CHANSONS - POÉSIES DIVERSES
Comme en France, tout finit par des chansons, le procès du Père Girard et de Catherine Cadière ne pouvait échapper à la règle générale. Tout le monde s'en mêla, pas un clerc, pas un étudiant qui ne .fisse sa chanson, ou son épigramme sur Girard et son écolière. Lè^ partisans de l'une et l'autre partie ne furent
(95) Lettre de Marseille, 10 novembre 1731. Manuscrit 23860 déjà cité.
(96) FIELDING Henry, auteur anglais, né le 22 avril 1707, mort le 8 octobre 1754, dont l'ouvrage le plus connu est: Tom Jones. Ses comédie n'eurent que peu de succès et ne sont pas restées au répertoire.
lOy
pas épargnées non plus, cependant le jeu n'était pas sans danger; nous avons déjà dit que l'abbé de Caveyrac fut emprisonné à Marseille pour avoir écrit une satire contre le Père Girard (97).
Il en fut de même à Paris ou en octobre 1731, les vers suivants, attaquant trois des partisans de la chasteté du père Girard, circulaient dans tous les cafés:
Pellegrin, prêtre d'opéra, Marettes, fripon sans scrupules, Boindin, athée et oœtera, Composent de concert la bulle Pour faire dé Girard un saint.
Or, en ceci, tous trois vont à la fin, "Ils canonisent: leur semblable.
Un athée, un fripon, un prêtre abominable.
Ils furent attribué au poète Fuzelier (98) que l'on arrêta le 18 novembre 1731, et- conduisit au Chatelet. La seule présomption que l'on avait contre ce poète était que son écriture ressemblait à celle d'une lettre envoyée du Café Procope à l'adresse de M. Maretes, dans laquelle se trouvait cet épigramme.
Malgré cette débauche poétique, nous n'avons retrouvé imprimée qu'une seule:
Chanson nouvelle, sur l'air: Que je regrette rnon amant.
S. 1. n. d. — ; Petit in-fol. 2 pages.
Elle a été inspirée par la lettre qu'écrivait le père Girard à Catherine Cadière, le 22 juillet 1730; elle commence toutes les deux par:
Vous recevrez, ma chère enfant.
En trois jours la troisième lettre.
Cependant une note du manuscrit 23859 de la Bibliothèque Nationale affirme que les vers suivants auraient été imprimés a Aix, novembre 1731,
Qui prétend annoncer le succès véritable D'une dispute si durable Des sorciers dont on connaît l'art Plus que ne fait Père Girard.
(97) Voir page 96.
(98), Fuzelier Louis, né à Paris en 1672, poète, auteur drama- .tique, ami et collaborateur de Lesage, rédigea le « Mercure de France », depuis 1744 jusqu'à sa mort arrivée en 1752.
io8
L'affaire n'est pas encore mûre,
Qui sait comme elle tournera,
Mais sans parler à l'avanture,
Je dis comme une chose sûre
Que dans ce demesle confus
C'est l'imprimeur qui gagnera le plus.
Les manuscrits du « Journal de Barbier » contiennent deux chansons de la GIRARDIERE qui n'ont pas été imprimés dans l'édition de Charpentier:
1" — Chez les Jésuites de Toulon Est arrivé grand carillon.
2"' — Un Jésuite admirant de la jeune Cadière
La beauté.
Pour éteindre ses feux prit la route ordinaire,
La rareté.
En faveur de ce choix, pardonnez à ce Père
La curiosité.
dont nous retrouvons la variante suivante dans l'ANTI FACTUM CRITI-COMIQUE:
Girard considérant de l'aimable Cadière
La beauté.
Avoue qu'il voulait voir de sa gorge entière
La rareté.
En faveur de l'aveu, pardonnez au bon Père
La curiosité.
Cette même pièce donne également des citations de deux autres chansons, dont celle inspirée par le conseil du Père Girard à Catherine Cadière-:
Oubliez- vous et laissez faire! (100)
On trouve des spécimens de ces élucubrations satiriques dans maints recueils (101) de pièces manuscrites dissiminés dans les bibliothèques publiques de France, et un contemporain, peutêtre un toulonnais, un provençal sûrement s'est amusé à en réunir un certain nombre, tout ce qui est parvenu à sa connaissance, sans doute, dans un :
(100) Une copie se trouve dans le Mss 23856 de la Bibl. Nationale, folio 96 v.
(101) Paris. Bibl. de l'Arsenal. Mass 3307-3329-3128. Bibl. Mazarine, Mss 3944. Besançon. Mss 561. Carpentras Mss 954. Lyon Bibl. du Palais des Arts.' Mss. 51-51 bis-54-126. ^Chartres Mss 1817.
Recueil des Poésies sur V affaire du P. Girard, Jésuite, avec la demoiselle Cadière, le P. Cadière, Dominicain, l'abbé Cadière et le P. Nicolas, Carme déchaussé. MCCXXXI.
déposé à la bibliothèque municipale de Toulon, sous le n° R 1362/48.
Ce recueil est trop typique pour, qu'à défaut de pouvoir donner des extraits de toutes ces poésies, dont plusieurs sont erotiques ou scatalogiques, nous hésitions, malgré sa longueur, à en reproduire la