, à jeter un jour nouveau sur cette affaire, encore mal éteinte et lui valurent d'être arrêté, par ordre du Roi, le 7 septembre 1732. »

« Ses papiers furent saisis quoiqu'inutilement, parce qu'on y trouva rien pouvant fournir les éclaircissements qu'on voulait trouver. » (58)

Nous ignorons si sa détention fut de longue durée, mais ce n'est que le 12 juin 1742, c'est-à-dire dix ans après, que Artigue « s'avisa de demander, par une requête incidente, que Laurent Cadière fut condamné au payment de la dépense qu'il avait fait pendant son emprisonnement et à tous ses dommages et intérêts. »

Disons de suite que Laurent Cadière voulant reconnaître les bons offices du sieur Artigue,^ lui avait déjà remis 300 livres, en argent, plus onze livres « prix de marchandises expédiées à sa femme ».

Nous n'aurions probablement pas parlé de ce procès, dont nous ne connaissons pas le dénouement, si le seul factum qui

(58) Mémoire précis et abrégé pour Laurens Cadière, marchand de la Ville de Toulon, intimé en apel (sic) de sentence du Lieutenant de Sénéchal au siège de la même ville, le 27 juillet 1743, contre Jean- Baptiste Artigue, bourgeois dudit Toulon, apellant... S. 1. n. d. In-4°, 14 pages.

soit parvenu à notre connaissance, ne nous avait pas confirmer — avec un renseignement précis — ce que nous avons déjà dit sur les persécutions qu'eut à subir la famille Cadière, après le jugement d'Aix qui acquitta l'héroïne du procès. Nous y lisons, en effet, à la page 5 : « Cadière avait été lui-même arrêté et traduit au Château d'If, oii sa détention durant environ deux ans d'une rude prison, l'a mis. plusieurs fois sur le point de mourir, encore n'en est-il sortir qu'en continuant d'être exilé à SoUiers (59), comme il l'est encore... (1743)... et toujours plus incommodé. »

La femme de Laurent Cadière, Thérèse Sibon, mourut à Toulon, le 26 octobre 1746, et fut ensevelie aux Dominicains; son mari était encore vivant. Nous ignorons la date du décès de Laurent Cadière, n'ayant pu retrouver son acte mortuaire dans les registres de catholicité de Solliès.

(59) Commune du Var. Seigneurie de la famille de Forbin.

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